^ ^y'^'- ^' '^-' ^^ ^y .^' .^' j r 9 VOYAGE AUTOUR DU MONDE SOR LA CORVETTE LA FAVORITE PENDANT LES ANNÉES 1830, 1831 ET 1832. A) AVERTISSEMENT. Le retard que cet ouvrage a éprouvé dans sok apparition semble nous faire un devoir de donner à ce sujet quelques explications que nous croyons nécessaires. Embarqué en qualité de chirurgien-major , pen- dant les années 1830, 1831 et 1832, à bord delà corvette de l'état la Favorite, qui exécutait une campagne de circumnavigation , sous le comman- dement de M. le capitaine Laplace , j'ai fait de nom- breuses collections zoologiques, quoique l'his- toire naturelle ne fût point le but principal de ce long voyage. J'aurais voulu publier le résultat de toutes mes recherches immédiatement après mon retour, et en même temps que M. Laplace écrivait la relation intéressante qu'il a donnée de notre voyage; mais diverses circonstances m'en ont malheureusement empêché, et ce n'est qu'en 1835 qu'il m'a été permis de réaliser ce désir. A F« Partie. )3 vj AVERTISSEMENT. ce sujet, je ne saurais lémoigner trop vivement à M. le baron Tupinier, directeur-général des ports au Ministère de la Marine, combien je suis recon- naissant de l'appui bienveillant qu'il a daigné m'ac- corder en cette occasion. Sans lui, sans la sollici- tude paternelle et éclairée qu'il met à favoriser les progrès des sciences dans l'administration qu'il dirige avec un mérite si distingué, il ne m'eût pas été possible de retirer le seul fruit que je pouvais attendre de mes peines. Puisse ce faible témoignage, que je me plais à lui donner aujourd'hui publique- ment , l'assurer de ma profonde gratitude ! Dès le commencement de mes travaux de déter- mination , je me suis adjoint mon collègue M. Lau- rent, ancien professeur d'anatomie et de physiologie dans les écoles de médecine dé la marine, et j'es- pérais publier avec lui l'entier de mon travail. Mais une nouvelle campagne à bord de la frégate /a Victoire sur les côtes d'Afrique m'ayant tenu éloi- gné de France pendant quatorze mois; depuis, l'é- pidémie de choléra qui a ravagé si cruellement le Midi ayant fait réclamer mes services au port de Toulon ; enfin , le voyage de circumnavigation que je viens d'exécuter à bord de la corvette la Bonite, pendant vingt-deux mois , m'ayant mis dans la né- cessité de négliger personnellement celte publica- tion, j'ai dû m'adjoindre de nouveaux* collabora- teurs. MM. P. GervaisetGuérin-Ménevillc, auxquels je me suis adressé, ont répondu avec empressement AVERTISSEMENT. vij à mon appel, et m'ont parfaitement secondé dans la plupart de mes recherches. Sans doute , l'ouvrage que nous livrons au public est loin d'avoir le luxe d'exécution et la haute portée de ceux que plusieurs de nos confrères, no- tamment MM. Quoy et Gaimard , Lesson et Garnot , ont publiés antérieurement dans des circonstances plus favorables. Mais, quoiqu'il ne nous ait pas été donné de mettre au jour un de ces beaux monuments zoologiques qui font tant d'honneur aux médecins de la marine française, nous osons espérer que les matériaux que nous avons rassem- blés ne seront cependant pas considérés comme étant sans imporlance. En terminant ce court avertissement, qu'il me soit permis de témoigner à M. de Blainville l'ex- pression de ma sincère reconnaissance pour les savants conseils qu'il s'est plu à me donner et pour la bienveillante amitié dont il veut bien m'iionorer. Je saisirai également cette occasion pour exprimer h M. le capitaine de vaisseau Laplace l'assurance de mon parfait attachement. Nos cœurs se sont connus et compris en face des dangers , et je me rappellerai toujours avec bonheur les preuves de bonne amitié qu'il m'a prodiguées pendant et après notre long voyage. Nous avons aussi, mes collaborateurs et moi , des remercîments à adresser à M. FI. Prévost, ( hef des travaux zoologiques du Muséum , et à viij AVERTISSEMENT. M. Kiener, conservateur des belles collections du duc de Rivoli. L'un et l'autre se sont empressés de nous communiquer généreusement tous les matériaux dont ils pouvaient disposer et que la détermination de nos espèces nous rendait néces- saires. F. EYDOUX. Paris, le 12 décembre 1838. RAPPORT FAIT A L'ACADEMIE DES SCIENCES le 4 février 1833, SUR LES COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE RECUEILLIES PENDANT LE VOYAGE DE LA CORVETTE LA FAVORITE , COMMANDiiE PAR M. LE CAPITAINE DE FBÉGATE LAPLACE ; PAR MM. GEOFFROY- SAINT -HILAIRE, CORDIER , MIRBEL, DUMÉRIL, et DE BLAINVILLE, Rapporteur. Zool. Ir* Partie. a RAPPORT FAIT A L'ACADÉMIE DES SCIENCES. M. le ministre de la Marine a demandé à l'Académie qu'elle voulût bien lui faire un rapport sur les objets d'his- toire naturelle recueillis par les officiers de santé employés à bord de la corvette la Favorite, commandée par M. le capitaine de frégate Laplace , et l'Académie en a chargé une commission composée de MM. Geoff'roy-Saint-Hilaire, Du- méril , Cordier, Mirbel, et de Blainville. C'est au nom de cette commission que nous avons l'honneur de parler. Long-temps , il serait inutile de le cacher , l'administra- tion et les officiers de la marine royale auraient , pour ainsi dire, cru déroger, s'ils avaient contribué d'une manière même indirecte aux progrès des sciences qui ne sont pas immédia- tement utiles à leur art aussi périlleux que difficile. C'est au zèle de Joseph Banks pour les sciences naturelles , et surtout pour la botanique, que nous devons la première expédition dans laquelle des officiers de marine voulurent bien condes- cendre à embarquer avec eux des naturalistes de profession, chargés de faire des recherches pendant leur navigation. Cook fut le capitaine qui donna l'exemple , en emmenant avec lui d'abord Solanders et ensuite Forster ; mais encore, 4 B APPORT. ce fut d'abord aux frais de Banks, qui avait frété le bâti- ment et qui l'accompagna dans son premier voyage. Bou- gainville ne tarda pas à imiter le célèbre navigateur anglais , en se faisant accompagner dans ses expéditions aux îles Malouines par D. Pernetty , auquel nous devons l'histoire naturelle de ces îles.X'expédition de La Pérouse , si malheu- reuse , quoique si bien préparée , en fut un second exemple ; mais avec cette grande différence qu'elle eut lieu entièrement aux frais de l'Etat , et que des observateurs spéciaux furent embarqués avec tout ce qui était nécessaire pour obtenir les résultats les plus avantageux. Depuis lors jusqu'aujourd'hui, l'administration de la marine française a toujours continué dans ces errements auxquels les sciences naturelles doivent la plus grande part des progrès immenses qu'elles ont faits en France depuis le commencement de ce siècle : c'est ainsi qu'on lui doit l'expédition de d'Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse, puis celle du capitaine Baudin, si malheureuse sous certains rapports , mais si fructueuse pour notre science, et successivement sans interruption , depuis la Restauration , les voyages des capitaines de Freycinet, Duper rey, Dumont- d'Urville, de Bougainville, etLaplace, dont il va être question dans ce rapport. Dans les deux premières expéditions que nous venons de citer, on avait- embarqué des hommes spéciaux pour les recherches scientifiques ; mais le triste exemple offert par l'expédition commandée par le capitaine Baudin, à la suite du conflit élevé entre les officiers et les naturalistes embarqués, força de recourir à une innovation qui consiste à charger les officiers de santé de la marine eux-mêmes des recherches d'histoire naturelle. C'est à cette mesure excellente sous plus d'un rapport , sollicitée par notre confrèi-e M. de Freychiet, et dont le but était d'éviter à la fois des frais et de graves embarras, que RAPPORT. 5 Hous devons MM. Quoy et Gainiard, Lesson etGarnot, qui ont pris une place fort distinguée parmi nos naturalistes de profession . Toutefois ce grand perfectionnement entretenant des dé- penses assez considérables , le but de ces expéditions étant presque entièrement scientifique , l'administration de la marine devait chercher à parer à cet autre inconvénient; elle a donc fait encore un véritable progrès en décidant que les officiers de santé , sur tous les bâtiments de l'Etat em- ployés à quelque mission cjue ce fût, dans les mers éloignées, s'occuperaient de recherches et de collections d'histoire na- turelle. Une objection spécieuse contre cette nouvelle mission des officiers de la marine se présentait naturellement : on pou- vait craindre en effet qu'ils ne fussent détournés ainsi de la partie la plus importante de leurs devoirs , c'est-à-dire du soin de la santé des équipages ; mais l'exemple donné d'a- bord par MM. Quoy et Gaimard, puis par MM. Lesson et Garnot , et naguère par M. Reynaud , de Toulon , sous les auspices et avec la coopération même des officiers de la marine , a montre' qu'il était parfaitement possible de ne pas négliger ce service , et cependant d'employer son temps de repos â des recherches scientifiques. Aussi cette impulsion donnée par la marine royale n'a pas tardé à être suivie par les officiers de santé de la marine commejciale. C'est ainsi que nous avons vu M. Marion de Procé , et depuis M. P.-E. Botta, embarqués l'un sur un bâtiment allant à Manille , l'autre sur le Héros , faisant le tour du monde, nous rapporter des objets d'histoire naturelle nombreux , parfai- tement conservés, et souvent accompagnés d'observations intéressantes. Bien plus, cette nouvelle direction a passé des officiers de santé aux officiers de la marine eux-mêmes , eu sorte 6 RAPPORT. qu'aujourd'hui , grâce aux recherches et aux travaux de M. de Fréminville , de MM. de Bougainville et Bariey , sur les bâtiments de l'Étal, ainsi qu'à ceux de MM. Duhaut- Cilly et Dussuniier , officiers de la marine commerciale , les collections zoologiques s'accroissent avec une telle rapidité, qu'il est souvent très-difficile aux naturalistes de se tenir au courant des acquisitions même les plus importantes. Ainsi donc aujourd'hui les expéditions les plus simples du commerce ou de simple navigation , de reconnaissance ou de station protectrice , ont presque constamment pour résultat des avantages scientifiques. Les officiers de santé trouvent une instruction convenable dans les e'coles de la marine, qui possèdent elles-mêmes des collections fort in- téressantes ; leurs chefs, inspecteurs et médecins, les encou- ragent ; les officiers qui commandent les bâtiments y joignent souvent leur coopération , convaincus qu'ils sont par leur expérience , qu'à la nxer, après avoir préalablement rempli ses devoirs , on peut encore trouver un temps assez long pour s'occuper de sciences accessoires. Ces différents résultats avaient donc déjà parfaitement et victorieusement répondu à l'objection dontil aétéfait mention plus haut ; mais la nouvelle expédition dont nous allons vous rendre compte l'a détruite complètement. En effet, M. Ey- doux , chargé du service de santé à bord de la corvette la Favorite, commandée par M. le capitaine Laplace, ayant eu le malheur d'avoir un assez grand nombre de malades à bord, n'en a pas moins trouvé le temps de recueillir et de rappor- ter dix-sept caisses d'objets d'histoire naturelle , de presque toutes les classes. Ce sont sans doute les exemples donnés par ses confrères, les encouragements de ses chefs et de ses maîtres, qui ont pu porter M. Eydoux à s'imposer de grandes privations pour obtenir les résultats intéressants auxquels il est parvenu. Sans cela il serait difficile de concevoir RAPPORT. 7 que , dans ses différentes stations , il ait souvent préféré des objets d'histoire naturelle à tout autre moyen de satisfaire à ses honoraires de médecin , comme son capitaine nous l'a assuré. Sans cette espèce de dévouement , il lui aurait été impossible de rapporter les objets noinbreux sur lesquels nous demandons la permission de donner quelques détails. M. Eydoux n'a pour ainsi dire négligé aucune classe de la série animale. Nous devons faire remarquer néanmoins que les animaux terrestres sont beaucoup moins abondants que ceux d'eau douce et de mer , ce qui tient sans doute à la nature de l'expédition qu'il a suivie et qui a presque con- stamment tenu la mer , comme il sera aisé de le montrer par quelques mots sur sa marche. Armée à Toulon , la corvette la Favorite quitta la rade de ce port le 3o décembre 1829, et fit voile immédiatement pour la côte de Coromandel , l'un des points pour lesquels elle avait une mission à remplir. Après avoir séjourné à l'île Gorée, sur la côte du Sénégal , elle arriva à l'île Bourbon le 1'='' avril i83o et fut ensuite obligée de relâcher à l'île de France pour se réparer d'avaries que lui avait fait éprouver un ouragan survenu dans l'intervalle; de là, elle se porta vers les Seychelles, puis à Pondichéry où elle arriva le 3 juin, à Madras le cio , et enfin le 17 juillet à la côte de Coro- mandel, sa première station. De là, se dirigeant vers la Cochinchine , après avoir suc- cessivement visité Malacca , Manille, Macao, elle arriva à Tourane, capitale de ce royaume, où elle a séjourné pendant le premier mois de l'année i83i. La Favorite ayant ensuite exploré le golfe de Tonquin , les archipels Natunas et Anambas , se vit forcée de se rendre à Java pour y soigner les nombreux malades qu'elle avait à bord ; après quoi , elle commença son retour en visitant plusieurs points de l'Australie , puis la Nouvelle-Zélande. 8 RAPPORT. Arrivée sur les côtes du Chili au commencement de i832, elle doubla le cap Horn , vint se ravitailler et se réparer à Rio de Janeiro , et enfin arriva à Toulon , lieu de son dé- part , le 22 avril 1 832 , et par conséquent après un voyage de deux ans et quelques mois. Les lieux où l'expédition a séjourné pendant quelque temps sont : Tourane , en Cocliincliine ; Hobart-Town , à l'île Van-Diemen ; Port-Jackson , à la Nouvelle-Hollande; Valparaiso , au Chili , et enfin Rio de Janeij'o , au Rrésil ; et ce n'est en effet que dans ce petit nombre de lieux que M. Eydoux a pu se livrer avec quelque suite aux recherches d'histoire naturelle. Les variétés de l'espèce humaine paraissent avoir fixé particulièrement l'attention du jeune chirurgien-major de la Fai'orile. En effet , il a recueilli des crânes et même des têtes tout entières dans différents lieux habités par des races plus ou moins distinctes. Ainsi il a rapporté le crâne d'un Chinois supplicié à Macao , plusieurs crânes d'Indous de la côte de Coromandel , et plusieurs autres d'habitants de l'île Van-Diemen. Parmi ceux-ci , nous avons surtou remarqué avec beaucoup d'intérêt une tète entière d'un chef de ces peuples parfaitement conservée dans l'esprit de vin , ce qui permettra d'en étudier les parties molles et entre autres le cerveau, étude qui n'avait pu avoir lieu, jusqu'alors , au grand regret des personnes qui s'occupent de la physiologie du cerveau et du système ile Gall d'une manière un peu rationnelle. Parmi les mammifères , nous nous bornerons à citer des crânes du Semnopilhèque Doue, du Tigre de Java, de la Pan- thère noiie de la même île, deux espèces de Chauves -souris, dont une du genre Rhinolophe et l'autre que l'un de nous ( M. Geoffroy ) regarde connut.' devant former une coupe générique nouvelle ; une Civette de Tourane , en Cochin- RAPPORT. 9 chine, ayant, d'après notre confrère, l'aspect et la taille d'une Genette , avec les glandes odoriférantes de la Civette ; un jeune Paradoxure qui manquait à nos collections ; un Hy- dromys à ventre jaune, dont on ne possédait qu'un assez mauvais échantillon ; et un jeune Chinchilla entier, conservé dans la liqueur. Mais c'est principalement dans la sous-classe des Didelphes que M. Eydoux.aura le plus enrichi nos collections, non- seulement en peaux , mais en animaux tout entiers, et par- faitement conservés dans l'alcool : on conçoit qu'il n'a pu se les procurer qu'à grands frais. Nous citerons un bel exem- plaire du Dasyure-Maugé , dont la collection du Muséum ne possédait encore qu'un seul et unique individu en fort mauvais état de conservation; un Phalanger- renard , un Voltigeur taguanoïde , une autre espèce du même genre que M. Geoffroy paraît porté à regarder comme une espèce nou- velle ; deux ou trois beaux individus de Kangourous , égale- ment dans la liqueur, mais surtout un Echidné et deux Ornithorhynques d'une taille bien supérieure à ceux que possédait la collection du Muséum , soit en peau , soit dans la liqueur. Par malheur , le seul Ornithorhynque fe- melle rapporté par M. Eydoux est jeune, et il a été dépouillé de sa peau , en sorte qu'il ne pourra guère servir à résoudre la question de l'existence et de la nature des mamelles de ce genre d'animaux intéressants. La classe des oiseaux nous a offert une curieuse espèce d'Aracari tout-à-fait remarquable par la singularité des plumes qui recouvrent sa tète. Elle provient du Brésil, et il est extraordinaire qu'elle n'existe dans aucune collection d'Europe. Parmi les autres espèces d'oiseaux qui entrent dans la collection de M. Eydoux , aucune n'est autant digne d'in- térêt que celle que nous venons de citer. Plusieurs ne seront 10 RAPPORT. cependant pas inutiles pour la collection du Muséum , à cause de leur bel état de conservation. En effet, notre con- frère M. Geoffroy a encore signalé un Pétrel très singulier et un Manchot de petite taille. Presque tous les genres de Reptiles recevront aussi de no- tables accroissements des objets rapportés par M. Eydoux. On y compte en effet une espèce d'Agame , trois Galéotes , des Dragons, des Geckos, des Pythons, Couleuvres, Dendro- phis, Trigonoce'phales , Elaps , Pélamides et Chersydes, et parmi les Amphibiens, un assez grand nombre de Rainettes et de Grenouilles dont plusieurs sont sans doute nouvelles. La classe des Poissons trouvera aussi à s'enrichir dans cette collection de quelques espèces intéressantes , et entre autres d'un Echenéis à seize plaques au disque céphalique, d'une singulière espèce de Syngnathe, et d'un bel échantillon du Gastrobranche de Dombey. Si dans le type des animaux articulés , les espèces terres- tres ont été , à ce qu'il paraît , un peu négligées , quoiqu'on puisse citer comme curieux et manquant à nos collections la Phylla des Seychelles , avec sa nymphe et ses œufs desséchés , il n'en est pas de même des espèces marines, et entre autres des crustacés, dont 2iy espèces au moins semblent tout-à- fait nouvelles , ou manquaient aux collections du Muséum. Nous devons cependant ajouter , pour rendre toute justice à M. Eydoux , que si dans son dernier envoi il n'y a presque pas d'insectes terrestres, il n'en est pas de même de celui qu'il fit au Muséum en i83i , et qui provient de la même expédition. En effet, il paraît qu'il en contenait de fort cu- rieux et de très-utiles pour nos collections , d'après le pro- fesseur et l'aide naturaliste de cette partie au Muséum. Dans la classe des Vers nous devrons noter une espèce nouvelle et fort singulière de Siponcle , une grande et belle espèce d'Amphinome des mers de Chine, une Sabelle de RAPPORT. 11 celles du Chili , et enfin une très-fjrande espèce de Borlase, genre si riche dans les mers australes , d'après ce que M. Quoy nous en a rapporté. Mais c'est surtout pour les genres qui appartiennent au type des animaux mollusques , que la zoologie trouvera des matériaux intéressants dans les objets adressés en i83o au Muséum ou rapportés dernièrement par le chirurgien-major de la Favorite. Toutefois, parmi les coquilles envoyées en i83i , nous avons dû remarquer le choix et la conservation des indivi- dus nombreux qui composent cet envoi; mais il y en avait peu qui constituassent des espèces nouvelles. Il n'en est pas de même de celles que M. Eydoux a rapportées avec lui. Un grand nombre nous ont paru nouvelles, ou du moins manquer à nos collections du Muséum , et , ce qui ajoute beaucoup de prix aux objets de la Favorite, c'est que, assez souvent, les animaux revêtus de leur coquille ont été rappor- tés dans l'esprit-de-vin , ce qui permettra d'en recueillir l'o- percule quand l'espèce en est pourvue , et de distinguer les sexes , quand ils sont séparés. Dans l'embarras où nous sommes de pouvoir faire connaî- tre les animaux de ce type et les coquilles rapportés par M. Eydoux, puisqu'ils se montent à plus de quinze cents, nous nous bornerons à noter quelques-unes des espèces les plus remarquables par leur nouveauté ou par l'intérêt dont elles sont pour nos collections, dont elles serviront à combler les lacunes. Dans la classe des animaux mollusques céphaliens , nous citerons, comme devant donner l'espoir que nous pourrons enfin posséder l'animal , si désiré , de la Spirule , la grande quantité de coquilles de ce genre recueillies et conservées dans l'alcool par Iq chirurgien de la Favorite. Il est en effet difficile de croire que dans un si grand nombre d'individus 12 RAPPORT. il n'y en aura pas quelques-uns qui contiennent encore l'ani- mal ; c'est sur une coquille rencontrée flottante à la surface de la mer, que Pérou et Lesueur recueillirent celui que nous avons vu un moment dans nos collections et qui depuis a été égaré, et sans doute enfin perdu, au grand préjudice de la science. Dans la classe des animaux mollusques céplialidiens , nous ferons remarquer deux individus d'une grande Pyrule épineuse , avec son animal et son opercule , un assez grand nombre d'individus d'une jolie espèce de Murex ailé de la Chine , dont la collection du Muséum ne possédait qu'un seul, dû à la générosité de M. Dussumier ; un autre rocher, si voisin de notre Murex de la Méditerranée , que l'on pourrait avoir des doutes sur son origine, si M. Eydoux n'était pas aussi certain de l'avoir recueilli en Chine; tiois espèces nouvelles de pourpre , dont une coidelée des mers du même pays ; plusieurs espèces de Turbo noueux de la Cochinchine, le Toit chinois avec son animal et son opeixule multispire , comme dans tous les véritables troques ; une grande et nouvelle espèce de Turritelle de Chine , plusieurs Cyclostomes du même pays , un assez grand nombre de Pa- ludines et d'AmpuUaires des rivières et des lacs de Manille ; des Nérites, et entre autres une petite espèce des rivières de Cochinchine, très-voisine, simênie elle en diffère, de la Nérite pai"ée de la Seine et des giandes rivières d'Europe ; une espèce de Jantine remarquable par son volume. M. Eydoux ne paraît pas avoir négligé les coquilles ter- restres ; en effet , nous avons distingué plusieurs fort belles espèces d'Hélices et surtout de Bulimes, soit nouvelles , soit extrêmement rares. Les mollusques nus semblent s'être présentés plus rare- ment à ses recherches ; nous citerons cependant une grande et belle espèce du genre Pleurobranclie établi par M. Cuvier, et une Api y sic de la côte de Coromandel. RAPPORT. 13 Le genre Bulle aura été enrichi dans la collection du Mu- séum de beaux échantillons d'espèces les plus rares et les plus difficiles à conserver à cause de leur grande fragilité. Dans la classe des Acéphaliens bivalves, nous avons surtout remarqué avec un intérêt tout particulier deux individus parfaitement conservés du genre Lingule , coquille si rare avec l'animal, que, pour en connaître l'organisation, l'un de nous se vit forcé, il y a quelques années , de faire un voyage à Londres , où il n'en existait qu'un seul exemplaire dans le Musée Britannique ; dans les collections du Muséum, M. Cu- vier n'en avait trouvé également qu'un seul , employé à ses recherches anatomiques sur cet animal. Nous avons également noté trois espèces de térébratules complètes , ce qui est rare parce qu'il est fort difficile d'en- lever l'animal de sa coquille sans briser les supports carac- téristiques de l'espèce ; plusieurs grandes espèces d'Arches que M. Marion de Procé avait déjà rapportées de Manille pour les collections de Nantes , mais que le Muséum ne possédait pas ; une nouvelle espèce de Nucule striée, voisine d'une coquille fossile de nos terrains tertiaires ; des Unio ou Mulettes nouvelles de la Chine, de la Cochinchine et de la côte de Coromandel ; de belles Cames , et entre autres , une qui nous semble particulière ; plusieurs individus d'une grande Donacite dont le Muséum n'a long-temps possédé qu'une seule valve, des Vénus, des C y thérées nombreuses , d'une élégance et d'une fraîcheur remarquables ; un ou deux individus du genre Thracie de M. le D. Leach , et qui rap- pelle une coquille fossile des terrains quaternaires de Sicile ; deux espèces du genre loripes de Poli ; un second échantillon d'une grande espèce de coquille , dont une autre avait été envoyée par M. Garnot, formant un genre voisin des Psa- motées pour l'animal, mais ayant la charnière disposée comme dans les moules. 1 4 RAPPORT. Le type des animaux rayonnes, quoique beaucoup moins riche dans les collections lapportées par M. Eydoux, ne doit cependant pas être entièrement passé sous silence. Nous citerons, parmi les Cirrhodermaires, une Holothurie des mers de la Chine ; une espèce de Spatangue remarqua- ble par son grand aplatissement; un Échinomètre , voisin deVE. lucunter, mais dont les épines sont très- longues et blanches ; 5 ou 6 espèces d'Astéries probablement nouvelles; une Euryale épineuse très-singulière. Parmi les Médusaires, une A'^elelle des mers de la Chine , qui nous a paru nouvelle , ainsi qu'une énorme Porpite. Enfin , parmi les Pennatulaires , une Renille beaucoup plus grande que celles que le Muséum possédait et peut-être spécifiquement distincte. Le règne végétal a également attiré l'attention de M. Ey- doux , et surtout de son confrère M. J. Baume , le pharma- cien de la Favorite. L'un de nous, M. Mirbel , a remarqué avec beaucoup d'intérêt , à cause de la localité d'où elles proviennent, une nombreuse collection de graines de la Nouvelle-Zélande , en bon état de conservation , ainsi qu'un certain nombre d'é- chantillons d'une grosse graine de la famille des légumi- neuses et qui , cuite sous la cendre , sert de nourriture aux habitants de la Nouvelle-Hollande. L'Académie apprendra sans doute avec plaisir que quel- ques-unes de ces graines appartenant à une plante dont on a fait le genre Castanosspermum , ont été semées par M. Robert dans le Jardin botanique de l'école de la marine, à Toulon , où elles ont parfaitement germé ; en sorte que, si la plante qui en proviendra vient à maturité, nous devrons à l'expédition de la Favorite l'introduction en Europe d'un nouvel et fort bon aliment. D'après ces détails dans lesquels nous venons d'entrer et RAPPORT. 15 que nous avons dû abréger autant que possible pour ne pas abuser des moments et de l'attention de l'Académie , il lui sera facile de voir que l'expédition de la corvette la Favorite, quoique faite dans un tout autre but que l'avancement direct des sciences naturelles , et après les voyages des capi- taines de Freycinet, Duperrey , Dumont-d'Urville, de Bou- gainville , et presque dans les mêmes parages , ne sera ce- pendant pas sans résultat avantageux pour la zoologie , par le choix et la belle conservation en général des objets nou- veaux ou rares que M. Eydoux a mis à la disposition de la science dans les collections du Muséum d'histoire naturelle. En conséquence , nous proposons à l'Académie de répon- dre à M. le ministre de la Marine qu'elle a vu avec une grande satisfaction les nouveaux résultats obtenus par la di- rection éclairée que son administration continue à donner aux officiers de santé qu'elle emploie dans ses expéditions , et de le prier d'adresser à MM. les officiers de la Favorite , et entre autres k M. Laplace et à M, Eydoux, l'un com- mandant, l'autre officier de santé de l'expédition, ses remer- cîments et ses encouragements : au premier, pour avoir aidé de tout son pouvoir les recherches d'histoire naturelle à bord du bâtiment qu'il commandait ; au second , pour les avoir faites avec autant de désintéressement que de persévérance et de succès , au milieu des circonstances souvent difficiles où il s'est trouvé par suite des maladies nombreuses dont son équipage a été malheureusement atteint. Signé à la minute : GEOFFROY SAINT-HILAIRE , CORDIER, MIRBEL, DUMÉRIL, et DE BL AIN VILLE , rapporteur. ZOOLOGIE FÀB M. FORTUNE EYDOUX, (;mikiirgii«:n de pkemière classe de la marine uoyale, DOCTEUR-MÉDECIN DE LA FACULTÉ DE PARIS, CHEVALIER DE LA LÉGION-D'IIONNEUR , MEMBRE DE DIVERSES SOCIÉTÉS SAVANTES , NATIONALES ET ÉTRANGÈRES , ETC., ETC. PARIS. — niPRIMERIE DE CASIMIR , rue de la Vieille-Monnaie , V2. 1" PARTIE. RECHERCHES ANATOMIQUES ET ZOOLOGIQUES SCR LES MAMMIFÈRES MARSUPIAUX , PAR MM. Fortuné EYDOUX et LAURENT. PARIS.— IMPRIMERIE DE CASIMIR, rue de la Vieille-Monnaie , 12. wv-v ^ Xt x.-^, ■«. -«.^ -^ '^ -x. -wv «^■». RECHERCHES ANATOMIQUES ET ZOOLOGIQUES SUR LES MAMMIFERES MARSUPIAUX. En réunissant ici sous le nom de Marsupiaux tous les Mammifères avec ou sans bourse abdominale qui portent tous au-devant du pubis une pièce osseuse nommée à tort os marsupial, nous avons l'intention de traiter quelques questions anatomiques propres à éclairer la physiologie de leurs fonctions génératrices, et de ras- sembler des documents scientifiques que nous avons puisés dans l'observation d'un grand nombre de ces animaux. Depuis que l'attention des zoologistes s'est dirigée vers ce grand groupe d'animaux mammifères, la science s'en- richit progressivement de faits positifs qui viennent chaque jour confirmer l'exactitude des déterminations scientifiques publiées en 1816 par M. de Blainville sur ce point important. Toutes les questions soulevées à ce sujet arriveront naturellement à leur solution ration- nelle basée sur l'observation directe des mœurs et sur Znnl. ire Partie, b i s RECHERCHES l'analomie de ces animaux. A ces questions d'un haut in- térêt , viennent se rattacher d'autres questions secondaires d'abord, qui nous paraissent devoir ensuite se placer à un rang plus élevé. Nous devons le dire ici franchement: c'est dans les leçons de philosophie zoologique faites depuis trois ans à la faculté des Sciences par M. de Blainville , que nous avons puisé les principes à l'aide desquels, met- tant à profit des matériaux importants, nous pouvons poser ces questions nouvelles et en tenter immédiatement la solution. Si, au moment où la circonscription naturelle des espè- ces élevées dans la série animale semble ne point exister aux yeux d'un certain nombre de naturalistes , on se donne la peine d'examiner l'organisation des appareils génitaux des mammifères pris ici pour exemple, on ne tarde pas à se convaincre des limites assignées par la nature au croisement ou au mélange des espèces même très- voisines et, di fortiori, de celles qui sont de plus en plus éloignées. Dès-lors le système reproducteur des animaux mérite de fixer sous ce rapport toute l'attention des zoolo- gistes, qui doivent venir y puiser des caractères importants, et il est en effet très-remarquable que ce soit parmi toutes les parties destinées à la reproduction, que ce soit, dis-je, les appareils soit extérieurs , soit intérieurs , et les plus en rapport avec une organisation cérébrale plus riche, qui aient fourni la caractéristique de la classe des vivipares. De ce que le système reproducteur a fourni aux zoolo- gistes les moyens de caractériser nettement toute la classe des mammifères et les sous-classes proposées par M. de Blainville, il ne s'ensuit point qu'on doive s'en tenir aux données acquises. On sent au contraire de SUR LES MARSUPIAUX. ts) plus en plus le besoin d'approfondir tout ce qui a trait a l'organisation du grand groupe des espèces qui sem- blent établir la transition des vertébrés vivipares aux Oiseaux considérés comme la piemière classe des verté- brés ovipares. Et c'est pour contribuer à satisfaire ce besoin si vivement senti , que nous nous proposons d'exposer les principaux résultats de nos observations dans l'ordre suivant : i" De l'appareil mammaire des Marsupiaux et de la bouche de leurs petits 5 2" De l'os marsupial j 3° Du périnée des Marsupiaux ; 4° De leurs parties sexuelles ou génitales. Nous essaierons ensuite d'appliquer les résultats ob- tenus dans nos recherches à la zoologie. 20 RECHERCHES DE L'APPAREIL MAMMAIRE DES MARSUPIAUX ET DE LA BOUCHE DE LEURS PETITS. On sait que c'est sur Texistence des organes mammaires qu'est basée la dénomination de mammalia ou mammifè- res. On ne peut trop présumer actuellement les modifica- tions qu'exigerait la classification de ces animaux, si les ca- ractères extérieurs etl'anatomie comparée de l'appareil de la lactation avaient été étudiés beaucoup plus profondément qu'on n'a pu le faire jusqu'à ce jour. Mais lorsqu'avec les éléments scientifiques dont nous pouvons disposer en ce moment , on aborde la question du degré d'importance future des formules mammaires ' , on reconnaît de suite ([ue parmi les organes indispensables pour la reproduction vivipare, ceux qui saillent le plus à l'extérieur et dont ■ Par formules mammaires nous entendons l'indication en signes abréviatifs du nombre, de la situation et de la nature des organes lactateurs , considérés dans leurs rapports avec le degré d'organisation d'un mammifère ou son rang dans la série mam- malogique disposée sur une, deux ou trois lignes. SUR LES MARSUPIAUX. 21 l action se prolonge le plus long-temps, semblent dévoie fournir des caractères positifs basés sur toutes les modifi cations survenues. Or l'apparjeil de la lactation et les par- lies les plus extérieures de cet appareil révèlent très-bien par toutes leurs différences les modifications des organes génitaux internes et sont encore nécessairement en rap- port avec le degré d'intelligence des familles instituées en philosophie mammalogique. Ce serait une bien grande erreur de croire que l'ap- pareil mammaire caractéristique du type des animaux strictement vivipares doit subir, depuis l'espèce humaine jusqu'aux mammifères les plus rapprochés des oiseaux , des modifications dans un ordre toujours décroissant. Lorsqu'on est bien pénétré du haut rang que le principe des finalités physiologiques occupe nécessairement dans la hiérarchie des caractères et des ensembles de caractè- res, on n'est nvillement surpris de voir un appareil orga- nique devenir plus complexe dans un groupe naturel d'animaux voisins d'un autre groupe dans lequel cet ap- pareil même tend le plus à disparaître et à s'effacer. Celle espèce de contraste dans l'ordre naturel des dégradations progressives de l'organisation mammalogique est pourtant un fait facile à constater en observant l'appareil mam- maire dans tous les marsupiaux. On y voit en effet, d'une part, que la peau abdominale s'y dispose plus ou moins en une bourse destinée à recueillir et à protéger un fœtus mammaire qui devient un nourrisson ; on constate que d'autres particularités de l'organisation générale (queue prenante ) viennent suppléer à l'imperfection d'une bourse devenue vestigiaire; et l'on reconnaît facilement, par la démonstration anatomico- physiologique qui en a été 22 RECHERCHES faite ' , que cette organisation mammaire , plus riche en apparence, supplée nécessairementàl'imperfection relative des organes générateurs internes dans lesquels Tincubation est devenue beaucoup plus courte. Cette incubation est en quelque sorte continuée à l'extérieur sous un autre mode physiologique dans lequel les sucs fournis pour le déve- loppement fœtal ne sont plus du sang utérin. Les fluides destinés à ce développement après une sorte d'avortement naturel et normal étant des sucs lactés parfaitement adap- tés au degré de constitution organique des embryons , on sent la nécessité de toutes les modifications survenues dans Tappareil mammaire de ces animaux si curieux et si im- j)ortants à observer de très-près. C'est surtout toute la partie des mœurs relatives aux fonctions génératrices des Didelphes, dans lesquels la bourse n'est plus représentée que par deux grands plis cutanés abdominaux , qu'il serait important de bien connaître, afin de pouvoir constater le rapport nécessaire entre le degré de précocité de l'avor- lement normal et le mode d'incubation maternelle qui pourrait être artificiel, c'est-à-dire une incubation dans une sorte de nid, suppléant d'une bourse imparfaite , malgré la turgescence naturelle qui se manifeste à l'époque du fonctionnement dans les phs qui la représentent. Ces considérations anatomico-physiologiques sur l'or- ganisation mammaire du premier groupe des animaux marsupiaux ayant une bourse abdominale ou des plis cu- tanés abdominaux , indices vestigiaires de cette bourse, lé- gitiment complètement à nos yeux la distinction des mammifères en Monodel plies (animaux à une seule ma- Yoyez Mémoires explicatifs si tableaux synoptiques cl'ana- lomie phjfiologiquc. par Laurent. SUR LES MARSUPIAUX. 23 trice) et en Didelphes (animaux à deux matrices), intro- duite depuis long-temps dans la science par M. de Blain- ville. En étudiant comparativement les dispositions anatomico-physiologiques de l'appareil mammaire mono- delphique et didelphique , on voit déjà comment se fait le commencement delà transition naturelle du type des vivi- pares à celui des ovipares , et on est forcé de convenir que Torganisation didelphique s'étend à tout le groupe des mammifères à bourse plus ou moins développée. La marsupialité , c'est-à-dire la disposition en forme de bourse annexée à l'appareil mammaire , doit être rap- prochée en physiologie et en zoologie philosophiques de toutes les dispositions en forme de bourses adaptées à des usages très-variés , et il y a convenance de le faire , lors- qu'après l'observation de la plupart des faits de ce genre, on s'est convaincu de l'exactitude et de l'importance des résultats généraux obtenus par cette voie lente, mais sûre. Mais nous devons nous borner ici à l'exposé d'un certain nombre d'observations zoologiques desquelles les principaux résultats nécessaires en mammalogie doivent être déduits. Nous avons à faire remarquer d'abord le contraste, apparent du moins, entre l'organisation mam- maire des Didelphes ou Marsupiaux vrais et celle des Orni- thodelphes ou Monotrèmes , qui par leur appareil repro- ducteur se rapprochent le plus des Oiseaux. Quoique les animaux didelphes et les Ornithodelphes aient pour caractère commun l'existence d'un os impro- prement appelé marsupial , puisqu'il ne fait point partie de la bourse , ainsi que l'impliquerait ce nom , quoiqu'ils soient avec raison rapprochés sous ce point de vue , nous n'avons pu qu'être frappés d'abord de la dégradation. 24 RECHERCHES rapide de l'appareil mammaire des Ornithodelphes, dont la glande n'est représentée que par des cœcums et dont les organes tétinaires n'existent plus et ne sont plus repré- sentés que par les orifices des excréteurs des cœcums ou follicules sécréteurs du lait. Il nous suffit d'indiquer cette dégradation survenue pour ainsi dire tout-à-coup dans l'ap- pareil mammaire des Ornithodelphes ou Monotrèmes, qui doit être , et qui est en effet , en harmonie avec le mode de développement embryonnaire et le degré de constitution organique des petits au moment de leur naissance. Par dégradation de cette organisation mammaire , nous n'en- tendons point ici une existence vestigiaire de cet appareil comparable à celle qu'on observe chez les mâles des mam- mifères monodelphes et didelphes , mais nous voulons signifier la simplification de la texture glandulaire des mamelles et l'absence des tétines ou mamelons chez les femelles des Ornithodelphes ou Monotrèmes. Après avoir fait pressentir l'importance des recherches sur les organes sexuels des mammifères, et principalement celle de l'appareil mammaire dont l'existence est caracté- ristique de la série mammalogique , on peut encore faire remarquer que les modifications que le système pileux de ces animaux subit sont telles dans les Pangolins et les Cé- tacés , qu'il semble en apparence ne plus exister , tandis que l'appareil lactateur y persiste le plus généralement avec tous les caractères anatomiques et physiologiques qui le font reconnaître; et ce fait doit être pris en considération, puisque le degré d'organisation mammalogique ou cette persistance d'un appareil mammaire dans toute la série des vivipares révèle à l'extérieur le rapport entre les organes éducateurs et un plus haut degré d'intelligence pour l'é- SUR LES MARSUPIAUX. 25 dacation des petits, d'une manière plus rigoureusement exacte que ne le font le système tégumentaire et le système pileux, toujours forcés de se modifier pour s'adapter aux circonstances des milieux ambiants et de se constituer en moyen plus ou moins défensifs (Cétacés , Pangolin , Porc- Épic, Hérisson , Couendou, Échidné, Tatous). Il importe donc de signaler le rapport plus jévident et plus intime entre l'existence des organes mammaires ou éducateurs et l'organisation cérébrale plus riche des mammifères , et , en procédant ainsi , nous croyons faire une application exacte des principes établis en philosophie zoologique (Leçons de Blainville ) , puisque c'est le degré d'intelligence, s'exerçant pour l'éducation des petits, qui est ici mis en relief et révélé aux surfaces de l'animal par l'existence d'organes mammaires que quelques zooto- mistes ont appelés organes éducateurs . Ainsi la considération de l'angle crânifacial , toutes les modifications cràniologiques et prosopologiques de la tête des ma nimalia , tous les caractères que peuvent four- nir les téguments externes, les poils, les ongles, les dents, etc. , etc., si bien étudiés jusqu'à ce jour par les zoologis- tes, devront peut-être, tout en conservant leur rang d'or- dre assignable en philosophie zoologique, devront, dis-je, peut-être céder le pas à un caractère que doit fournir une étude plus exacte et plus approfondie des organes mam- maires envisagés toujours dans leur rapport intime avec l'organisation cérébrale. Mais , nous l'avons déjà dit , et nous devons le répéter encore, le principe des finalités physiologiques dominant toujours dans les questions de cet ordre , il ne faudra pas être surpris que , pour le but de la propagation et la con- 26 RECHERCHES servation des espèces mammalogiques , l'appareil mam- maire n'offre point des différences suivant un ordre de décroissement progressif, et qu'il n'y ait même des sortes de saut ou de contrastes, ainsi que nous l'avons indiqué en comparant d'une manière générale sous ce rapport les mammifères à bourse avec les Monotrèmes. Ces remarques générales sur les caractères différentiels des organes mammaires dans toute la série des animaux qui en sont pourvus devaient précéder nos observations zoologiques sur l'appareil mammaire des Didelphes. Cet appareil se montre chez ces animaux composé ainsi qu'il suit : 1° D'un amas de cryptes sécréteurs du lait, éléments anatomiques de ce qu'on nomme la glande mammaire, ou la mamelle 5 2° Des conduits galactophores ; 3° D'organes de sensation modifiés pour le loucher maternel, c'est-à-dire servant à la copulation entre la nourrice et le nourrisson. Nous n'aurons point à nous occuper ici des organes profonds de cet appareil ; l'étude des cryptes lactaires et des canaux galactophores ou lactifères est du ressort de l'anatomie et de la physiologie comparée. Mais nous étudierons plus spécialement sous le point de vue zoolo- gique le sens de la copulation laclatrice des Didelphes , en raison de son importance réelle si bien sentie par tous les zoologistes. Ce sens se compose : 1° d'un organe érectile, sorte de pénis mammaire destiné pour l'intromission dans la bouche du nourrisson : c'est le mamelon ou la tétine ; 9" d'une sorte de fourreau cutané ou prépuce tétinairc SUR LES MARSUPIAUX. 27 qui enveloppe le mamelon et le cache plus ou moins 5 et 3° d'une très-grande portion de la peau abdominale. Celle-ci enveloppe d'abord immédiatement toute la partie de la glande qui saille au-dessous de la paroi abdominale et forme ainsi une sorte de scrotum ou bourse mam- maire comparable sous ce rapport au véritable scrotum ou bourse testiculaire. Il y a cette différence très-grande entre l'enveloppe cutanée de la glande mammaire et celle du testicule que la première n'est point pendante ' comme la seconde , lorsque la mamelle adhère par une large base à la paroi abdominale , ce qui est l'inverse chez le testicule. Mais ce qui devient la caractéristique du premier groupe des Marsupiaux ou des Didelphes , c'est la por- tion de la peau abdominale qui , après avoir recouvert la surface externe de la glande , se replie sur chaque côté et en bas pour se disposer en une bourse propre à recueillir, à contenir et à protéger les avortons qui deviennent plus tard des nourrissons. Tout Tappareil mammaire , c'est-à-dire la glande, les conduits galactophores et le sens pour la copulation de la mère et du nourrisson, sont ici préalablement orga- Cependant on observe chez les individus femelles de quel- ques races humaines (Négresses, Hottentotes, etc. } et plusieurs espèces de mammifères monodelphes , des mamelles pendantes, à peu près comme le sont les bourses testiculaires. Mais il y a cette différence entre les deux appareils que les voies pour l'ex- crétion du lait, ou les conduits galactophores, sont très-courtes et sous-cutanées , comme la glande avec laquelle ils forment une seule masse , tandis que les voies très-longues et tortueuses du sperme sont intestinales , en partie renfermées dans l'abdomen et en partie sous-cutanées. 28 RECHERCHES uisés pour obvier aux suites fâcheuses d'un avortement normal et pour remédier à l'imperfection relative des or- ganes gestateurs internes. On reconnaît ainsi comment il advient que , chez des mammifères où la viviparité s'af- faiblit , tout l'appareil de la lactation a dû être beaucoup plus perfectionné que chez les mammifères monodelphes. Il nous fallait ici rappeler ce fait bien connu des zoolo- gistes qui nous donne la raison physiologique du déve- loppement considérable de l'appareil de sensation destiné pour la copulation laclatrice , ce qui le rend propre à contenir plus ou moins un fœtus mammaire qui devient par la suite un vrai nourrisson. Sous le nom de fœtus mammaires (Ovs^en) ou de pué- rules (Blâinville), on doit désigner dans l'état actuel de la science les très-jeunes nourrissons des Marsupiaux pendant tout le temps où ils restent constamment fixés aux tétines. A cette époque de la vie fœtale mammaire, la bou- che des petits offre des caractères extérieurs qui méritent d'être notés et rapprochés des différences qu'elle présente 1° dans le premier âge de la vie embryonnaire, et 2° après que le fœtus mammaire cesse d'être suspendu fixement à la mamelle. De même que dans tout embryon de mammifères mo- nodelphes, la bouche de l'avorton marsupial doit être d'abord largement ouverte et propre à recevoir un ma- melon un peu turgescent sur lequel il doit être fixé. Le dé- veloppement progressif des deux mâchoires et des lèvres doit être rapide afin de constituer de bonne heure la cavité orale et un orifice buccal étroit, qui répond au pédicule ou à la racine du mamelon. Au commencement de la vie embryonnaire, la bouche d'un Marsupial offre SÛR LES MARSUPIAUX. 29 donc les conditions favorables pour s'adapter à la saillie du mamelon ; et le développement des parois buccales s'effectuant de chaque côté vers le centre de l'ouverture buccale, il en résulte que le mamelon, qui plonge très- avant dans sa bouche , est ainsi très-étroitement saisi. La bouche de l'avorton a alors acquis le caractère qui le constitue fœtus mammaire, c'est-à-dire un fœtus recevant pour nourriture, au lieu d'un sang utérin, un fluide lacté fourni par les mamelles. Nonobstant la précocité de l'avortement normal chez tous les animaux marsupiaux, la bouche et les narines des petits doivent être convenablement développées , pour fonctionner au moment de la parlurition abortive. Ces ouvertures naturelles sont bien séparées , et déjà les cavités nasales et buccale, au lieu d'être dans le même état d'im- perfection organique qu'on observe chez le très-jeune embryon des mammifères monodelphes , sont bien dis- tinctes. Mais nous ne possédons que peu de faits sur ce point , et il est bien à désirer que , tout en s'atta- chant à constater le degré du développement des petits avortons au moment de leur naissance, ainsi qu'on Ta déjà fait pour quelques espèces, on ne néglige point d'é- tudier l'état de la bouche des petits Marsupiaux soit didelphes , soit ornithodelphes ou monotrèmes. On conçoit très-bien que cet état primordial d'une bouche largement ouverte, et cependant bien constituée, la rend très-propre à recevoir un mamelon turgescent chez tous les Marsupiaux à bourse très-développée ou simple- ment vestigiaire. Mais on se demande comment la bouche des petits de TOrnithorhynque et de TÉchidné peut s'ap- pliquer sur la surface tétinaire, attendu que dans ces 30 RECHERCHES animaux la saillie mamelonnaiie manque , à ce qu'il paraît, complètement, même pendant toute la durée de Tallaitement. Après avoir présumé ce premier état de la bouche de l'avorton chez tous les Marsupiaux , nous devons ici constater ce qui advient lors du développement complet de cette cavité chez les Didelphes et les Orni- thodelphes ou Monotrèmes. Chez les premiers , le développement progressif de la bouche se fait rapidement, de manière à ce que le ma- melon, qui est très-long, se trouve saisi promptement , sans pouvoir sortir à cause de l'étroitesse très-grande de l'orifice oral. C'est ce qu'on voit très-bien sur les petits de ces animaux suspendus fixement aux tétines , et l'on sait qu'il faut alors fendre la bouche des petits ou faire un effort pour les retirer, à cause du renflement de l'ex- trémité du mamelon. MM. G. Saint-Hilaire etR. Owen ont fait figurer cet étal de la bouche des fœtus mam- maires de Sarigues et de Kangourous trouvés suspendus fixement aux mamelons. Il est à désirer que les mêmes recherches soient faites pour toutes les espèces de mar- supiaux à vraie bourse, et surtout pour ceux dont la bourse est remplacée par des plis cutanés. Ne doit-on pas présumer qu'en raison de cette imperfection ou de l'état vestigiaire de la poche abdominale , les Didelphes dorsi- gériens ' doivent mettre au jour des avortons moins imparfaits, c'est-à-dire dont la gestation utérine serait relativement plus longue, et dont par conséquent la bouche Par dorsigériens nous entendons ici désigner les Didel- phes sans bourse qui portent leurs petits sur le dos. SUR LES MARSUPIAUX. 3( serait moins ouverte au moment de la naissance , et peut-être les petits didelphes dorsigériens ne sont point suspendus fixement aux tétines aussi long- temps que les Didelphes bursigériens \ Enfin l'absence de bourse et de tétines, rimperfection de la texture glandulaire des mamelles de l'Ornitho- rhynque et de l'Échidné , et leur génération prétendue ovovivipare, et comparée à la génération ovovivipare de certaines espèces de reptiles , de poissons et d'animaux articulés , sont des faits anatomiques et zoologiques qui nous semblent justifier complètement le rang assigné depuis très-long-lemps à ces animaux, qui doivent termi- ner la série mammalogique , et être considérés comme une transition naturelle des animaux vertébrés vivipares aux vertébrés ovipares. Mais , à la considération du ca- ractère zoologique de ces animaux étudiés dans l'âge adulte, doit se rattacher l'examen du développement pri- mordial de leur bouche, qui, chez ces deux genres d'ani- maux, acquiert la forme d'un véritable bec. Nous devons à M. R. Owen ( Transactions de la soc. zool. de Lon- dres) des recherches sur la bouche de l'Ornithorhynque, desquelles il résulterait que : ï" Toutes les parties de la bouche des petits de l'Orni- thorhynque sont dans un état de mollesse et de flexibi- lité qui permet d'exercer la succion ; ' Par bursigériens nous voulons désigner les Didelphes por- tant leurs petits dans une bourse et opposer ce caractère à celui signifié par l'épithète de dorsigériens ou portant les petits sur le dos. Il nous a semblé que ces particularités de mœurs devaient être ici mises en relief en raison de ce que l'organisation les in- dique nettement. 32 RECHERCHES 2° Que la langue, les deux mâchoires, les téguments qui les recouvrent, et l'orifice oral qu'ils circonscrivent , offrent toutes les conditions favorables pour l'exercice de cette fonction 5 3** Qu'un tubercule ou caroncule , analogue au tu- bercule calcaire du bec du fœtus de certains oiseaux , existe sur la ligne médiane , un peu au-devant des na- rines chez le petit de l'Ornithorhynque -, 4" Que, nonobstant l'existence de ce tubercule, toutes les autres particularités de l'organisation sont favorables à l'opinion de la viviparité et de la mammalité de ces animaux , malgré les divers points de leur structure qui les rapprochent des oiseaux et des reptiles. Nous ne connaissons encore rien sur la bouche des petits de l'Echidné. Cette ouverture naturelle est fort petite dans le fœtus mammaire des Didelphes ; elle n'est béante qu'au milieu pour l'insertion du mamelon, et ses côtés sont alors fermés, non-seulement par une membrane épidermique , mais encore par la continuité des tissus des deux lèvres. Les bords de la partie béante circonscrivent un petit espace qui a la forme d'un triangle dont le sommet est vers le nez. La couleur des bords de cet espace est d'un brun foncé dans les fœtus conservés dans l'alcool. Cette couleur, qui tranche sur celle blanc-jaune sale des lèvres et de tout le corps , fait distinguer très-facilement le méat médian. On dirait en voyant cette bouche, dont les lèvres sont bridées dans une grande étendue sur les côtés, qu'elle est inactive pendant la succion du premier lait , et l'on est porté à penser que cette succion n'est point nécessaire pendant la vie alumnulaire ou fœtale , SUR LES marsupiaux: 33 attendu que les premiers fluides lactés peuvent à cette époque s'écouler naturellement et d'une manière continue dans la bouche d'aussi jeunes avortons. La turgescence naturelle des glandes mammaires doit suffire à l'entretien d'un écoulement continu dont la quantité est propor- tionnelle aux besoins du développement des fœtus. Cet écoulement continu des premiers sucs lactés est l'équiva- lent de l'absorption du sang utérin par un placenta. Du moment où les forces et l'instinct de l'avorton lui permet- tent peu à peu d'exercer la succion, cette vie fœtale mam- maire ou alumnulaire cesse, et la vie plus active d'un , vrai nourrisson exerçant la succion par intervalles avec des lèvres libres et non bridées, ou la vie alumnaire, com- mence. Les époques de ces actes physiologiques sont donc caractérisées par des dispositions anatomiques exté- rieures ou un faciès propre de la bouche à chaque phase de la vie des jeunes individus avant et pendant leur in- cubation dans la bourse mammaire. Il est bien nécessaire que les différences de forme d'un même mamelon observé dans plusieurs époques diffé- rentes soient notées pour que le zoologiste ou le physiolo- giste puisse constater les divers états d'un mamelon. Celui-ci doit être considéré : i" depuis sa première appari- tion dans le fœtus jusqu'à l'époque de la puberté 5 2° pen- dant toute la période des premier , deuxième , etc. , allaitements chez les individus mères qui ont fait succes- sivement plusieurs fois des petits. Dans la période de l'un quelconque de ces allaitements, il convient d'établir trois époques bien distinctes , savoir : l'époque qui pré- cède immédiatement la gestation mammaire j ensuite , l'époque de cette gestation pendant laquelle le petit est Zool. l™ Fartie. c 34 RECHERCHES suspendu et adhérent au mamelon ; enfin , l'époque dans laquelle le petit n'étant plus fixé à la tétine, la prend, la quitte, et la reprend selon ses besoins d'ali- mentation et s'accroît de plus en plus, d'abord sans quitter la poche , ensuite en sort et y rentre allernativement et enfin la quitte pour toujours ; 3° enfin le mamelon doit être étudié dans les intervalles des portées et dans les individus femelles plus ou moins âgés qui , séjournant dans nos ménageries , ne font plus de petits sous l'in- fluence des nouveaux climats où iU vivent , ou de la domestication , ou de l'isolement des mâles qu'on n'a pu se procurer. Il est tout aussi important de comparer ces formes des tétines avec celles de la bouche des nourrissons qui leur correspondent , pour reconnaître et constater les diverses conditions des individus mères , et si le petit Didelphe est ou un fœtus utérin, ou un fœtus mammaire, ou s'il est parvenu à l'âge d'un vrai nourrisson. Après avoir fait remarquer aussi exactement qu'il nous a été possible les rapports des caractères extérieurs entre les mamelons de la mère et la bouche des petits qui nous les font reconnaître , abstraction faite de leur taille, soit comme des fœtus utérins, soit comme des fœtus mammaires suspendus aux tétines d'une manière permanente, ou comme de vrais nourrissons, prenant, quittant et reprenant le mamelon ^ nous devons nous borner à indiquer les formes des mamelons qui cor- respondent à ces trois phases de la gestation lactatrice. Ces formes, qu'il est facile de pressentir, sont celles : i° d'une ^aillie^ peu développée et non encore renflée à son extré- mité 5 2° d'une saillie de plus en plus grande, et renflée SUR LES MARSUPIAUX. 35 à son extrémité et comparable au battant d'une cloche 5 3° celle d'un prolongement ou appendice conique plus ou moins allongé. Ces formes ont été figurées par MM. Geoffroy Saint-Hilaire, R. Owen et John Morgan. A l'aide de ces notions exactes on trouve facilement la raison physiologique qui a déterminé les premiers zoolo- gues à considérer la bourse abdominale comme une sorte d'utérus transporté à l'extérieur, et on ne peut s'empêcher de constater en même temps ce genre de finalité physio- logique qui exprime si nettement les relations organiques entre un appareil utérin sous forme intestinale et les or- ganes mammaires placés aux surfaces de la peau sous forme d'un appareil de sensation pour un toucher spécia- lisé pour la copulation lactatrice , c'est-à-dire pour l'ac- couplement entre une mère et son nourrisson. Nous devions donc ici faire remarquer la relation phy- siologique d'un organe d'incubation intestinale, imparfait sous ce rapport, avec des organes d'incubation extérieure qui constituent un véritable appareil de sensation copula- trice offrant une partie essentielle (tétine ou mamelon), une partie tutaminale ( prépuce ou aréole tétinaire), et une autre partie colligiale , recouvrant la glande (téguments de la glande) , et de plus formant la poche ou bourse où se fait la première incubation des avortons suspendus fixement aux tétines et servant ensuite au recueillement des nour- rissons qui peuvent en sortir et s'y réfugier au besoin. La liaison naturelle , l'harmonisation successive des phénomènes de gestation utérine et de gestation mammaire, nous paraissent avoir été mises dans un grand jour ' par ' Voyez Mémoires sur l'Ornithorhynque, par M. de Blainv, 36 RECHERCHES le fait seul de l'étude comparative des fluides mis en œuvre ( humeur vitelline, sang utérin et lait), pour le dé- veloppement des embryons et des fœtus. Ce point d'ana- toraie zoologique nous parait même suffisamment déterminé avec toute la rigueur scientifique , et il nous semble im- possible de présenter sur ce sujet des objections tant soit peu valables. Nous voici maintenant arrivés à un point de vue capital en anatomie comparative, qui nous parait jeter une vive lumière sur les questions les plus importantes de la phi- losophie zoologique. Il s'agit de constater les résultats positifs qui se déduisent naturellement de l'étude compa- rative des organes de la lactation et de ceux de la géné- ration vivipare. A l'aide d'un certain nombre de faits spéciaux bien observés , nous avions cru pouvoir proposer à ce sujet des vues théoriques que le raisonnement seul aurait pu deviner ou établir à priori. Mais, reconnaissant les dangers de l'abus que l'on peut faire de cette méthode dans les sciences naturelles , nous préférons exposer fidè- lement des faits en nombre suffisant pour fournir des dé- ductions et des inductions logiques , confirmatives de nos vues déjà publiées sur ce point scientifique \ L'impossibilité de stationner assez longtemps dans les lieux mêmes des relâches àç, la Favorite, n'a point permis à celui de nous qui a fait le voyage de circumnavigation sur cette corvette, d'observer les mœurs de quelques espèces de marsupiaux vivants , ni de pouvoir disséquer quelques-uns de ces animaux mâles et femelles, pour re- ' Ces vues ont été exposées dans un tableau d'une théorie des appareils de l'organisme des animaux supérieurs , professée a l'école de médecine de Toulon par l'un de nous. SUR LES MARSUPIAUX. 37 cueillir des documents scientifiques propres à éclaircir les points encore obscurs de leurs fonctions {génératrices. Nous avons pu nous procurer un certain nombre de ces animaux ', soit en peau, soit conservés en tout ou en partie dans l'alcool. Ce sont ces animaux qui , joints à ceux mis à notre disposition par MM. les Professeurs d'a- natomie comparée et de mammalogie du Muséum d'his- toire naturelle de Paris, nous ont fourni les observations et les faits exposés ci-dessous. L'examen d'une soixantaine d'individus conservés dans l'esprit de vin , appartenant à quinze espèces différentes, nous a été beaucoup plus utile pour nos recherches que celui de toutes les espèces dont les individus empaillés existent dans les galeries de mammalogie du Muséum. Didelphis Vir^iniana. Vingt-sept individus de l'espèce Didelphis Virgi- niana , sur lesquels onze mâles et seize femelles , ont donné lieu aux observations suivantes : ' Les Marsupiaux recueillis par M. Eydoux sont : r Un Ornithorhynque femelle , dépouillé de sa peau, sans tête, dans l'alcool; 2° Un Ornithorhynque en peau ; 3" Un Échidné mâle , conservé dans l'esprit ; 4" Un Dasyure Maugé en peau 5 5» Deux Phalangers renards, l'un mâle, l'autre femelle, 6° Deux Kanguorous, encore mâle et femelle. 38 RECHERCHES Observations faites sur les mâles. Manquant tout-à-fait de données exactes relativement à l'âge précis de ces individus et à la durée ordinaire de la vie des animaux de cette espèce^ vivant hors de la do- mesticité, nous avons dû nous borner aux indications des âges , qui suffisent pour des remarques physiologiques et zoologiques. Observations faites sur les fœtus mammaires mâles (Didelphis Virginiana) . Trois mâles à l'âge de fœtus mammaire nous ont présenté les vestiges d'une bourse abdominale ou d'un espace demi-ovalaire , circonscrit par deux saillies laté- rales ou replis cutanés de la peau du ventre. Dans cet espace on voit les vestiges de deux mamelons, et sur l'un des trois fœtus , d'autres saillies transversales qu'on aurait prises au premier abord pour d'autres tétines. (Voyez PI. I, fig. t, i^, i''). Un quatrième fœtus mammaire mâle de D. F^irginiana ne présentait aucun vestige de bourse ni de mamelon. Observations faites sur des mâles adolescents ( Didelphis Virginiana ). Trois autres mâles jeunes et adolescents de la même espèce nous ont offert des mamelons au nombre de six à neuf, plus ou moins marqués, disposés moins régulière- ment que dans les femelles, et aucun vestige de bourse. Observations sur des mâles adultes ( Didelphis Virginiana). Un seul mâle adulte est fort remarquable par Texis- SUR LES MARSUPIAUX. 39 lence d'une bourse formée par un repli culané presque circulaire. Cette bourse sans cul-de-sac est superficielle. On y voit quatre mamelons dans l'espace circonscrit par la saillie de la peau qui forme les vestiges d'une bourse, et un cinquième mamelon sur le bord même de ce repli cutané. La peau est noire autour et sur le pédicule du scrotum dans ce mâle , et cbez trois autres individus du même sexe, qui n'ont offert aucuns vestiges de bourse ni de mamelons. Sur plusieurs autres mâles adultes que nous avons observés depuis, outre les onze indiqués ci-dessus, non seulement on ne pouvait apercevoir le moindre ves- tige de la bourse , mais on ne pouvait encore trouver le plus léger indice des mamelons, même en y portant l'attention la plus minutieuse. Si l'on prend en considération l'existence bien dé- montrée d'une bourse abdominale cbez les mâles à l'état de fœtus mammaires et même accidentellement à l'âge adulte, on doit voir, ce nous semble, dans ce fait très- important, la rectification des opinions émises sur de prétendus indices ou vestiges d'organisation placentaire chez les Marsupiaux et sur l'analogie de la bourse scrolale des mâles avec la bourse abdominale des femelles. Car, nous le répétons, dans les jeunes Didelpbes mâles et dans l'adulte de cette même espèce que nous avons observés , la bourse coexiste avec le scrotum en avant duquel elle est placée, et cette disposition anatomique nous semble être l'état normal des fœtus mammaires , tandis que la bourse n'est qu'accidentelle cbez l'adulte, ce qui nous parait être tel , en raison de ce que lors même qu'on voit encore distinctement des mamelons sur le ventre de jeunes 40 RECHERCHES marsupiaux mâles adolescents , on ne trouve plus aucun vestige de la bourse abdominale. Il résulterait donc de nos observations sur l'appareil mammaire des mâles du Didelpbis Virginiana de divers âges: 1° que tandis que les mamelons des mâles adoles- cents offrent déjà dans la diminution du nombre et de leur volume et dans l'irrégularité de leur disposition le caractère de leur tendance à une disparition complète , la bourse abdominale, dont les rudiments existent chez les fœtus mammaires mâles, a déjà complètement disparu^ 2° que dans les fœtus mammaires mâles , il y a aussi ten- dance de très-bonne heure à l'atrophie et à la disparition des mamelons rudimentaires , etc. -, 3" que dans tous les mâles de cette espèce , en mettant de côté les cas excep- tionnels qu'on peut observer chez toutes les espèces ani- males , tout l'appareil mammaire tend à s'ctfacer de bonne heure ^ 4° que quoique rapproché des organes sexuels externes, cet appareil mammaire est tout-à-fait distinct de ces organes sexuels, et 5" que cependant en raison du voisinage de la bourse et du scrotum , qui sont l'un et l'autre des dépendances de la peau , un^muscle crémaster peaussier peut être considéré comme commun à ces deujc parties y si elles coexistent normalement ou exceptionnel- lement, ainsi que nous l'avons vu normalement dans l'âge fœtal mammaire , et exceptionnellement dans un mâle adulte, sans nécessiter rigoureusement l'analogie de la bourse abdominale avec la bourse scrotale. Nous verrons, au reste , qu'on ne trouve aucun rudiment du scrotum dans les fœtus mammaires femelles chez lesquels la bourse abdominale n'est encore que rudimenlaire. SUR LES MARSUPIAUX. 41 Observations faites sur les femelles ( Didelphis J^irginiaiia ). Elles avaient pour but la recherche des rapports du développement des mamelons et de la bourse avec celui des organes sexuels externes , et c'est dans ce but qu'il importait de bien établir la distinction des âges , ainsi que nous l'avons déjà fait pour les mâles. Observations sur les fœtus mammaires femelles (^Didelphis J^irginiana). Sur cinq fœtus mammaires femelles , toujours Di- delphis Virginiana , l'espace cutané abdominal qui devra être la bourse est circonscrit par deux replis cutanés très- marqués j on y voit un nombre de mamelons dont le nombre parait devoir être de treize, savoir : six de chaque côté et un médian et impair. La disposition bien symé- trique de ces tétines placées sur chaque côté en série linéaire et convexe en dehors , permet de différencier les trois mamelons postérieurs qui sont un peu plus grands, un peu plus distants entre eux, et en nombre plus fixe que les trois antérieurs qui sont plus petits. Ce nombre de mamelons latéraux varie cependant de douze à quatorze. Nous n'avons jamais vu à cet âge le mamelon médian manquer -, les variations en plus ou en moins nous ont paru toujours avoir lieu dans le groupe des six mame- lons antérieurs. (Voyez PI. I, fig. i*^, i*^. ) Quelque soin que nous ayons mis à rechercher des ves- tiges d'un scrotum dans ces fœtus mammaires femelles , nous n'avons pu en découvrir le plus léger indice; et nous préférons supposer qu'il se pourrait qu'un rudiment du 42 RECHERCHES scrotum existât primitivement chez le fœtus utérin et dis- parût de très-bonne heure, que d'oser affirmer le contraire avant d'avoir observé directement. On doit reconnaître facilement combien doivent être sévères les recherches sur les rapports du développement des organes entre eux, surtout à l'égard des appareils qui ont des muscles ou d'autres organes communs , sans cesser pour cela d'être parfaitement distincts sous le point de vue physiologique. Cette remarque nous semble digne de l'attention de tous leszootomistes qui s'occupent en même temps des questions de signification en anatomie comparée, et de l'importance de la signification des organes , des tissus, etc., considérée dans ses applications à la philosophie zoologique. Quoi qu'il en soit, nous avons dû recueillir ces faits de l'existence négative ou positive des organes de l'appareil mammaire considérés dans leur connexion de développe- ment avec les organes sexuels externes, comme devant servir aux interprétations rationnelles propres à confirmer ou infirmer nos propres déterminations ou celles des zootomistes, qui, sur la considération d'un muscle crémas- ter et peaussier commun à la bourse des femelles et au scrotum chez les mules , admettent l'analogie de la bourse abdominale avec la bourse scrotale, et même l'identité de ces deux bourses , qui résulteraient des deux formes que serait susceptible de revêtir un seul et même organe. Les mamelons des foetus mammaires , soit mâles, soit femelles , sont relativement très-saillants à cet âge et ne sont alors nullement recouverts d'un voile , prépuce ou fourreau cutané qui se développera plus tard et dans lequel ils s'enfonceront plus ou moins complètement. Cette saillie des tubercules tétinaires coïncide à cet âge SUR LES MARSUPIAUX. 43 avec celle du pénis chez les mâles, et du clitoris chez les femelles, et nous avons beaucoup regretté de n'avoir point eu à notre disposition un nombre suffisant d'individus d'une succession d'âges, pour constater également toutes les séries des coïncidences de la rentrée du mamelon dans le prépuce ou aréole , avec celle du pénis et du clitoris, chacun dans son fourreau. Nos observations sur le petit nombre de ces fœtus mammaires du Didelphis Virginiana nous portent à penser que ce phénomène doit se passer normalement de cette manière. Obseivations sur des femelles adolescentes {^Didelphis Vù'giniana). Cinq jeunes femelles de la même espèce présentaient une bourse sans cul-de-sac, et dans son intérieur des mamelons plus ou moins marqués et à demi recouverts par un voile cutané circulaire , qui remplit à leur égard le même office que le prépuce ou le fourreau par rapport au gland de la verge des mâles et que les nymphes ou petites lèvres à l'égard du clitoris des femelles. Ohsers^adons sur des femelles adultes ( Didelphis Virginiana ). Sur cinq autres femelles adultes le. nombre des ma- melons, qui s'élevait normalement à treize dans les jeunes sujets de ce sexe , est réduit en général à sept , c'est-à- dire aux six postérieurs et à l'unique médian. Ce nom- bre est même moindre chez trois femelles, c'est-à-dire de six sur deux individus , et de quatre seulement sur le troisième. Si cette réduction et ces variétés dans le nom- bre des mamelons des femelles adultes étaient un fait 44 RECHERCHES constant , il mériterait qu'on le prît en très-grande con- sidération pour apprécier d'une manière plus exacte le rapport entre le nombre des petits de chaque portée et celui des mamelons , et pour bien indiquer les raisons pour et contre la valeur des formules mammaires ou du nombre des mamelles , soit en anatomie et en physiologie comparée, soit en zoologie. Nous avons donné avec plus de détail les observations faites sur l'appareil mammaire des Dideîphis VirginianUy parce que les individus de cette espèce étant plus nom- breux que ceux des autres espèces soumises à nos recher- ches, nous ont offert toutes les variétés de l'appareil mammaire envisagé dans la série des âges où il importe le plus de les constater. Ces variétés ou ces modifications dans le développe- ment des mamelons et de la bourse se réduisent : i" à des diminutions dans le nombre des mamelons , nombre qui parait fixe et très-normal dans les fœtus mammaires fe- melles 5 2" à la turgescence plus ou moins grande des ma- melons et à la grande étendue de la bourse dont l'occlu- sion est plus ou moins complète pendant l'époque de l'al- laitement 5 et 3" au moindre développement de la bourse et des mamelons, et même à leur atrophie plus ou moins grande , qui survient pendant la suspension ou plus ou moins longtemps après la cessation des fonctions géni- tales chez les adultes âgés. Parmi ces modifications , celles qui ont trait à la dimi- nution du nombre des mamelons portent le plus souvent sur les mamelons latéraux antérieurs que nous avons dû distinguer des mamelons latéraux postérieurs qui sont en général plus fixes et un peu plus grands. SUR LES MARSUPIAUX. 45 Mais de toutes les modifications observées, celles qui sont relatives à la saillie des mamelons ont dû le plus exciter notre attention depuis le moment où nous avions vu dans les cétacés non encore allaitant le mamelon en- tièrement recouvert par deux lèvres cutanées. Nous n'avons donc été nullement étonnés de voir le mamelon, d'abord saillant dans les foetus mammaires des Didelphîs Virg, , chez lesquels le pénis et le clitoris sont aussi très- proéminents, se revêtir ensuite dans les individus femelles adolescents ou jeunes adultes, d'un voile cutané, véritable prépuce tétinaire, au fur et à mesure que le clitoris ou le pénis cessant de proéminer sont cachés par un fourreau cutané. Cette coïncidence de la saillie des mamelons et des pénis ou des clitoris et de leur tulamination par des en- veloppes cutanées, nous semble propre à confirmer les analogies sur lesquelles nous avons fondé la théorie gé- nérale des appareils de copulation soit génératrice, soit lactatrice , que nous avons dû considérer comme des ap- pareils de sensation du toucher spécialisé pour favoriser le jeu des organes générateurs, de même que les appareils des sens , du goût et de l'odorat favorisent l'action des appareils assimilateurs digestifs et respiratoires. Aux observations plus spéciales faites sur l'appareil mammaire des Didelphis Virginiana qui nous ont fourni les résultats précédents , nous joignons la série d'obser- vations faites avec le même soin sur toutes les autres espèces dont nous avons pu disposer-, mais nous avons dû nous borner à indiquer rapidement ce qu'il y avait de plus important , pour éviter des détails fastidieux et inutiles. 46 RECHERCHES Didelphis Cancrivora ou Ci obiers. Plusieurs individus mâles et femelles de cette espèce étaient en si mauvais état, que nous n'avons pu nous en servir pour nos recherches. Une femelle adulte dont la bourse est resserrée par des concrétions stercorales était placée dans un même bocal avec quatre petits nourrissons d'un âge assez avancé pour pouvoir sortir et rentrer dans leur poche. Les con- crétions provenaient de l'adhérence des excréments des petits aux poils qui garnissent l'ouverture de la bourse. L'existence de ces concrétions stercorales adhérentes aux poils de l'orifice de la bourse abdominale est bien propre à prouver que les petits rapprochent leur orifice anal de l'orifice de cette bourse , lorsqu'ils rendent leurs excréments, ainsi que le font les petits oiseaux sur la circonférence de leur nid. Celte observation, qui n'a rien de remarquable en elle- même, doit suggérer l'idée de comparer les rapports de la quantité du méconium sur les fœtus utérins et les fœtus mammaires des Marsupiaux avec les proportions du mé- conium des fœtus des mammifères monodelphes. Elle nous semble aussi propre à faire sentir le besoin de dé- terminer si l'époque où les petits des marsupiaux à bourse commencent à rendre des excréments coïncide avec la fin de la vie fœtale mammaire , c'est-à-dire à l'époque où le petit cesse d'être suspendu fixement à la mamelle. Ces deux caractères physiologiques , savoir : la faculté de prendre et de laisser à volonté le mamelon et celle de rendre au besoin des excréments , établiraient la corres- SUR LES MARSUPIAUX. 47 pondance exacte entre les nourrissons des mammifères didelphes à bourse et les nourrissons des mammifères monodelphes. Sur les quatre petits nourrissons Z^/c?e7/?/i. Cancrivora^ trois sont des mâles et le quatrième une femelle. Nous avons pu constater que chez la mère allaitant ses quatre petits , le nombre des mamelons , bien saillants et non enfoncés dans un pli circulaire de la peau , était de onze , cinq de chaque côté et un impair médian. Sur le petit nourrisson femelle , même nombre de mamelons dont la saillie est apparente , mais recouverte par un repli cir- culaire de la peau et cachée par les poils. (Voyez PI. I, flg. Ci% 2b.) Nous avons inutilement cherché les vestiges des ma- melons et de la bourse chez les trois nourrissons mâles. Il reste donc à déterminer si dans les foetus mammaires mâles duD. Cancrivora, ces mamelons et la bourse existent primordialement, s'atrophient et disparaissent de très- bonne heure. Sur deux autres femelles adultes le nombre normal des mamelons est réduit à sept, dans l'une dont la bourse est très-grande, et à deux seulement dans l'autre individu dont la bourse est très- petite. Chez la première à sept mamelons , les quatre postérieurs latéraux et le médian sont très-saillants. Les deux latéraux antérieurs sont en- foncés dans leur voile circulaire cutané. Chez la seconde femelle , les deux seuls mamelons apparents saillent et sont latéraux , l'un à droite , l'autre à gauche 5 ils appar- tiennent au groupe des mamelons postérieurs. Le médian ou impair et tous les autres sont complètement atro- phiés. 48 RECHERCHES Une troisième femelle adulte , probablement vierge encore ou n'allaitant plus depuis assez longtemps , nous a offert onze mamelons bien marqués, surtout les six postérieurs et le médian, qui tous étaient en partie re- couverts de leur prépuce tétinaire. Sur les cinq femelles indiquées ci-dessus, la poche ab- dominale offre des différences d'étendue relative : i" dans ses culs-de-sacs toujours plus marqués en arrière ou en bas et sur les côtés qu'en avant • 2" dans les divers degrés de resserrement de son ouverture. Deux plis cutanés indiquent chez le nourrisson femelle les rudiments de la bourse alors très-largement ouverte. Sur les trois nourrissons mâles, le scrotum, dans lequel les testicules semblent être déjà arrivés , se présente sous la forme d'un gland à rainure médiane très-prononcée et paraissant en partie recouvert de son prépuce. La région périnéale offre deux raphés médians très-marqués , l'un intermédiaire au scrotum et à l'ouverture génito-anale , l'autre située entre cette ouverture et la racine de la queue. Didelphis Opossum ou Sarigue quatre œils. Une femelle de cette espèce allaitant ses petits porte une poche abdominale très-grande , dont le cul- de-sac inférieur ou postérieur est très-développé , tandis que les espaces latéraux le sont moins, et en outre deux culs- de-sacs antérieurs qui sont séparés par une sorte de cloi- son ou frein cutané médian. Les mamelons y sont au nombre de cinq , dont les quatre latéraux sont très-sail- lants ou tirés par la bouche des petits , tandis que l'impau' ou médian est en partie caché dans son prépuce. SUR LES MARSUPIAUX. 49 Une autre jeune femelle encore nourrisson offre le même nombre et la même disposition symétrique des mamelons non saillants et en partie recouverts. La bourse parait superficielle ou largement ouverte , parce que les plis cutanés sont peu développés et encore dis- tants en avant. Deux petits mâles de la même espèce, que nous pré- sumons être des nourrissons assez avancés de la femelle adulte indiquée , ne nous ont présenté aucuns vestiges de bourse ni de mamelons. Le scrotum s'y présente , comme dans les jeunes mâles du D. cancrivora _, sous la forme d'un gland rentré à demi dans son prépuce. Didelphes sarigues sans bourse. 1° Didelph. cajopollin. Sur trois individus femelles de cette espèce de Didelphes, appartenant au groupe de ceux dépourvus de poche abdominale , deux qui avaient allaité nous ont offert sept mamelons , dont trois sur chaque côté et un médian impair. Les mamelons étaient les uns assez longs et à nu , les autres courts et recou- verts de leur prépuce ou repli circulaire cutané. Sur la troisième femelle , les tétines du côté droit , celle du milieu , étaient tout à fait atrophiées ; celles du côté gau- che l'étaient moins. Sur un jeune Cayopollin mâle , nous avons vu sur le côté droit de l'abdomen un seul point noirâtre qui nous a paru être la trace d'un mamelon caché sous son prépuce et atrophié. •>." Parmi les autres espèces de Didelphes à pHs tenant lieu de bourses , nous n'avons pu observer que les quatre Zool. re Partie. d 50 RECHERCHES dont M. Desmarest a indiqué le nombre de mamelons ainsi qu'il suit : Didelphis murina ou marmose i4 id. tricolor ou touan i4 ' id. brachiure 8 id. crassicaudata 4 ^t ?. • Nous ferons à ce sujet les remarques suivantes : M. Geoffroy Saint-Hilaire a donné , dans ses études progressives, pi. 6, fig. 3, la formule du nombre des mamelons d'une femelle adulte du D. marmose -, on n'en voit que neuf, quatre sur chaque côté disposés en ellipse, et un au milieu. En supposant le nombre de quatorze, ou plutôt quinze mamelons, réel dans la marmose, ce qui serait vérifiable dans les fœtus de cette espèce , on peut croire que les six mamelons antérieurs , trois sur chaque côté , se sont atro- phiés et ont disparu tout à fait. Nous sommes portés à croire qu'il y a aussi quinze au lieu de quatorze mamelons , si toutefois ce nombre est exact, dans le D. touan , et neuf au lieu de huit dans le Didelphis brachiure, et en général un nombre impair, à cause de l'existence peut-être constante d'un mamelon central qui s'atrophie souvent ou persiste. Nous croyons aussi que dans le D, crassicaudata , le nombre des mamelons s'élève à neuf au moins, dont quatre latéraux pairs et un médian impair. Il est pré- sumable, d'après la note de M. Desmarest (ouvr. cité, page 25^ ) , qu'en outre des quatre mamelons d'un côté et de deux sur l'autre côté observés dans la femelle SUR LES MARSUPIAUX. 51 adulte décrite par d'Azara, il en existait autant d'un côté que de l'autre, plus le mamelon central, et qu'il existait peut-être encore d'autres mamelons pairs et laté- raux antérieurs. Remarques générales sur le nombre des mamelons des espèces des genres Didelphis , Dasyure , etc. G. Cuvier , Desmarest et Lesson n'ont pu avoir aucun renseignement sur le nombre des mamelons des autres espèces de didelphes à poche, D. Azarœ , D. quica , D. mjosurus , D. philander, Chironecte , ni des espèces sans poches, D.cinerea, D. dorsigera, D. cajopoïlin, D. lanigera, D. pusilla , puisqu'ils l'ont passé sous silence. De toutes ces espèces sans poche abdominale, le D. cayopollin est le seul que nous ayons pu étudier sur des individus conservés dans l'alcool, et il était impos- sible de rien reconnaître à cet égard sur les espèces en peau des galeries de 2.oologie. Les individus des espèces des genres Dasyure , Phas- cogale et Thylacine, que nous n'avons pu observer qu'à l'état sec, ne nous ont offert aucun vestige d'indication relative à l'objet de nos recherches. P emmêles. Nous avons constaté sur un petit Péramèle femelle l'existence des vestiges de six mamelons , trois de chaque côté sur deux lignes presque parallèles à la Ugne médio- ventrale, et renfermés dans une bourse ouverte en arrière sous la forme d'un V, dont la pointe était dirigée vers le 52 RECHERCHES slernum et l'ouverture du côlé du pubis. En outre de ces deux lèvres disposées en V de la bourse mammaire ouverte en arrière, on voit deux grands replis cutanés inguinaux formant un V ouvert en avant. ( Voy. pi. III , fig. 1-5.) Nous signalons cette direction de Touverlure de la bourse mammaire des Péramèles comme un fait qui mérite de fixer l'attention des voyageurs. Nous présen- terons bientôt à ce sujet quelques remarques physiolo- giques. Les mamelons rudlmentaires de ce Péramèle encore nourrisson sont reconnaissables par un point noirâtre , indiquant pour chacun d'eux l'ouverture du repli circu- laire cutané dans lequel ils sont enfoncés et cachés en- tièrement. Phalaugers. Sur un Phalanger mâle de l'île Célèhes, nous n'avons pu découvrir aucune Irace des mamelons, ni de la poche abdominale. Un individu femelle de la Nouvelle-Guinée, port Dorey (Quoy etGaimard), présente une bourse assez grande, quatre mamelons et deux saillies formées par les glandes, l'une à droite plus grande que celle du côté gauche. Les mamelons sont saillants, surtout l'inférieur du côlé droit, qui est beaucoup plus grand que les trois autres. Nous avons retrouvé encore quatre mamelons sur deux femelles du Phalanger d'Amboine à front concave (Quoy et Gaimard). De ces deux individus femelles, l'un était adulte et allaitait ses petits, et l'autre était un jeune SUR LES MARSUPIAUX. 53 nourrisson. La première (pi. III, fig. 3) portait une poche abdominale très - grande à euls - de - sac inférieur et latéraux très - marqués. Ses mamelons sont saillants , surtout les inférieurs, qui sont beaucoup plus longs et plus gros que les supérieurs. La bourse abdominale du nourrisson femelle ( pi. III , fig. 3 ) est rudimentaire , largement ouverte , et laisse voir les quatre enfoncements cutanés, indices des ma- melons cachés sous leur prépuce tétinaire. Un nour- risson mâle de cette espèce offre en avant du scrotum deux points qu'on pourrait prendre pour des vestiges de mamelons atrophiés. Nous n'avons pu y voir aucun rudiment de la bourse abdominale. Sur deux individus de l'espèce Phalanger renard à griffes, donnés au Muséum par M. de Bougainville, l'un est une femelle pourvue d'une bourse grande où l'on voit deux mamelons seulement, l'un à droite plus petit, l'autre à gauche fort grand et situé au milieu d'une saillie de la glande mammaire de ce côté 5 l'autre est un mâle sur lequel nous avons en vain cherché les vestiges des mame- lons et de la poche. Phalaiigers renards donnés au Muséum par M. Eydoux. Un individu femelle de cette espèce n'a présenté qu'une seule paire de mamelons, ce qui nous paraît être une anomalie individuelle. Nous n'avons pu découvrir aucun vestige de mamelons dans un adulte mâle de cette même espèce. Une femelle du Phalanger volant à longue queue nous 54 RECHERCHES a offert une bourse petite , longue , au fond de laquelle sont deux mamelons assez saillants. Un Phalanger volant mâle ne nous en a présenté aucun vestige. A ces remarques sur Tappareil mammaire des Phalan- gers il convient de joindre les observations faites sur les mamelles et la bourse d'une nouvelle espèce de Phalan- gistes, publiées par M. Thomas Bell (i), et accompagnées d'excellentes figures. Un jeune nourrisson mâle assez avancé de l'espèce Kanguroo rat ou Potoroo , ne laisse voir aucun vestige de bourse ni de mamelons. Sur deux Kanguroos apportés par l'un de nous , dont l'un mâle et l'autre femelle, celle-ci offre au fond d'une bourse très-peu développée quatre ouvertures qui sont les orifices de deux enfoncements cutanés au fond des- quels saillent les mamelons. Cette femelle était probable- ment encore vierge. Le mâle, qui est adulte, n'offre aucune trace de bourse ni de mamelons. La description de l'appareil mammaire du Kanguroo macropus major a été faite avec beaucoup de soin par M. John Morgan (2). Ce zoologiste a donné un nombre suffisant de figures consacrées à l'exposition des caractères extérieurs et des détails anatomiques des mamelles, des mamelons et de la bourse , et de la bouche des fœtus mammaires. Il est à désirer que de semblables recherches soient faites non-seulement sur l'appareil mammaire de tous les marsupiaux didelphesetornithodelphes, mais encore sur le même appareil de tous les mammifères monodel- (1) Transact. de la Société Linnéenne de Londres. Vol. XVI. (2) Transact. de la Société Linnéenne de Londres, p. 61 et 465. SUR LES MARSUPIAUX. 56 phes. Ces recherches rempliront les lacunes de ce point de la science mammalogique , et nous fourniront des do- cuments précieux dont le besoin se fait sentir lorsqu'on envisage la classification des mammifères sous un point de vue philosophique. Nous n'avons pu nous procurer des fœtus mammaires femelles de Kanguroos. L'individu femelle apporté par l'un de nous nous ayant offert une bourse très-petite et des mamelons peu marqués , nous le croyons vierge. Toutes les autres espèces de marsupiaux , Phasco» larctos , Phascolomes , Monotrèmes , Ornithorhynque et Échidné , que nous avons étudiées dans les galeries de zoologie, ne nous ont fourni aucun document. Malheureusement pour le sujet de nos observations, notre individu femelle adulte d'Ornithorhynque était sans peau et notre Échidné hislrix était un mâle, aussi adulte. Des observations faites sur la bourse d'un certain nombre de Didelphes, sur celle d'un petit Péramèle, de quelques Phalangers et Kanguroos , nous ont permis de constater des différences très-nombreuses qui nous parais- sent être en rapport avec le genre de locomotion de ces animaux. Ces différences portent sur l'ouverture , sur l'étendue et les culs-de-sac de la bourse mammaire. L'ouverture de la bourse , étudiée d'abord dans l'âge adulte , est moins grande proportionnellement pendant toute l'époque de la gestation mammaire qu'après et surtout qu'avant cette époque. C'est surtout dans les jeunes individus que la bourse est largement ouverte, au point que, chez les fœtus mammaires, presque toute la peau abdominale qui porte les mamelons est à découvert 66 RECHERCHES et simplement circonscrite par deux plis cutanés. La forme de celte ouverture est alors losangique dans les Didelphes à poches , et elle devient de plus en plus circulaire et ri- dée sur sa circonférence chez les individus adolescents et adultes. La direction de cette ouverture est en avant et en haut, dans toutes les espèces qui grimpent sur les arbres ou qui marchent sur leurs deux pieds de derrière. Celte direction est celle qui se présente le plus fréquemment à l'observa- tion. Dans un jeune Péramèle , nous avons observé une direction inverse , c'est-à-dire que Torifice de la poche était dirigé en arrière. Celle disposition , qui semble être exceptionnelle, nous semble être en rapport avec la hau- teur considérable du train de derrière de cet animal, qui, s'appuyant sur le sol par ses quatre pieds, doit avoir la télé moins élevée que le sacrum , et marcher en sautillant. Si réellement chez les Péramèles adultes l'ouverture de la bourse se trouve être du côté du pubis et non vers le sternum , les culs-de-sac de la poche abdominale pour les petits doivent être vers la poitrine^ mais nous n'avons pas été assez heureux pour observer des individus fe- melles adultes de celle espèce , et nous sommes réduits à conjecturer une disposition en harmonie avec la locomo- tion d'après l'inspection d'un seul Péramèle encore nour- risson. Nos remarques à ce sujet méritent donc une confir- mation. G. Cuvier (Règne anim. , T. I , p. 180) dit : u que leurs pieds de derrière sont assez longs pour que leur course puisse être rapide, et que leurs grands ongles de devant annoncent qu'ils creusent la terre. » Sur un squelette d'un Péramèle de la collection du SUR LES MARSUPIAUX. 57 Muséum d'Histoire naturelle de Paris , nous avons trouvé que le rapport de la hauteur des membres de devant et de ceux de derrière (i) était :: 82 : 43. Dans la pose donnée à ce squelette, l'animal serait semi- plantigrade en arrière et plantigrade en avant, ce qui justifierait , si elle était l'expression de la pose naturelle , l'opinion que le train de derrière des Péramèles est plus élevé, pendant la marche quadrupède, que celui de devant. Mais il reste à constater si dans les femelles des Péramèles adultes l'ouverture de la bourse est dirigée vers le pubis, et si les culs-de-sac de cette bourse sont vers le sternum et sur les côlés de la base de la poitrine. L'étendue de la bourse, très-petite dans le très-jeune âge , augmente progressivement au fur et à mesure que chez l'adulte les replis cutanés s'accroissent et convergent de chaque côté vers le centre de l'abdomen. C'est à l'épo- que de la portée des petits qu'elle a acquis tout son dé- veloppement 5 lorsqu'elle est constituée définitivement pour contenir les petits, elle présente une excavation gé- nérale dont le contour forme un grand cul- de-sac qui, en général , est plus marqué vers le pubis que sur les flancs et vers le sternum. Telle est la forme générale de ce grand (1) Mesure des membres du squelette du Péramèle du Muséum de Paris. Membres antérieurs. Membres postérieurs. Longueur du bras , 1 po. 6 1. de la cuisse , 2 po. 5 \. — de l'avant-bras , 1 p. 6 L de la jambe, 2 p. 10 1. — du pied de devant , 1 p. 6 1. dupied de derrièi'e, 1 p. » 1. Haut"^ du train de devant, 2 p. 8 1. de derrière , 3 p. 7 1. Longueur du corps depuis l'épaule jusqu'à la racine de la queue, 7 pouces. 58 RECHERCHES cul-de-sac de la bourse dans la majorité des espèces de marsupiaux. Elle a donc la figure d'une demie ou des trois quarts d'une ellipse plus ou moins allongée dont la grosse extrémité est vers lapubis. Le grand cul- de-sac offre du côté du sternum deux cornes ou petits culs-de-sac latéraux, séparés par une sorte de frein ou de cloison médiane plus ou moins pro- noncée. Telle est la forme que présente la poche des Didelphes, des Phalangers , des Kanguroos. Nous affirmons que dans les foetus mâles des autres Didelphes, des Phalangers et des Kanguroos indiqués ci- dessus, nous n'avons pu constater l'existence de mame- lons ni de bourse , antérieurs au scrotum. Mais le scrotum que nous supposions pouvoir représenter la bourse mammaire, ne nous a offert lui-même aucun vestige de mamelons. On conçoit l'embarras dans lequel on serait jeté si l'on trouvait , sur la peau des scrotums ou bourses testiculaires , des tubercules indices ou ves- tiges de l'existence de mamelons. Nous faisons cette re- marque à l'occasion des variétés anatomiques de situation et de nombre des mamelles dans l'espèce humaine. M. Ro- bert, médecin de Marseille, auteut de la Mégalanthro- po^éiiésie , a publié l'observation d'une mamelle située * à la cuisse d'une femme. On connaît des exemples de mamelles inguinales chez d'autres individus du sexe fé- minin dans l'espèce humaine , et l'un de nous , pendant qu'il professait l'anatomie physiologique à l'Ecole de mé- decine du port de Toulon , a vu deux hommes offrant quatre mamelons, dont deux normaux et deux autres plus petits situés au-dessous des précédents , à la partie supé' SUR LES MARSUPIAUX. 59 rieure da bas-ventre , dans chaque hypocondre. Nous mentionnons ces variétés anatomiques, parce qu il se pour- rait peut-être que, dans certains cas d'anomalies, des ma- melles fussent observées dans les animaux sur le scrotum même, puisqu'on voit dans le cheval ces organes situés à la racine et en avant de la bourse scrotale. La position des mamelons des fœtus mâles du Didelphis virginiana en avant de l'espace circonscrit postérieurement et sur les côtés par deux saillies ou plis cutanés , paraît très-normale -, l'existence d'une bourse mammaire en avant d'une bourse scrotale ne se présente point dans ces foetus comme une anomalie ; et sans oser l'affirmer pourtant , nous pensons qu'un examen attentif sur les fœtus mâles des marsupiaux à bourse beaucoup plus jeunes que ceux observés par nous, y fera découvrir les vestiges des mamelons et de la bourse mammaire, ou les plis cutanés qui en sont les rudiments en avant de la bourse tesliculaire scrotale ou scrotum. L'existence et la fixité de situation normale de mamelles vestigiaires chez les fœtus et les adultes des mammifères monodelphes, est le motif sur lequel se fonde notre opinion. Or, du moment où l'on admet analogiquement la fixité normale de nom- bre et de situation des mamelles chez les mammifères di- delphes et ornithodelphes ou monotrèmes , la fixité de tout ce qui se rattache à l'appareil lactateur, et par con- séquent de la bourse ou de ses replis cutanés circummam- maires, en découlerait naturellement. Des observations nouvelles sont nécessaires toutefois pour éclaircir ce point de zootomie comparative. Il résulte de nos observations faites sur le nombre des ma- ptielles et des mamelons d'une certaine quantité d'espèces 60 RECHERCHES des marsupiaux , que pour en rechercher et en détermi- ner les différences et la fixité dans les diverses espèces, il faut choisir de préférence des fœtus très-jeunes , parce que , au fur et à mesure que les individus avancent vers l'âge adulte, ces mamelons sont i° moins saillants à la surface de la peau, et 2® plus difficiles à voir à cause des poils qui les recouvrent, et de Tétroitesse de l'ouverture de la bourse qui les cache entièrement , tandis que dans ces fœtus cette bourse est largement ouverte , soit en avant (la plupart des marsupiaux à bourse), soit en arrière (Péramèle). On sait généralement qu'il est facile de distinguer à la vue simple ou par le tact la saillie faite par la glande mammaire , de celle du mamelon. Mais dans une première observation des saillies faites par le mamelon , on ne peut pas toujours discerner si cette saillie appartient à un ma- melon nu et entièrement à découvert, ou bien à un ma- melon caché plus ou moins par une sorte de prépuce ou de voile circulaire cutané. D'après les observations que nous avons faites sur plusieurs fœtus mammaires des deux sexes du Didelphis virgûiiajia, les éminences qui existent dans la bourse seraient des mamelons à nu, n'offrant point à leur sommet d'ouverture, et cette saillie des ma- melons sans recouvrements préputiaux coïncide avec la saillie du clitoris ou de la verge , qui sont complètement en dehors de leur gaine préputiale. Nous avons pu ob- server que le clitoris et la verge , qui diffèrent très-peu l'un de l'autre à cette époque , sont alors dirigés en avant et tendent peu à peu à se diriger en arrière et à rentrer dans leur fourreau ou enveloppe préputiale , et nous avons soupçonné qu'il en devrait être de même à SDR LES MARSUPIAUX. ai l'égard des mamelons, c'est-à-dire que ces organes, d'a- bord saillants, tendent à rentrer dans une gaine ou pré- puce tétinaire. Mais cet organe étant beaucoup plus petit , l'observation en devenait plus difficile. Après ces observations sur le nombre des mamelons , nombre évidemment plus constant dans le très-jeune âge que dans l'âge adulte d'un certain nombre d'espèces de marsupiaux , viennent naturellement celles faites sur l'existence , le nombre ou l'absence de ces tétines dans les fœtus mâles des mêmes espèces. Deux fœtus mâles du JJidelphis virginiana ont été les seuls qui nous ont offert évidemment deux mamelons à la partie antérieure d'un espace circonscrit par deux plis de la peau du ventre , moins saillants que ceux qui dans les fœtus femelles sont les rudiments de la bourse. Sur l'un de ces fœtus mâles , on voit , en outre des deux ma- melons , en arrière de ceux-ci et sur chaque côté , deux plis transverses de la peau \ ces plis transverses se voient dans l'espace circonscrit par les plis latéraux. Ces plis transverses semblent, au premier abord, être des vestiges d'autres mamelons : ils n'existent pas sur l'autre fœtus. Immédiatement en arrière de celte bourse mammaire, bien constatée dans ces deux fœtus mâles du D. l'irgiiiiana , on voit le scrotum ou bourse testiculaire -, tandis que dans les fœtus femelles dont les ovaires, de même que dans tous les animaux vertébrés, restent toujours dans le ventre, on ne voit aucuns vestiges de bourse destinés à représenter analogiquement le scrotum des mâles. Il semble résulter naturellement de ce fait unique pour le moment , mais bien constaté à l'aide d'un examen sévère et conscien- cieux , il semble résulter , disons-nous, que la bourse G 2 RECHERCHES mammaire ou le marsupium, et la bourse testiculaire ou le scrotum , sont deux organes bien distincts en ce que l'un fait partie de l'appareil lactateur, et l'autre de l'appareil fécondateur ou génital du mâle. Il y a bien une corres- pondance analogique éloignée entre ces deux sortes d'or- ganes examinés comparativement dans ces deux appareils • mais d'après le fait que nous venons de rapporter, on ne pourrait admettre que, dans les mâles des marsupiaux à testicules extérieurs, le scrotum, quoique antérieur à la verge, représente la bourse où sont les mamelles. Les connexions musculaires d'après lesquelles cette détermi- nation a pu être établie sont un caractère subordonné à ceux tirés de la disposition tégumentaire et de l'existence des mamelons au delà et en avant du scrotum chez les mâles , dans le même espace occupé par la bourse mam- maire chez les femelles. Le fait de l'existence, plus ou moins en avant du scrotum, de mamelles, il est vrai , sans bourse et sans plis bursifor- mes, chez les mammifères monodelphes, doit être indiqué ici pour être apprécié dans la signification anatomico- physiologique qui se présente naturellement à l'esprit. En disant que tous les mammifères monodelphes sont sans bourse et sans plis circummammaires , nous devons avoir soin d'indiquer qu'on ne saurait considérer comme des organes de ce genre les replis cutanés qui cachent plus ou moins les mamelons, et qui sont à leur égard de véritables prépuces, observables chez les cétacés , les chéiroptères , et peut-être sur un plus grand nombre de mammifères mo- nodelphes • et d'après nos remarques faites sur les analo- gies évidentes des organes copulateurs de la génération avec ceux de la copulation éducatrice ou lactatrice , on SUR LES MARSUPIAUX. 63 ne saurait envisager le prépuce ou fourreau du mamelon comme un analogue vestigiaire de la bourse mammaire , puisque celle-ci est commune à l'ensemble des glandes (et des mamelons ) mammaires. Ce serait encore abuser de l'analogie si l'on venait à considérer les petites poches latérales et paires des glandes sébacées abdominales des ruminants femelles ( cerfs , antilopes) comme des indices d'une bourse marsupiale. Nous ne saurions comparer cet entraînement qu'à celui qui a déterminé un zoologiste célèbre à considérer les vraies glandes mammaires des cétacés comme analogues ou identiques aux glandes des flancs des musaraignes , et par conséquent comme destituées de la signification mammaire qu'on leur a assignée d'après l'observation fréquente et constante de leur fonction lactatrice. Le critérium , le moyen infaillible dans les recherches de détermination , doit toujours être l'observation de la finalité physiologique qui nous est dévoilée par l'étude des mœurs des animaux. Celui de nous qui, dans son enseignement anatomique , s'est attaché depuis longtemps à considérer le principe de l'harmonie et celui des finalités physiologiques comme le plus important dans la recherche des significations des organes en anatomie philosophique, a dû aussi apprécier la valeur des arguments des zoologistes qui , conduits par le principe des analogies , considèrent la bourse mam- maire des Didelphes comme représentant le scrotum ou la bourse testiculaire des mâles. Ces arguments , qui exigent un examen très-sérieux , parce que nous les pui- sons dans un Mémoire inédit de M. de Blainville , qui a bien voulu nous les communiquer, sont les suivants : G\ RECHERCHES 1° « Nous notons aussi que le muscle rétrotracteur de « la poche ou bourse mammaire a une certaine analo- « gie avec celui qui , dans les individus mâles , se porte à « la poche scrotale , et nous avons été conduit à penser « que cette bourse (la bourse mammaire) pourrait être ((. considérée comme l'analogue de la bourse scrotale « placée dans les animaux avant la racine du pénis , sans « que cependant celle analogie soit entièrement hors de « doute. Cependant l'observation de Vicq d'Azyr, que « celte poche est partagée en deux par une sorle de cloison (( qui s'avance fort loin dans la cavité , n'indique-t-elle « pas un rapprochement de plus ? 1° « Il me semble bien que la poche doit être consi- (( dérée comme le scrotum retourné ou rentré , ou bien u que le scrotum n'est que la poche détournée , absolu- (c ment comme les mamelons postérieurs des Kanguroos , u qui sont rentrés comme des doigts de gant. 3° « La nature des poils qui la tapissent, celle même de « la matière brune qui s'y développe et s'y accumule. 4° « L'ob jeclion que l'on pourrait tirer de ce que, dans u les individus mâles des Sarigues , D. TÎrginiajia , on « voit une paire de mamelons dans un petit espace cir- « conscrit, est infirmée en montrant que ce n'est que la « partie antérieure de la poche, et que la partie posté- « rieure , la plus importante, correspond seulement au « scrotum , que dans la femelle représente peut-être le (( mamelon impair. » Ces quatre arguments, appréciés d'abord dans leur ensemble , tendent à établir une analogie de la poche mammaire des femelles avec le scrotum ou bourse tesli- culaire des mâles. Mais ici le mot analogie est pris comme SUR LES MARSUPIAUX. G 5 signifiant une sorte d'identité , et dans ce sens ce qui est scrotum chez le mâle est transformé en poche des petits chez la femelle, etc. Mais dans l'appréciation du résultat général de ces arguments , on oublie que l'on s'engage à faire cor- respondre analogiquement les parties de l'appareil génital mâle avec celles de l'appareil mammaire de la nourrice, ce qui, sous ie point de vue spécial Jbuctioiiiiel, n'est point dans le sens des analogies proposées par Aristote , ni de celles déduites de l'observation des hermaphro- dites. Or, d'après ces analogies considérées comme ration- nelles , le pénis mâle est identique au clitoris , le prépuce aux petites lèvres et le scrotum aux grandes lèvres. Dans cette appréciation des organes affectés à la copulation génératrice, il y a des analogies et des antithèses éviden- tes exigées par les finalités physiologiques ; d'ailleurs , puisque depuis Arislole on compare les organes généra- teurs mâles aux organes générateurs de la femelle, on ne doit comparer les organes éducateurs de celle-ci qu'aux mêmes organes chez le mâle. Le scrotum pourrait donc être considéré arbitraire- ment comme correspondant analogiquement i" à des grandes lèvres qui renferment en effet dans leur épais- seur les testicules chez certains hermaphrodites , et 'a" à une poche ou bourse destinée à recueillir des fœtus mammaires , et cela parce qu'il occupe la même place que la partie postérieure de cette poche (IV^ argument), ou bien ce serait un mamelon ( organe érectile ou pénis mammaire) médian qui, en raison de sa situation médio-poslérieure, serait chez la femelle susceptible d'être considéré comme un analogue du scrotum ou bourse Zool. F" Partie. e 66 RECHERCHES cutanée testiculaire des mâles. Il y a donc incertitude évidente dans celte recherche de l'analogie entre le scro- tum et la bourse circummammaire, ou bien avec un mamelon, puisque le scrotum aurait son analogue, soitdans la partie postérieure de la bourse , soit dans un mamelon médian, soit dans les deux objets réunis. Mais un scrotum ou bourse cutanée testiculaire n'a à^ analogue, dans l'appareil génital externe femelle, que les grandes lèvres, où se trouvent en effet descendus les testicules chez les prétendus hermaphrodites mascu- lins ; et lorsqu'on recherche l'analogue d'un scrotum dans l'appareil mammaire externe de la nourrice , on ne peut établir une analogie rationnelle que dans les cas où des glandes mammaires et pendantes sont contenues dans une bourse cutanée qui prend alors le caractère d'une sorte de scrotum mammaire, parce qu'elle enveloppe un organe sécréteur sous-cutané. Les grandes lèvres d'une vulve imperforée chez un hermaphrodite masculin , en raison de ce qu'elles renferment constamment des testicu- les , sont absolument identiques aux grandes lèvres d'une vulve perforée chez un individu du sexe féminin bien constitué, avec cette différence que ces lèvres ou demi- scrotum vulvaire ne renferment point un testicule fe- melle ou ovaire destiné à rester dans l'abdomen ^ et cette analogie est rationnelle, c'est-à-dire prouvée par les faits. L'examen de chaque argument pris en particulier conduit à objecter : i" Que de ce que le muscle vètrotracteur de la poche a une certaine analogie avec celui qui, dans les indi- vidus mâles, se porte à la poche scrotale , et de ce que la poche mammaire est, d'après l'observation de Vicq SUR LES MARSUPIAUX. Q1 d' A zyr y partagée cil deux par une cloison médiane ^ on ne doit point considérer ces deux faits anatomiques comme propres à établir l'analogie du scrotum ou bourse d'une glande testiculaire avec une bourse destinée à incuber des avortons. L'analogie ne serait peut-être admissible (ce nous semble) que dans le cas où les glandes mam- maires rassemblées en deux corps glanduleux , un sur chaque côté, pendraient sous le pubis comme deux testi- cules, et seraient contenues dans une bourse qui serait alors un vrai scrotum mammaire. Mais d'après l'analogie aristotélienne, il faudrait (ce qui n'a jamais été observé que pathologiquement, c'est- à-dire dans les cas de l'hernie de l'ovaire), il faudrait, di- sons-nous , que l'ovaire sortit par l'anneau inguinal, et, devenu sous-cutané, fût renfermé dans une sorte de bourse ou scrotum testiculaire femelle. La recherche des analogies du scrotum des mâles avec la bourse mammaire conduit donc à deux routes qui, sous le pointdevue fonctionnel, conduisent à une véritable impasse, puisqu'on ne trouve point la réalisation de glandes mam- maires et de glandes ovaires enveloppées par des scrotums spécialisés et appropriés à l'instar du scrotum testiculaire. En procédant toujours d'après un point de vue fonc- tionnel spécial, on ne peut donc admettre l'analogie du scrotum testiculaire qu'avec les grandes lèvres, qui reçoi- vent dans leur épaisseur les fibres du créraaster et sont disjointes bien plus que par une cloison médiane, c'est-à- dire par un canal ou vagin intermédiaire. Ainsi le cloison- nement du marsupium ou de la poche d'incubation des petits , observable dans le haut seulement de cette poche , est en antithèse avec le cloisonnement d'un scrotum qui n'a f;s RECHERCHES lieu que dans les cas où les testicules sont immédiate- ment à côté Tun de l'autre et non séparés par un grand intervalle. Enfin un muscle crémaster peut être spécialisé diver- sement dans ses trois portions, savoir : i° portion iliaque ou crémaster externe proprement dit ; 2° portion pu- bienne ou crémaster interne ; et 3" portion testiculaire ou ovarienne, qui s'offre comme guhernaculum lestis on comme ligament rond. On peut constater aussi que certains muscles de certaines régions sont diversement spéciali- sés selon les exigences physiologiques. Or, de ce que le crémaster, au lieu de se répandre sur un cordon et une bourse testiculaire, se rendrait, en l'absence de cet organe, à deux replis de la peau abdominale disposés en poche coUigiale des petits, on ne devrait point en inférer que les replis cutanés faisant partie d'un appareil organique spécialisé pour d'autres fondions sont des organes analo- gues à d'autres organes dont la fonction n'a qu'un rap- port très-éloigné avec la leur. En effet , envelopper et protéger des testicules (scrotum), et incuber et protéger des petits (marsupium), sont des fonctions dont l'ana- logie tend plutôt à la diversité qu'à la parité. 2° Les faits positifs fournis par l'embryologie des ver- tébrés n'autorisent qu'avec bien des restrictions l'emploi des points de vue spéculatifs du retournement d'une saillie d'une peau externe pour former des bourses vides rentrantes , ainsi que du détournement d'une poche cu- tanée pour se disposer en bourses sortantes et pleines. Ainsi les deux moitiés d'un scrotum et les deux grandes lèvres sont originairement des saillies cutanées et non des poches détournées, c'est-à-dire renversées de dedans eu SUR LES MARSUPIAUX. 69 dehors 5 et au lieu d'un retournement, c'esl-à-dire du renversement de dehors en dedans d'une poche sortante ou scrotum mammaire , ce sont réellement deux plis cu- tanés saillants qui, par leur convergence progressive , viennent à constituer le marsupium, ou la poche d'in- cubation circummammaire. Enfin la rentrée en doigt de gant retourné d'un mamelon , organe érectile dans une sorte de prépuce ou fourreau , n'est comparable qu'à celle d'un pénis ou d'un clitoris , organes érectiles dans leur organe tutaminal dit fourreau ou prépuce. 3° Toute peau d'un mammifère repliée normalement ou accidentellement, de manière à cesser d'être en contact avec l'air et les corps extérieurs , subit dans la nature de ses poils, et dans celle de ses humeurs transpirées et sé- crétées, des modifications exigées par la nature des fonc- tions dévolues à ces sortes de spécialisations normales ou accidentelles. (Voy. Hébréard, Mém. Soc. méd. d'Em. ) 4° Enfin, faudrait-il admettre que, là où chez les fe- melles un scrotum testiculaire n'existe réellement plus , cet organe est représenté , soit par la portion postérieure dite la plus importante de la poche d'incubation placée sur le pubis , soit par le mamelon médian des didelphes ? Mais là où la fonction scrotale testiculaire femelle man- que , puisque l'ovaire reste toujours dans l'abdomen , l'organe qui devrait la remplir a pu être effacé, et là où do- mine la fonction d'incuber des petits en les nourrissant de lait au lieu de sang, l'organe chargé d'exercer une fonction si importante a pu s'étendre au loin sans perdre son carac- tère spécial 5 de même qu'un os crânien , etc. , s'étend au loin en effaçant pour ainsi dire les autres , sans rien em- prunter de la signification des os déplacés ou effacés. 70 RECHERCHES Le {ail de ia coexislence d une bourse abdominale d in- cubation et d'un scrotum , chez deux fœtus mammaires mâles du Didetphis virgiiiiana , peut-il encore recevoir en sa faveur une argumentation qui puisse lui assurer un caractère positif? Nous allons l'essayer. i" La très-grande majorité des mammifères monodel- phes mâles offre dans la vie embryonnaire des mamelons avec absence normale de bourse circummammaire , et en raison de ce que les glandes mammaires s'atrophient pro- gressivement chez les mâles , les mamelons tendent à dis- paraître et toujours chez les mâles en raison directe de 11 A nge. L'appareil mammaire, toujours sans annexe d'une poche circummammaire , existe donc d'une manière constante chez les mâles des espèces pourvues ou man- (juant du scrotum dans celle première sous-classe de mam- mifères dont la viviparité et la mammalité , c'est-à-dire la fonction de l'allaitement , sont adaptées à tous leurs genres de locomotion dans les trois sortes de milieux am- biants (air, eau, sol). Nous ne voyons donc pas pourquoi les indices d'un appareil mammaire complet , c'est-à-dire quelques mame- lons et les vestiges d'une bourse circummammaire nor- male chez les didelphes , ne pourraient point exister chez les mâles de ces marsupiaux didelphes et coexister avec un scrotum , puisque ce fait ne serait que la répétition du fait de l'existence de mamelles normalement sans bourse chez les mâles mammifères monodelphes. Qu on réfléchisse que la viviparité, s'affaiblissant chez les didelphes, a exigé une poche extérieure d incubation chez les femelles de celle sous-classe, et que , puisque les SUR LES MARSUPIAUX. 7< mâles didelphes offrent, de même que les mâles mono- delphes , des vestiges de mamelles , ils doivent aussi of- frir des vestiges de la bourse annexée à ces mamelles chez leurs femelles, et toujours sans préjudice d'un scro- tum plus ou moins développé autant chez les monodel- phes que chez les didelphes. Si l'on joint à ces faits spéciaux , présentés ici comme argument, la considération des modifications que la peau éprouve dans toutes les régions de l'organisme animal , suivant les exigences physiologiques de ces régions, on ne tardera pas à reconnaître une sorte d'indépendance des appareils cutanés, spécialisés pour des fonctions dif- férentes, et dès lors on se tiendra en garde contre la ten- dance d'établir certaines analogies qui pourraient amener une confusion préjudiciable ou très-nuisible dans l'inter- prétation des faits. On pourrait donc établir comme une règle pratique bien importante : Qu'il est dangereux de chercher des analogies entre les parties diverses des ijidividus de sexes dijjérents, avant d'avoir bien établi les identités et les différences physiologiques des ap- pareils sexuels, et avant d'avoir bien constaté la dé- pendance et l'indépendance fonctionnelle des appareils. Ainsi , la dépendance fonctionnelle réciproque des «appareils générateurs internes et externes est démontrée par leur synergie pendant l'accouplement fécondateur, et l'on peut, en raison de cette dépendance, établir des analogies rationnelles, ainsi qu'on l'a fait depuis Aristote, entre le testicule et t ovaire , le déférent et la trompe de Fallope , l'utérus et la vésicule séminale , le vagin et le canal éjaculateur du sperme, le pénis et le clitoris , le prépuce ou fourreau et les petites lèvres ou nymphes, 72 RECHERCHES cl , enjin , entre le sciotuni et les grandes lèvres ; et ces analogies , qui coexistent avec des différences réelles , sont encore mises en évidence par l'observation des anomalies de ces organes, qui sont connues et réunies sous le nom commun ^hermaphrodisme chez l'homme. Mais, dans cette correspondance analogique et antithé- tique , pour atteindre le plus haut degré de signification rationnelle , il faut, ainsi que l'un de nous croit l'avoir dé- montré , constater d'abord que , dans les animaux les plus élevés dans la série, l'appareil sexuel, en faisant abstraction des mamelles , comprend , chez le mâle et chez la femelle , deux sortes d'appareils, savoir ; l'un, sexuel interne^ composé d'une glande, de voies intestinales destinées à Tingestion , au séjour et à l'égestion du produit de la glande^ l'autre , sexuel externe , destiné au toucher gé- nital qui provoque cette égestion , c'est-à-dire à la copu- lation génératrice. Or, cet appareil sexuel externe se com- pose , de même que tout appareil de sensation , de trois parties , l'une sensoriale et essentielle , l'autre tutaminale plus ou moins nécessaire, et la troisième plus ou moins auxiliaire et coUigiale de diverses manières. Ainsi, dans cette manière de procéder en signification , l'appareil sexuel interne (abstraction faite de sa spécialité) est rap- porté à la classe des appareils glandulaires les plus com- plexes, et l'appareil sexuel externe rentre naturellement dans celle des appareils complexes des sensations spécia- lisées. Il est alors facile de faire marcher de pair l'appré- ciation des différences et des analogies réelles , lorsqu'on a égard à la diversité des corps en relation normale avec les appareils , et au concours synergique , soit simultané- ment , soit successivement , de ces appareils. On trouve .^ SUR LES MARSUPIAUX. 73 alors que les analogies établies ci-dessus en ire les diverses parties des appareils sexuels , tant internes qu'externes , ne sont point formulées dans un langage approprié , ce qui nous semble donner lieu au vague des interprétations scientifiques proposées tour à tour , et ouvrir la voie à de véritables abus de l'analogie , si on se laisse imposer par des apparences. Après avoir signalé la dépendance fonctionnelle entre les deux appareils générateurs, l'un fécondateur ou mâle, et l'autre concepteur et gestateur , ou femelle , il convient d'indiquer les corrélations fonctionnelles de ce dernier appareil avec l'appareil mammaire, dont l'action commence quand est finie celle des organes gestateurs. On peut encore saisir ces analogies des organes glan- dulaires et copulateurs de l'appareil de l'allaitement avec les organes glandulaires et copulateurs des appareils de la génération. Or, les organes glandulaires mammaires sont, i" la glande, et 2° ses tubes excréteurs, les uns in- gesteurs aboutissant à de petits réservoirs , et les autres égesteurs de lait accumulé dans ces réservoirs. Mais ce lait, étant un fluide qui doit être digéré par un nourris- son , est destiné à être versé dans la boucbe de ce nour- risson , et c'est ce qui nécessite, cbez la nourrice, la pré- sence d'un appareil de sensation d'un toucber spécial qui sollicite aussi à l'expulsion du lait , et se trouve spécialisé pour la bouche du nourrisson. Il y a dpnc mne véritable copulation lactaire, c'est-à-dire entre le mamelon de la nourrice et la bouche du nourrisson , dont le mécanisme offre à la fois des analogies et des différences appréciables avec celui des appareils de la copulation génératrice. Mais , de même qu'on a signalé les dillérencés et les 74 RECHERCHES analogies des appareils générateurs qui agissent Tun sur l'autre , il faut encore signaler les différences et les ana- It^ies entre l'appareil mammaire de la nourrice et l'ap- pareil buccal du nourrisson , qui agissent aussi l'un sur l'autre. Dans cette correspondance , la saillie linguale serait l'a- nalogue de la saillie mamelonnaire, et les parois maxillaires et labiales entourent cette saillie , de même que des voiles ou dépendances cutanées entourent le mamelon 5 mais ici il y a plus de différences que d'analogies. Nous croyons avoir suffisamment indiqué les caractères analogiques et différentiels de cet appareil mammaire dans les trois sous- classes de mammifères , et il serait fastidieux de les rappe- ler encore ici. Nous terminerons donc en concluant que l'analogie entre le scrotum ou bourse testiculaire et la poclie d'incubation circummammaire ne nous parait point , d'a- près nos objections aux quatre arguments présentés à son appui, ne nous parait point, dis-je, suffisamment élayée, et que les faits fournis par l'embryologie lui sont direc- tement contraires. Le fait de la coexistence des vestiges d'un appareil mammaire complet, c'est-à-dire de quelques mamelons, et des indices certains de poche circummammaire avec un véritable scrotum testiculaire chez deux fœtus mam- maires du Didelphis virginiana , nous semble , au con- traire, mériter le degré d'importance que nous avons proposé de lui attacher , et cette importance , réelle à nos yeux , doit pousser les observateurs à multiplier les re- cherches sur ce point , dans le but de la confirmer ou de l'infirmer. Nous ne voulons maintenant ni ne devons rien présu- SUR LES MARSUPIAUX. 75 mer ici sur le degré d'importance des formules mam- maires, négligées jusqu'à ce jour par la plupart des zoolo- gistes. Illiger nous paraît être le seul qui les ait indiquées toutes les fois qu'il les a connues. Mais nous ne pouvons taire le rapport qui nous paraît devoir exister entre le nombre des mamelles et celui des petits dans la classe des mammifères en général , sauf quelques exceptions déjà connues. Dans le but de faire sentir l'utilité des observations à faire pour la détermination des formules mammaires , nous avons cru qu'il était convenable de terminer nos re- cherches sur l'appareil mammaire des marsupiaux et la bouche de leurs petits par un tableau synoptique , indi- quant sommairement ce qui a été fait à ce sujet , et les lacunes nombreuses qu'il faudra remplir. Nous n'admettons que deux sortes de mamelles d'après leur position, savoir : les mamelles pectorales et les abdo- minales, parce que l'aine des quadrupèdes se confond avec les côtés du ventre ^ or, la laxité du tissu cellulaire sous- cutané de celte région, jointe à la brièveté des cuisses, permet, en tirant cette peau du ventre, de l'amener même jusqu'au genou. 76 RECHERCHES PROJET D'UN TABLEAU SYNOPTIQUE DV NOMBRE ET DE LA SITUATION DES MAMELLES ET DU NOMBRE TRÈS-IEU CONNU DES PETITS. D signifie droites. NOMBRE DES MAMELLES DISTING. EN M médianes. \ pectorales. X inconnu. DM G I. Mo/. y/iode'phes. i Voyez le Tableau des; Mamelles, par G.[ I Cuvier, Aiiat comp.,! [t. V, pag. 166-160,1 'Inédit. II. Didelph.es. D. virginiuna. . D. cancrivora. . D. opossum. . . D. muriiia. . . . D. tricolor. . . D. brachyura. . : D. erassicaudata. D. cayopolin . . Cuscus albus. . . . Cuscus amboinensis. Phalangisla valp. . . Péramèles. Kanguroos. III. O rnithodelphes . Echidné. . . . Ornithorynque. abdominales. D M TOTAL DU NOMBRE DES mamelles. 13 11 4 14 14 8 6? 4 petits. 14-16 X X 10-14 9-12 X X X X X X X X X X SUR LES MARSUPIAUX. 77 Nous avons déjà indiqué que quelques-unes de ces déter- mina lions appartiennent à MM. Desmarest et Geoffroy Saint-Hilaire j et nous ne pouvons nous empêcher de re- marquer ici que, dans les observations faites récemment par les zoologistes anglais , à l'exception de MM. John Morgan , R. Owen et Thomas Bell, nous n'avons trouvé aucune indication relative au nombre ou à la structure des mamelles des marsupiaux didelpheset ornlthodelphes. On sait qu'on doit à M. Meckel et à M. R. Owen la des- cription des mamelles de^ l'ornithorynque et de l'échidné. L'anatomlste anglais a eu de plus l'avantage d'observer sur des spécimens de petits ornithorynques les particula- rités de leur bouche. EXPLICATION ©ES PLANCHES. Planche Première. Fig. 1. Fœtus mammaire de Didelphis virginiana; mâle de gran^ deur naturelle , vu de face du côté du ventre , pour mon- trer la coexistence de la poche des petits ou bourse alumnaire et du scrotum , c'est-à-dire de la bourse scrotale ou testi- culaire. B. Bourse largement ouverte , formée par deux replis cu- tanés. On y voit en avant deux mamelons , et au milieu deux plis transverses qui semblent être les vestiges d'autres mamelons tout à fait atrophiés. S. Scrotum ou bourse testiculaire placé en avant de t> , ou le pénis, à la base duquel on voit un sillon F. , indice du rebord inférieur du fourreau cutané du pénis lorsque cet organe est dirigé en arrière chez l'adulte. a. Anus. Fig. 2. Train de derrière du même fœtus , un peu grossi et vu dans la même position pour mieux montrer les mêmes parties. Fig. 3. Train de derrière du même fœtus encore grossi , mais vu de côté et aux trois quarts. Fi^. 4. Train de derrière d'un fœtus mammaire femelle de Didelphis virginiana qui était de même grandeur que celui de \àjîg. i ■ On voit dans la bourse B treize mamelons m , dont trois 78 RECHERCHES antérieurs et trois postérieurs sur chaque côté et un médian et impair. En arrière de cette bourse , on ne voit aucun vestige de scrotum. Cl. Le clitoris, qui ressemble alors au pénis du mâle. /. Une fente , indice de l'ouverture du vagin. a. L'anus. Fig. 6. Train de derrière du même fœtus femelle vu de côté et aux trois quarts. Fig. 6. Train de derrière d'un Didelphis virginiana femelle adulte , dont la grandeur a été réduite ; vu de face et du côté du ventre. On ne voit dans la bourse B que sept mamelons, savoir : trois postérieurs sur chaque côté et un médian. En compa- rant cette femelle adulte au fœtus femelle de la même es- pèce [fig- 4 et 5), on voit que les trois mamelons aïité- rieurs de chaque côté qui existent dans ces fœtus mammaires se sont atrophiés et ont complètement disparu. J'ig. 7. Train de derrière d'un Didelphis cancrivora femelle qui renfermait dans sa bourse quatre petits très-développés et à bouche très-fendue. Ce train de derrière est vu de face et par son côté ab- dominal. La bourse B, qui est très-grande, a été fendue en bas sur la ligne médiane, et chaque moitié latérale est renversée sur les côtés pour bien voir onze mamelons très-saillants, dont cinq latéraux et pairs et un médian impair. /. Ouverture de la vulve dans laquelle est rentré complète- ment le clitoris. n. Ouverture anale. Fig. 8. Train de derrière d'un nourrisson femelle de Didel- phis cancrivora dont la bourse B présente onze mamelons, dont un seul médian et impair, comme chez la femelle adulte [fig. 7 ). Aucun vestige de scrotum. Cl. Clitoris qui est sur le point de rentrer dans son four- reau placé au commencement et au bas de la vulve. a. Anus. Fig. 9. Train de derrière d'un nourrisson mâle de Didelphis can- crivora , représenté vu par son côté abdominal. On n'y voit aucun vestige de bourse ni de mamelons. S. Scrotum ou bourse lesliculaire, en arrière duquel est un raphé cutané prolongé jusqu'au pénis P , qui est en grande partie rentré dans son fourreau et dirigé vers l'anus, a. Fig. 10. Elle représente le bout du museau grossi des fœtus mam- SUR LES MARSUPIAUX. 79 maires de Didelphis virginiana , pendant que l'ouverture de la bouche est la plus étroite , ce qui a lieu lorsque le fœtus est le plus fixé au mamelon et ne peut encore téter avec ses lèvres. Fi^. 11. Bout du museau un peu grossi d'un autre fœtus, mais plus avancé, de Didelphis virginiana, dont la bouche offre une ouverture moins étroite et des lèvres moins bridées , ce qui permet au petit de presser un peu la base du mamelon. C'est le commencement de l'agrandissement de l'ouverture des lèvres qui rend le petit de plus en plus apte à téter. ' Planche Deuxième. Fig. 1 . Train de derrière d'un fœtus mammaire femelle du Didelphis opossum ou quatre-œil , vu de face par le ventre pour mon- trer la bourse B, dans laquelle on voit quatre mamelons. Fig. 2. Train de derrière d'un Opossum femelle adulte dont la bourse B présente quatre mamelons saillants et pointus. Fig. 3. Moitié postérieure du corps d'un nourrisson mâle de Didel- phis opossum vu de face. Fig. 4- Le même vu de profil. Dans ces deux figures , on constate l'absence de poche abdominale et de mamelons. On y voit seulement : S. Le scrotum. P. Le pénis , qui est à moitié rentré dans son fourreau. a. L'ouverture de l'anus, Fig. 5. Train de derrière d'un nourrisson mâle de Didelphis cayopo- lin, vu de face. Même absence de poche abdominale et de mamelons. Les lettres S, P et a désignent le scrotum, le pénis et l'anus. Fig. 6. Moitié de derrière du corps d'une femelle de Didelphis cayo- polin dont la bourse, B , présente sept mamelons dont les- latéraux sont saillants et pointus. Planche Troisième. Elle représente le train de derrière, vu du côté abdominal , de deux espèces de Couscous, d'un Phalanger renard , d'un Péramèle et d'un Kanguroo. Fig. 1 . Très-jeune Couscous mâle d'Amboine. Aucun indice de bourses ni de mamelons. S. Scrotum. P. Pénis en partie rentré dans son fourreau. P' Le même pénis un peu grossi dont le méat urinaire est 80 RECHERCHES é voilé par un repli valvulaire de l'exlrémilé du gland , que l'on a pris à tort pour un prépuce. Fi^. 2. Très-jeune Couscous femelle d'Amboine. B. Poche abdominale au bas de laquelle on voit quatre points noirs, m, qui sont les orifices des trous cutanés au fond desquels sont les mamelons. Aucun indice de scrotum. Cl. Clitoris déjà rentré dans son fourreau , et dont l'extré- mité est dirigée vers l'anus. fi^^. 3. Couscous blanc (Cuscus albus, Zes5. Phalangistuscavifrons, Teniin. ) , femelle adulte qui avait allaité, B. Poche abdominale fendue dans sa moitié inférieure, dont les lambeaux sont renversés sur les côtés pour laisser voir quatre mamelons saillants et pointus , m. f, a. Fente vulvaire et anus très-rapprochés. Ftg. 4. Phalanger renard mâle adulte. S. Scrotum ou bourse testiculaire. P. Pénis dont le gland sort du fourreau. a. Anus. Fig. 5. Phalanger renard femelle adulte. B. Poche abdominale où l'on voit quatre mamelles , m. Les points noirs indiquent les trous du voile ou pré- puce cutané qui recouvre les mamelons. . Flg. 6. Fœlus mammaire de Péramèle. B, B, B. Poche abdominale largement ouverte, ayant la forme d'un triangle dont le sommet est vers le sternum. On y voit six points noirs indices des trous cutanés des voiles qui recouvrent des mamelons très-petits. Fig. 7. Jeune Kanguroo femelle vierge. B. La poche abdominale ouverte pour montrer quatre orifices des trous cutanés m, au fond desquels sont les mamelons. SUR LES MARSUPIAUX. DE L'OS MARSUPIAL, DU BASSIN DES DIDELPHES ET ORNITHODELPHES , ET DE LA SIGNIFICATION DES PIECES DU SQUELETTE DES VERTEBRES EN GÉNÉRAL. Après avoir donné les caractères anatomico-physiolo- giques^de l'appareil mammaire de ces animaux , et pro- posé d'en tirer des caractères zoologiques dlstinctifs des espèces, nous devons porter notre attention sur une pièce osseuse placée dans l'épaisseur des parois abdomi- nales et connue sous le nom très-impropre d'os marsu- pial, puisqu'elle ne fait point partie de la bourse mam- maire ou alumnaire. Quoique l'existence de cette pièce osseuse ne soit point un caractère extérieur et saisissable au premier abord, les zoologistes ont dû la signaler comme commune à tous les mammifères qui se rapprochent de plus en plus de la classe des oiseaux , et cependant les oiseaux ni les autres vertébrés ovipares n'ont point d'os marsupial (i), et n'ont aucun vestige d'une bourse cu- tanée abdominale pour l'incubation de leurs œufs. (1)11 ne faut pas confondre la pièce osseuse médiane en forme d'Y qu'on observe en avant de la sympliyse des pubis chez la sa- lamandre terrestre et les tritons, avec l'os marsupial des mammi- fères. Il faut également différencier la bourse destinée à contenir y.nnl, tre Partie. f 82 RECHERCHES L'os marsupial n'entre donc point dans le plan du squelette des mammifères monodelphes , ni dans celui du squelette des oiseaux, des reptiles écailleux et des pois- sons. On ne voit quelque chose dé semblable que dans le squelette de la salamandre terrestre et des triions. Il peut ne pas paraître utile au premier abord de recher- cher quelles sont les analogies de quelques parties dures avec l'os marsupial 5 mais, en y réfléchissant mûrement, cette recherche , faite d'après des principes préalablement discutés , doit nous permettre d'établir ici une appréciation sévère des opinions émises dans ces derniers temps sur ce îiujet. Notre intention est au reste d'arriver par cette voie à mettre en relief le caractère anatomico-physiologique et zoologique que l'on peut assigner rationnellement à cette pièce osseuse du bassin des didelphes. Dans l'état actuel de la science , la signification de toute pièce plus ou moins importante du squelette des vertébrés nécessite qu'on pose préalablement les principes de la caractérisation scientifique de toutes les parties so- lides plus ou moins dures de ces animaux. Or, ces princi- pes, que l'un de nous a formulés, se réduisent: i°à distin- guer ces parties dures en celles qui sont des parties anhistes les nourrissons des vertébrés vivipares , des bourses et .lutres dispositions de la peau des vertébrés ovipares pour l'incubation des œufs. Les oiseaux en général, quelques reptiles (pipas) et poissons ( syngnalbesj , offrent sous ce rapport des particularités d'organisation qui n'ont nullement le caractère d'une bourse létinaire, quoique ayant des rapports éloignésavec ce genred'in- cubation des avortons des marsupiaux. INous passons à dessein sous silence l'indication des dispositions du tégument externe chez les animaux invertébrés pour l'incubation des œufs. SDR LES MARSUPIAUX. 83 ou sans texture vivante, et en celles qui sont des tissus scléreux vivants plus ou moins denses, depuis l'état fibreux jusqu'à la dureté cartilagineuse et osseuse , et en celles qui ont un caractère mixte ou intermédiaire, et à considérer les pièces fibreuses, cartilagineuses et osseuses du sque- lette comme harmonisées entre elles pour produire tous les degrés de mobilité , d'immobilité et de solidité qu'exi- gent les fonctions du squelette. En prenant la finalité physiologique comme point de départ dans la signification des pièces scléreuses du sque- lette, on ne doit point craindre d'être entraîné dans des déterminations erronées , pourvu qu'on s'attache à la bien connaître et à l'appliquer rationnellement comme principe. Examinons maintenant les opinions émises d'après des théories dans lesquelles on a cru devoir ne faire aucun cas de la finalité. L'emploi de l'analogie, érigé en une doctrine qui sem- blait devoir tout niveler, poussait les fauteurs de cette doctrine à trouver le même nombre de pièces osseuses dans tous les bassins des vertébrés 5 et au lieu d'établir préalablement les divers degrés de dureté des tissus sclé- reux , qui, par leur affinité réciproque sont appelés à se combiner diversement et à se suppléer fréquemment ; au lieu de controverser préalablement la valeur scienti- ' fique du nombre des pièces, valeur qui ne peut guère être soutenue longtemps , les anatomistes unitaires et antifinalistes furent tellement dominés par leurs idées à priori y qu'ils émirent des opinions qui furent attaquées et complètement réfutées par des faits qu'il eût été facile de supposer et de rechercher. 84 RECHERCHES C'est sous l'influence de cette répétition du même nombre de pièces dans tous les bassins de vertébrés que M. Serres écrivait d'abord (i) : « Celte homologie a reçu « un nouveau degré de certitude par la découverte que « j'ai faite de V analogue de l'os marsupial dans la cavité « colyloide des mammifères et de l'homme. L'épaule et (( le bassin se composent ainsi de quatre os. « Plus tard, le même anatomiste cessa de considérer l'os cotyléal comme un analogue du marsupial , et assigna ce caractère à une portion épiphysaire qu'il appela os iuter-puhéal (2). M. Serres n'est pas plus heureux dans cette seconde détermination que dans la première , et cela par une raison qu'il aurait dû sentir 5 c'est que dans les deux cas il a violé le principe des connexions : tout analogue de l'os marsupial , d'après nos déterminations ^ doit occuper la même position à V égard du pubis et avoir les mêmes (1) Annales des Sciences naturelles, mai 1827. (2) Recherches d'Anat. transcend., p. 200. > (t Avant mes recherches sur l'ostéogénie , on disait le bassin « uniquement composé par les trois pièces de l'os coxal : j'en ai « trouvé deux nouvelles placées chez l'homme dans le fond de la « cavité cotyloïde et dans le cartilage inter-pubien. Ces pièces « sont si petites , qu'elles semblent logées là plutôt par souvenir « que par nécessité (j'ai nommé ces os, l'un cotyléal, et l'autre « inter-pubéal). C'est ce dernier qui devient le marsupial. Sur un « nombre considérable de bassins de jeunes animaux , M. le « baron Cuvier a observé que le cotyléal existait avec l'os marsu- « pial. En se dégageant, l'une d'elles (l'inter-pubéal) devient « l'os marsupial , et , appuyée sur le pubis , elle remplit des fonc- « lions importantes chez les kanguroos et les ornithorhynques, « soit à l'égard des muscles de la bourse , soil à l'égard d'une « portion des muscles abdominaux. » SUR LES MARSUPIAUX. 85 connexions avec les muscles , les vaisseaux et les nerfs de Vanneau inguinal, que l'os marsupial lui-même (i). M. Laurillard ( article additionnel à l'Anatomie com- parée de Cuvier, t. I , p. 477 ®* ^^ ) ï'éfute d'autres déterminations erronées de l'os marsupial dans les termes suivants : « On a observé que dans quelques carnassiers la « cavité colyloide a dans le jeune âge un petit os qui se « forme au point de jonction des trois os du bassin. Les Voy.lesfig. A, iet2. \Voy. les fig. 3, 4 et 5. c, c, c, c. côtes. S t sternum. Absence à l'épaule d'éminence analogue à l'é- minence ilio-pectinée de la hanche. Absence à l'épaule d'os marsupial analogue à celui de la hanche. Un petit noyau n' déve- loppé dans l'épaisseur du tendon interne du muscle sterno-mastoidien serait seul suscep- tible d'être considéré comme un analogue de l'os marsupial. — ' — n', n', noyaux tendiniens supposés. n, n, n, n, noyaux épiphysaires de la clavicule sternum. n', n', n, n, n, n, petits noyaux osseux. y ^. Muscle sterno-mastoidien. j Les lettres choisies indiquent la correspondance des os et des mus- cles , etc. , de la hanche et de l'épaule. Les petites lettres p et n signi- fient que les pièces appartiennent/? à la ceinture postérieure et a à la ceinture antérieure. Fig. A. Elle représente un bassin de Mammifère marsupial où l'on voit les pièces osseuses naturelles, savoir : i" l'ilium B p, le 1 1 8 RECHERCHES Pubis Cp, et rischium D i; 2° l'Os marsupial M formant le bord ou le pilier interne du muscle oblique externe de l'ab- domen. On a joint idéalement à ces pièces osseuses naturelles , celles qui ont été tour à tour considérées comme des analogues de rOs marsupial, savoir : l'Os médian (m) prépubien des Sala- mandres et des Tritons. l'Os coiyléal (1), quiapour analogue à l'épaule l'Os paraglénal que nous n'avons point cru devoir figurer; Y Os interpnbial (2) , qui n'est autre chose qu'une pièce épiphysaire ou vvormienne commune aux deux branches des pubis ; VOs peinai (3) ou delà verge, qui appartient au bulbe de l'urètre; les intersections fibreuses (4) ou osseuses (5) des muscles de l'abdomen. On a négligé à dessein les petits noyaux osseux analogues à ceux de l'épaule, fii;. 5, et développés accidentellement ou normalement dans les parties tendineuses qui forment l'anneau inguinal , et ceux qui sont des épiphyses de l'angle ou de l'épine du pubis. 0, e, e. Epiphjse de l'ischiura fig. A et 1 , ou de la clavicule, fi^. 4. Ligament obturateur ou lame osseuse qui le remplace. Fig. 1. Bassin de Kanguroo {maoopus major) auquel on a laissé les muscles de la paroi antérieure de l'abdomen. Les muscles misa découvert dans cette figure sont : 1° l'oblique externe (yp) ollrant l'anneau inguinal (cp) qui donne passage au cordon du testicule t; 2'^ le muscle droit {à'), et 3° le pyra- midal ou triangulaire (S). Le bord interne de l'anneau in- guinal est formé par l'Os marsupial M qui est proportionnelle- ment grêle. L'éminence ilio-pectinée(é) est peu saillante. Fi g. 2. Bassin d'ornilhorhynque dont l'éminence ilio-pectinée (é) est très-grande, ce qui coïncide avec l'existence d'un os marsu- pial proportionnellement très-développé. Nous avons dit dans le texte comment cet os appartient au tendon unique du M. G'^' oblique de l'abdomen qui n'offre point ici de canal inguinal. On peut consulter à ce sujet les planches IV et V de l'anatomie de l'ornilhorhynque par Meckel. Fig. 3. Épaule d'un oiseau (Pic vert, Picus Tiridis, G. rael. ) em- pruntée à l'Herminier. Fig. 4. Épaule d'ornithorhynque empruntée à Meckel. On ne trouve dans ces épaules , ni dans celle de l'érhidné , ni dans aucun autre Mammifère didelphe ou monodelphe , aucune pièce osseuse qui puisse être considérée comme un analogue de l'Os marsupial du bassin des Mammifères à bourse et des monotrèmes. e , Épiphyse de l'os en T formé par les dents claviculaires. SUR LES MARSUPIAUX. 119 Fig. 5. Portion supérieure du thorax de l'homme sur laquelle on a laissé la moitié interne des clavicules qui sont les analogues des pubis. Les deux extrémités tendineuses inférieures du muscle sterno- mastoidien sont considérées comme correspondant aux deux piliers du 31. G' oblique de l'abdomen, et leur intervalle serait alors l'analogue de l'anneau inguinal , mais par lequel il ne sort jamais aucun organe. Des sixlioyaux osseux trouvés accidentellement dans cette région, les deux supérieurs n' n' n' n' développés dans l'épais- seur du tendon interne du M. sterno-mastoïdien sont les seuls susceptibles d'être considérés comme les analogues de l'Os marsupial du bassin. En indiquant cette existence accidentelle chez l'homme de ce noyau osseux, rudiment vestigiaire annexé au tendon in- terne du muscle sterno-masloidien fixé par une double in- sertion sur la clavicule considérée comme analogue du pubis, nous pensons qu'il convient d'établir à la fois l'analogie et le contraste de ce noyau osseux avec l'existence normale d'un véritable os bien développé et annexé a a tendon ou pilier interne d'un muscle ( oblique externe abdominal ) fixé par une double insertion sur le pubis analogue de la clavicule. 120 RECHERCHES MEMOIRE SUE LA KEGION STERSO-PERINBALK DES MARSUPIAUX ET SUR CELLE DES VERTÉBRÉS EN GENERAL. Après avoir étudié l'appareil mammaire , la bouche des petits et l'os marsupial dans le groupe des animaux mar- supiaux, il nous reste à considérer les caractères exté- rieurs qu'on peut tirer de la région périnéale de ces animaux , parce que c'est dans cette région de leur corps que s'effectuent aussi les modifications organiques qu'on a considérées avec raison comme formant le passage du périnée des vertébrés vivipares à celui des vertébrés ovipares. Mais avant d'aborder l'étude de ces modifications, il importe , tout en négligeant les autres difl?érences carac- téristiques des sexes , disséminées en quelque sorte à la surface du corps , il importe, disons-nous, de fiire re- marquer que la région périnéale, dans laquelle siègent les ouvertures anale et génito-urinaires et les organes sexuels extérieurs, n'a point de limites rigoureusement tracées dans toute la classe des mammifères. Il convient donc d'établir à ce sujet une région pectoro-abdomino-péri- néale, et par abréviation stenio-périnc'ale , qui compren- drait toute l'étendue de la peau dans laquelle on observe l'ensemble des organes de la reproduction, savoir, les SUR LES MARSUPIAUX. 121 mamelles et les organes extérieurs mâles ou femelles (i). Cette région comprend toute la surface inférieure du tronc , depuis la région mamellaire du thorax jusqu'à la racine de la queue ou jusqu'à un peu au delà de l'in- tervalle des deux tubérosités sciatiques dans les mammi- fères à queue très-courte ou recourbée en coccyx. Toute la partie antérieure de celle région , depuis le thorax jusqu'à l'ombilic, est dévolue seulement à des ma- melles, toujours disposées par paires. On ne peut la con- fondre avec la région voisine des flancs , dans laquelle se trouvent des glandes qui sécrètent des humeurs sébacées odoriférantes (musaraignes), etjusqu'à ce jour les mam- malogisles n'ont encore signalé aucune glande de celle sorte dans la peau des flancs des mammifères marsupiaux. On pourrait supposer toutefois qu'il pourrait exister un mammifère à bourse pourvu de glandes odoripares comme les musaraignes 5 et si ce fait venait à se réaliser, on ne pourrait comparer les glandes odoripares des flancs qu'aux mêmes glandes odoripares des diverses régions du corps et à celles des musaraignes. Toute la portion moyenne de la région sterno-péri- néale, depuis l'ombilic jusqu'au pubis, appartient à la fois aux mamelles et quelquefois aux organes génitaux mâles ( pénis et scrotum ) , qui se rapprochent plus ou moins de l'ombilic dans la classe des mammifères en général. Enfin, la portion postérieure de celte région , ou le périnée proprement dit, aurait pour Umiles, en avant, l'arcade des pubis 5 en arrière , la queue ou la saillie du (1) Lisez l'explication de la planche 5 relative à l'institulion de cette région sterno-périnéale dans le type des vertébrés. 122 RECHERCHES coccyx ; et , sur les côtés , les tubérosités ischiatiques. JNous ne devons point nous arrêter ici à critiquer l'étymologie vague (de Trept, autour, et vatov , j'habite) et les limites étroites assignées par les anciens anatomistes au périnée, qui n'est pour eux que l'intervalle entre les ouvertures sexuelles et l'anus. Mais nous devons faire remarquer que si , dans la classe des mammifères en général , la région périnéale , étendue du pubis à la racine de la queue , offre dans les femelles les ouvertures réunies de l'anus et des organes génito-urinaires , il n'en est pas toujours ainsi chez les mâles , dans lesquels , chez un certain nombre d'espèces , l'ouverture génito-urinaire du gland est située un peu en arrière de l'ombilic , et dont le scrotum pend plus ou moins au-dessous ou en avant de la symphyse du pubis. C'est pourquoi il est indispen- sable , dans cette appréciation de tous les organes sexuels externes , de bien constater toute Tétendue réelle du dé- partement de la peau qui leur est dévolu , et l'on conçoit ainsi l'importance du moulage en plâtre de la région sterno-périnéale de plusieurs mammifères que M. de Blainville a eu l'heureuse idée de faire exécuter pour les galeries d'anatomie comparée du Muséum d'histoire na- turelle de Paris. Il est à désirer que les préparations taxidermjques relatives à l'empaillement des mammifères puissent également être imites et perfectionnées en vue de conserver les mamelons elles autres organes extérieurs caractéristiques des deux sexes dans toute la classe des mammifères. Nous pouvons maintenant établir, comme résultant de l'observation , que la région où siègent tous les organes de la reproduction ( mamelles et organes génitaux ) s'é- SUR LES MARSUPIAUX. 123 tend da thorax jusqu'à la queue chez les monodelphes , du moins dans plusieurs espèces , sinon dans toutes ^ qu'elle ne comprend que le ventre et le périnée chez les didelphes , et qu'elle est encore plus bornée chez les ornilhodelphes , dans lesquels cette région est limitée , en avant , par l'ombilic , et en arrière , par la racine et le dessous de la queue. Après avoir ainsi considéré dans leur situation géné- rale les organes sexuels extérieurs des mammifères qui concourent , chacun à leur manière , à la reproduction des espèces , nous devons nous borner à saisir les carac- tères communs et différentiels qu'on peut tirer de la situation des organes génitaux mâles et femelles dans les trois sous-classes de mammifères , savoir : les mono- delphes , les didelphes et les ornilhodelphes. Les caractères communs et différentiels des organes sexuels extérieurs des mammifères monodelphes peuvent être ramenés à deux points de vue principaux , savoir : le nombre des ouvertures génito-urinaires et anale chez les mâles et les femelles , et la disposition du pénis et du scrotum chez les mâles. A l'égard du nombre des ouvertures génito-urinaires et anale des femelles , on sait que ce nombre ne s'élève jamais au-dessus de trois , savoir , le méat urinaire , l'o- rifice du vagin et l'anus. Les deux premiers orifices sont, en général , précédés par une fente longitudinale , appelée vulve , au bas de laquelle est placé le clitoris chez les mammifères quadrupèdes à station horizontale, tandis que dans les mammifères bipèdes à station verticale le clitoris est en haut. Il est facile de constater que cet organe est toujours situé au-dessous de la symphyse du 124 RECHERCHES pubis , quel que soit le mode de station. Ces orifices ( le méat urinaire et l'orifice du vagin) peuvent être plus ou moins distants , et le vestibule vulvaire plus ou moins marqué ou nul (laupe. Voyez fig. i , pi. 5). On sait encore que , dans les mâles , l'orifice urétral du gland représente à lui seul le méat urinaire et l'ori- fice vaginal des femelles , puisqu'il est commun aux voies génito-urinaires internes , et qu'en raison des différences de longueur et de situation avec ou sans recourbement le long du ventre , le pénis, contenu dans un fourreau, s'é- tend jusqu'auprès de l'ombilic, ou pend au-devant de la symphyse du pubis , ou bien encore se dirige vers l'ou- verture anale ( rongeurs , lapins). Cette diversité de dimensions , de direction du pénis , coïncide avec l'existence ou l'absence complète d'un scro- tum. L'absence de cette poche indique , jusqu'à un cer- tain point , que le testicule reste naturellement dans la cavité abdominale ( cétacés , phoques , éléphant , daman , ornilhodelphes). La forme plus ou moins saillante de la région inguinale ou périnéale est le caractère indicateur de la présence temporaire ou permanente des testicules dans un scrotum , en ayant égard à la saison des amours. Enfin la saillie en forme d'une poche plus ou moins pen- dante ou peu saillante et appliquée sur les chairs , ca- ractérise les scrotums dans lesquels le testicule existe toujours depuis le moment de sa sortie de la cavité ab- dominale. Donc les scrotums ne peuvent et ne doivent pas être considérés comme des organesdont l'origine serait toujours le même point de la peau disposé en sac ou poche. A cet égard, on peut établir que la poche scro- tale serait empruntée , tantôt à la peau de la région hy- SUR LES MARSUPIAUX. * 125 pogastrique de l'abdomen , tantôt à celle de la région pubio - inguinale , et tantôt enfin à celle de la région pubio-périnéale. A cette diversité de la direction des scrotums correspondent des différences dans la direction oblique du cordon testiculaire dans le canal inguinal , et des modifications de ce canal, dont l'anneau est plus ou moins rapproché de l'ombilic ou éloigné de la symphyse du pubis (i). (1) Noos croyons devoir ici citer textuellement le résumé des re- cherches littéraires et des observations anatomiques de Vicq d'A- ziretdeG.Cuvier sur les parties sexuelles externes des mammifères monodelphes , pour montrer le peu de données acquises sur ce point. « Les testicules du singe , dit Drelincourt , ne sont pas renfer- més dans des bourses , mais placés de part et d'autre vers la partie supérieure du pubis. » Parmi les cercopithèques qui fu- rent disséqués par les membres de l'académie , il y en eut quel- ques-uns dans lesquels les testicules étaient également cachés dans l'aine, sans avoir de scrotum; dans un autre individu, qui était un sapajou , ils étaient enfermés dans un scrotum qui les serrait étroitement contre la racine de la verge. Il paraît par ces observations, ainsi que par celles de Tyson sur l'orang-outang, par celles que M. Daubenton a faites sur le macaque , par celles de Bartholin sur un singe à queue des Indes, et par celles que j'ai eu l'occasion de faire sur le pithèque , qu'il y a un très-grand nombre de singes qui n'ont point de scrotum, et dans lesquels les testicules sont cachés sous la peau du pubis. (Vicq d'Azir, En- cycl. Me'th. Sjst. Anat. des animaux, t. II, p. 263. ) « Les testicules sont toujours renfermés dans le ventre dans Vagouti, le cochon d'Inde, le hérisson. « Ils sortent du ventre dans la saison du rut , et descendent dans un scrotum situé près del'anusdanslera/r^'eaM, lesouslik,le phê, le si (hic , le sukerkan, Vondaira, le castor, Vurson, etc. « Ils sont toujours renfermés sous la peau des aines dans les 126 RECHERCHES Ce simple aperçu des principales apparences qu'of- frent au zoologiste les organes sexuels extérieurs des mammifères mâles monodelphes nous suffit pour mieux apprécier les traits caractéristiques des mêmes organes lapins et dans les différentes espèces de lièvres, et dans la marmotte.» (Vicqd'Azir, Sj-st. Annt., t. H, p. 631.) « Les testicules varient principalement dans leur situation, d'où dépend la présence ou l'absence d'un scrotum. Us sont constam- ment suspendus dans une semblable bourse dans les quadruma- nes ; dans la plupart des carnivores , tels que les ours , les man- goustes , les chats où on les voit en arrière du bassin , au-dessous de l'anus , les hyènes , les maries ; dans les pédimanes et les au- tres didelphes, tels que les kangurons et le phnscolome qui ont cette bourse longue et suspendue en devant du bassin et dans la- quelle les testicules sont collés l'un contre l'autre , sans cloi- son celluleuse intermédiaire ; dans les lièvres où elle est partagée en deux sacs assez distincts, dans les gerboises et dans la plupart des ruminants et dans les solipèdes. « Ils sont serrés sous la peau du périnée dans les pachydermes, les civettes , ou sous l'aine dans les chameaux , dans les loutres; ils se glissent du bas-ventre dans l'un ou l'autre de ces endroits particulièrement au temps des amours dans les chéiroptères , les taupes, les musaraignes et les hérissons ; parmi les carnassiers et dans le très-grand nombre des rongeurs , tels que les rats, les agoutis , le porc-épic , le castor, l'ondatra , les écureuils. Ils restent constamment dans l'abdomen , placés à côté des reins , dans Véchidné , Vornithorhj-nque , V éléphant, \e daman, les amphibies OVL pinnipèdes (phoques et morses), et les cétacés, etc. m (G. Cuvier, Anat. comparée, t. v, p. 15, 1" édition.) Carus n'a fait que répéter les observations de G. Cuvier, sur la position des testicules dans la classe des mammifères. 11 a fait re- marquer cependant qa'Emmert a aperçu dans le chameau un scrotum bien marqué. Ses remarques sur la sortie temporaire ou permanente des testicules et sur les modifications du canal ingui- nal dans la classe des mammifères, nous semblent devoir fournir SUR LES MARSUPIAUX. 127 chez les didelphes et les ornithodelphes. Nous ne pou- vons et ne devons point ici formuler les principaux dé- tails des organes sexuels externes des mammifères mono- delphes , ce qui nous éloignerait beaucoup trop de notre sujet. Mais nous pensons qu'il y a une véritable oppor- tunité à signaler en ce moment la disposition générale des ouvertures génito-urinaires et anale des vertébrés ovi- pares, avant de caractériser les modifications organiques qui établissent la transition des organes sexuels des ver- tébrés vivipares à ceux des vertébrés ovipares. En pro- cédant ainsi , nous aurons en quelque sorte posé deux termes extrêmes, entre lesquels il nous suffira d'inter- caler des termes moyens. On sait généralement qu'une ouverture extérieure uni- que conduit chez les oiseaux , les reptiles écailleux et ceux à peau nue, à une cavité vestibulaire improprement nom- mée cloaque , au fond de laquelle se voient l'ouverture du rectum et celles des voies génito-urinaires. De ces ouvertures , une seule est en général médiane chez eux : c'est celle du rectum , au-dessus de laquelle se voit, chez l'oiseau , l'orifice de la bourse de Fabricius. A côté de l'ouverture du rectum se trouvent placés les orifices des uretères et ceux des canaux déférents chez les mâles , et des oviductes chez les femelles. On sait , en outre, qu'un matière à des recherches nombreuses sur ce point d'anatomie comparée. On peut remarquer, en comparant le texte des observations de Vicq d'Azir à celui de Cuvier, qu'il existe sur ce sujet des con- tradictions et des déterminations inexactes dont il convient de prendre acte, afin que les investigateurs de la science soient exci- tés à les faire disparaître. 128 RECHERCHES seul oviducte (le gauche) existe chez les oiseaux 5 l'au- tre s'atrophie progressivement et disparaît. Mais il n'existe point de vessie urinaire , ni d'orifice du col de celte ves- sie, dans le cloaque des oiseaux, tandis que cet organe est observable dans les tortues , chez quelques sauriens et dans les batraciens et les salamandriens. Chez les tortues même , en outre de la vessie urinaire, on voit deux autres vésicules annexées au cloaque qui pourraient être des bourses de Fabricius, qui, dans ce cas, seraient doubles, c'est-à-dire une de chaqne côté. En outre de cette indi- cation des orifices des voies intestinales, génitales et uri- naires du cloaque des oiseaux et des reptiles, nous devons caractériser les formes et la situation du pénis des mâles, lorsqu'il existe dans les vertèbres ovipares. Or, le pénis de quelques oiseaux ( autruches , casoars, canards , etc. ) et celui des tortues et des crocodiles se fait remarquer par sa position recourbée et cachée dans l'intérieur du cloaque et par le sillon qui fait l'oHicedu canal de l'urètre. Or, si l'on fait attention à la manière dont s'opère la rentrée et le re- courbementde la verge des autruches et des canards , des tortues et des crocodiles, après l'accouplement, on recon- naitraque lesillon n'est point à la facesupérieureou dorsale de cette verge, ainsi que l'ont prétendu jusqu'à ce jour les zootomistes, mais bien au contraire à la face inférieure ou sternale de cette verge lorsqu'elle est sortie du cloaque. C'est le renversement et la rentrée de cet organe qui ren- dent supérieur dans le cloaque le côté du pénis qui de- vient inférieur lorsqu'il sort , et qu'il saille au dehors au moment de l'érection pour l'accouplement. La remarque faite à l'égard de cette prétendue anomalie de la verge des oiseaux est applicable au même org.ine chez les tor- SUR LES MARSUPIAUX. 129 tues et les crocodiles. Nous devons négliger des rappro- chements avec le pénis double des sauriens et des ophi- diens. Maintenant nous devons faire contraster la polytréraité (ditrémité chez les mâles et tritrémité chez les femelles) des mammifères monodelphes avec la monotrémité des vertébrés ovipares (excepté un grand nombre d'espèces de poissons). Faisons aussi remarquer que chez les premiers (mammifères monodelphes ) la polytrémité extérieure se réduit à deux ou trois ouvertures médianes et impaires , tandis que chez les seconds (oiseaux, reptiles , amphi- biens ) la monotrémité extérieure , c'est-à-dire l'orifice unique et extérieur d'un vestibule commun , ou vulgai- rement cioaque , indique l'existence de plusieurs ouver- tures, dont une médiane et impaire , celle du rectum, et celle de deux ouvertures sur chaque côté , c'est-à-dire l'orifice de l'uretère et celui du conduit génital déférent , c'est-à-dire spermiducte pu oviducte , ce qui en élève le nombre à cinq ^ encore faut-il comprendre l'ouverture de la poche impaire et médiane, dite bourse de Fabricius, chez l'oiseau , et l'orifice impair et médian de la vessie urinaire, plus sur chaque coté l'ouverture de la poche an- nexée au cloaque chez les tortues, en sorte que la mono- trémité extérieure est l'indice de la polytrémité dans l'in- térieur du vestibule commun. Maintenant nous n'avons plus qu'à constater que , chez les femelles des mammifères monodelphes, deux ouver- tures , le méat urinaire et l'orifice du vagin , sont en gé- néral placées dans une sorte de vestibule vulvaire ou une vulve , et que , s'il est vrai de dire que l'orifice urétral génito-urinaiie des mâles est plus ou moins distant de Zool. r» Partie. i 130 RECHERCHES l'anus, on observe dans plusieurs mammifères de la pre- mière sous-classe que la verge est portée en arrière vers l'anus (rongeurs), ce qui est un premier indice de la ten- dance à la monotrémité des vertébrés vivipares cbez les mammifères monodelphes. D'après tous ces préliminaires, on doit s'attendre à ce que cette tendance admonotrémique sera encore plus mar- quée dans la deuxième sous-classe ou chez les didelphes, et qu'enfin la monotrémité sera devenue complète dans la troisième sous-classe , c'est-à-dire chez les ornithodel- phes , qui, par l'ensemble de leurs caractères, sont les mammifères les plus rapprochés des vertébrés ovi- pares. Il convient de noter ici deux exceptions très-remar- quables à cette réunion de deux orifices , l'urètre et le vagin, dans un vestibule vulvaire séparé de l'anus. On ob- serve ces deux exceptions chez le Loris gracilis , dans la Taupe et le Castor. Ces deux premiers mammifères, appartenant l'un au groupe des lémuriens et l'autre de la famille des insecti- vores , offrent en effet la disposition suivante, déjà ob- servée par les zootomistes. « Le clitoris , chez le Loris grêle , sortait de l'extrémité u inférieure de la vulve , et était si gros qu'il semblait « occuper une partie de cette ouverture : il avait autant « et même plus de grosseur que la verge du mâle, et « autant de longueur au delà de la vulve •, son extrémité t( était partagée en deux petites branches , et terminée « par des poils. J'ai trouvé entre ces deux branches l'o- « rifice de l'urètre ; car, en faisant entrer de l'air dans « cet orifice, j'ai fait enfler la vessie. » (Daubenton, SUR LES MARSUPIAUX. 131 Hist. Natur. génér. et particul., tom. XIII, pag. 217, in-4'', pi. XXXI. ) Cette observation de Daubenlon a été confirmée par deux anatomistes anglais, MM. Martin et A. Carlisle. Nous devons faire remarquer encore que le clitoris si long de certains singes, et surtout des Atèles, n'offre point une disposition semblable à celle du Loris grêle. Chez r Atèle , l'urètre s'ouvre seulement à la base du clitoris -, son orifice est bilobé en forme de pinceau. « La Taupe femelle se distingue de toutes les autres femelles de mammifères (en exceptant quelques genres voisins ) , en ce que l'appareil génital et l'appareil uri- naire débouchent à l'extérieur par des orifices entière- ment distincts : il n'y a plus rien de commun entre la vulve et le méat urinaire. Ainsi les trois systèmes d'or- ganes qui, chez les autres animaux , traversent le bassin et se confondent à leur extrémité de manière à n'avoir plus qu'un orifice commun chez les oiseaux et chez les monotrèmes , ou deux , comme chez les mammifères normaux, restent distincts jusqu'à leur terminaison. » {Ibid,^ Geoffr. S.-Hil., Dict. class. d'Hist. nat., t. XVI, d'après E. Geoffr. S.-Hilaire.) (c Une disposition organique semblable à celle du Loris grêle et de la Taupe, etc., existe également dans quelques espèces de rongeurs , d'après Vicq d'Azir, qui a avancé que dans les femelles du rat, de la souris , du mulot ^ du surmulot, le clitoris est séparé de la vulve j il est saillant en devant et soutient le canal de l'urètre comme la verge du mâle , de sorte que le gland est également percé pour la sortie de l'urine. » Ainsi les femelles du Loris grêle , de la Taupe et de 132 RECHERCHES quelques genres voisins et de quelques longeurs, of- frent la première disposition exceptionnelle , qui consiste dans l'existence de trois ouvertures médianes et bien dis- tinctes, tandis que, chez le castor mâle ou femelle, une ouverture périnéale unique conduit au vestibule commun de trois orifices médians , savoir : de l'urètre , du vagin et de l'anus chez les femelles , et des deux orifices , le génito-urinaire et l'anal, chez les mâles. Il faut joindre à ces orifices médians et impairs deux orifices latéraux , qui conduisent dans les sacs des glandes préputiaîes. Ainsi, parmi les mammifères monodelphes, le castor est évi- demment monotrème , et diffère pourtant des véritables raonotrèmes ou ornithodelphes , en ce que le vestibule n'offre point le débouchement des uretères dans un canal urétro-sexuel , ni une vessie dont l'orifice est distant de ceux des uretères par un intervalle dans lequel sont les ouvertures des déférents ou des matrices oviductiformes. Il nous suffit aussi d'indiquer seulement qu'une sorte de vestibule anal , commun à l'orifice du rectum et à celui des canaux excréteurs des glandes anales , sert à caracté- riser quelques mammifères monodelphes (hyènes, ci- vettes, mangoustes). Sans négliger les dispositions exceptionnelles du périnée d'un certain nombre d'espèces de mammifères monodel- phes, nous pouvons établir (jue, dans la très -grande ma- jorité de ces mammifères, le caractère normal de leur péri- née estl'existence i° de deux ouvertures naturelles (anus et vulve) chez les femelles, 2** d'une seule ouverture (l'anus) chez les mâles, dont le pénis, offrant toutes les variations de direction que nous avons indiquées, est toujours percé d'un orifice urétral , qu'il ne faut pas confondre avec SUR LES MARSUPIAUX. 133 l'ouverture de son prépuce ou fourreau. Tout eu négli- geant encore les exceptions que nous ont fournies le Loris grêle, la Taupe, etc. , et le Castor, nous devons encore établir que, parmi les mammifères raonodelphes, un cer- tain nombre d'espèces se font remarquer par le rappro- chement des ouverfures génito-urinaires et anale chez les mâles, et de la vulve et de Ta nus chez les femelles , en même temps que la bifidité de la matrice devient de plus en plus marquée et même complète, en sorte que le fond du vagin offre deux orifices utérins. Cette disposition, observa- ble dans plusieurs espèces de rongeurs, est une sorte de transition des formes femelles monodelphiques aux for- mes des organes sexuels chez les didelphes. La tendance admonotrémique des didelphes coïncide avec le caractère de leur intestin génital femelle, dont les deux premières portions ne diffèrent guère, sous ce rap- port , de la trompe et de l'utérus des monodelphes. Mais la portion vaginale de cet intestin génital femelle se dispose en formant : i° au milieu, un cul-dc-sac impair et cloisonné ; 2" sur chaque côté , un canal recourbé en anse, dont l'orifice extérieur s'ouvre dans un canal médian placé au-dessus du canal de l'urètre ; en sorte que, lorsqu'on fait un examen anatomique de cette portion vaginale de l'intestin génital femelle qui reçoit le pénis plus ou moins bifide des didelphes, on reconnaît que les parties sexuelles femelles qui correspondent au vagin unique et médian des mammifères monodelphes sont, 1° le cul-de-sac médian et impair 5 2° les deux anses- et 3° le canal impair et médian placé au-dessus de l'urètre. Ce canal, placé entre les deux anses du vagin, ne communique point avec le cul-de-sac médian qui le pré- i34 RECHERCHES cède immédiatement. On conçoit donc que la forme de cette portion vaginale de l'intestin génital femelle a dû donner lieu à des déterminations très- différentes (i). Nous ne voulons point ici apprécier ces déterminations, et il nous suffit de constater que la tendance admonotré- mique des didelphes, jointe à l'exisfenee d'une bourse mammaire très-marquée ou vestigiaire et à la bifidité du gland chez plusieurs espèces, suffit pour indiquer à l'ex- térieur les modifications de forme que présente la portion vaginale de l'intestin génital femelle. Sousce nom d'intestin génital de la femelle , nous comprenons tout le tube que parcourt le produit de l'ovaire depuis l'imprégnation jus- qu'au moment de la mise bas de l'embryon. Mais cette dé- nomination générale ne doit point faire abandonner les noms spéciaux et si propres des trompes , d'utérus et de vagin en anse , qui ont un caractère scientifique bien ra- tionnellement établi. Toutefois il convient de faire remar- quer que le véritable vagin ou la gaine du pénis pendant l'accouplement , doit être le canal médian placé au- dessus de l'urètre, et en partie le vestibule commun à l'o- rifice de l'urètre et à ceux des deux vagins. Il est facile d'apprécier anatomiquement cette correspondance d'un pénis à gland bifide avec un vagin bifide lui-même. Mais quoiqu'un certain nombre d'espèces de didelphes présen- tent cette conformation , il en est aussi dont le gland est pointu et unifide ( kanguroo) chez les mâles, quoique le (1) Ces déterminations sont indiquées par les noms divers donnés à cet organe par Tyson , Daubenton , E. Home , Geoffroy-Saint-Hilaire. {Voyez , sur la génération des Marsu- piaux, R. Owen (Transactions philosophiques de la Soc. roy. de Londres, 1834, Part. II). SUR LES MARSUPIAUX. 135 vagin soil bifide ou à anse comme dans les autres femelles de didelphes. Au reste, il se pourrait que, pendant l'accou- plement, chaque moitié d'un gland bifide, sillonné longi- tudinalement sur la face interne, s'appliquant sur celle du côté opposé , un gland bifide et bisillonné fût ainsi ramené à la condition d'un gland simple. Nous devons encore noter ici que chez les ornithodelphes mâles un gland mullifide, dont le canal excréteur se bifurque à son extrémité ex- terne , est reçu par le canal urétro-sexuel de la femelle , et que ce dernier canal unique et médian n'offre pourtant que les deux orifices des matrices oviducliformes pour cor- respondre à labifurcation du gland 5 et à ce sujet il n'est pas inutile de faire remarquer que chez quelques mammifères monodelphes (lapins, lièvres, castors, etc.), les matrices, qui sont aussi oviducliformes, et par conséquent bilaté- rales , offrent sur chaque côté du fond du vagin un orifice, tandis que le gland du pénis de ces mammifères mono- delphes est simplement unifide et pointu. Il convient donc de rapprocher ici tous ces faits bien connus , afin de ne point trop se préoccuper de ces idées de correspondances exactes entre les formes des glands des pénis et celles des vagins. Ce qu'il importe de faire re- marquer, c'est l'utilité de démontrer s'ilexiste des rapports physiologiques directs ou inverses entre le nombre des ouvertures naturelles du périnée (Loris gracilis, Atèle, Taupe , etc., Castor, didelphes et ornithodelphes) et celui des orifices par lesquels le rectum et les conduits excréteurs des voies génitales et urinaires viennent déboucher soit à la surface même du périnée, soil dans un double vestibule, soit dans un seul vestibule commun. Mais on ne doit point se borner à constater la disposition de ces orifices des 136 RECHERCHES voies intestinales , urinaires et génitales , et il faut en- core , lorsque des glandes accessoires aux voies génitales et à l'anus existent sous la peau du périnée , il faut , disons-nous , reconnaître encore les orifices ordinaire- ment bilatéraux des canaux excréteurs de ces glandes , les unes prépuliales (castors, etc.), les autres anales (hyènes, civettes, putois, mangoustes , etc. , didelphes et ornitho- delphes). Enfin , lorsqu'on étudie dans la série des ver- tébrés toute la région sterno-périnéale pour y constater le nombre et la disposition de ces ouvertures naturelles con- sidérées sous le rapport de leur connexion avec les vis- cères abdominaux qui débouchent à l'extérieur , on ob- serve d'autres particularités anatomiques qui doivent être rapprochées des modifications du périnée des mammifères, qui ont fourni aux zoologistes des caractères distinctifs. Parmi les particularités anatomiques, la plus remarqua- ble est sans contredit le nombre et la position relative des ouvertures naturelles du périnée des poissons osseux, chez lesquels l'anus est placé en avant des ouvertures gé- nito-urinaires, ce qui est l'inverse du périnée des mammi- fères. Il faut noter encore ici que, toujours chez les pois- sons osseux mâles ou femelles , trois orifices (l'anus, le méat génital et le méat urinaire) sont médians et impairs, le méat génital étant intermédiaire aux deux autres ori- fices. Ainsi , malgré cette inversité réelle par rapport à ce qui a lieu dans le périnée des mammifères , le méat in- termédiaire est toujours le débouché des organes de la génération. Entre les mammifères d'une part , et les poissons os- seux de l'autre, toute la série des vertébrés (oiseaux, reptiles et amphibiens) est caraclérisée par un périnée SUR LES MARSUPIAUX. 137 monolrémique • et, ainsi que nous l'avons déjà dit, celte monotrémité périnéale est l'indice d'une polytrémité cloacale dans laquelle on comprend : i° les orifices des vis- cères abdominaux débouchant à l'extérieur • et 2° les ori- fices des organes glandulaires accessoires. Lorsqu'on analyse physiologiquement les actes de la génération des vertébrés , on ne peut s'empêcher de re- connaître que parmi les divers moyens employés par la nature pour le rapprochement des sexes , l'odoration et l'odorifération sont des procédés qui tiennent lieu de l'audition et de la phonation, en ce sens que les individus de sexe différent peuvent se reconnaître ainsi à distance. Or, les appareils glandulaires odoripares accessoires , qui peuvent être placés ailleurs qu'au périnée , remplissent évidemment cet office. Il ne doit pas paraître inutile de faire remarquer ici que si des glandes odoripares sont placées sur les flancs des musaraignes , on voit aussi des ma- melles placées sur les flancs du couia. C'est ici le moment d'indiquer comment se rattachent à l'acte de la fécondation par le mâle , les glandes accessoi- res (prostate, glandes de Cowper) qui versent leur fluide dans le canal urétro-sexuel des mâles mammifères mono- delphes et didelphes. Nous ne pouvons nous arrêter à si- gnaler ici les principales modifications de ces glandes dans la série des mammifères 5 ce qu'il nous suffit de sa- voir, c'est leur coopération dans l'acte de l'éjaculalion et de la fécondation. Quoiqu'on ne puisse confondre les glandes qui coopè- rent à l'éjaculation du sperme avec des glandes odorifé- rantes , dans la classe des mammifères, on doit s'enquérir de leur existence et de leurs modifications, lorsqu'on passe J 138 RECHERCHES de l'étude des mammifères didelphes et ornithodelphes à celle des autres vertébrés ovipares. C'est donc ici le cas de s'enquérir du rôle physiologi- que de la bourse de Fabricius chez les oiseaux, et des bourses annexées au cloaque des chéloniens. Or, chez les oiseaux , le reconnaissement et le rappro- chement des sexes semblent avoir pour moyen principal l'organe de la voix et du chant , et non point des glandes odoriférantes , et il se pourrait que la bourse de Fabri- cius, qui parait appartenir à l'ordre des glandes muci- pares, remplit chez le mâle l'office d'une prostate pour Tac- couplement, et, chez la femelle, celui d'une prostate pour la ponte. Il se peut qu'il en soit de même à l'égard de la bourse bilatérale du cloaque des Tortues, que Bojanus a figurée dans les màles'etdans les femelles. Or, ces bourses, annexées au cloaque des premiers vertébrés ovipares , n'existent pas dans le cloaque des crocodiliens, des sauriens et des ophidiens, et il faut bien qu'il y soit suppléé par des moyens inconnus, puisque le chien mâle, qui n'a point de vésicule séminale ou de réservoir du sperme , est retenu au moyen d'un mécanisme particulier, jusqu'à ce que l'éjaculation lente du sperme ait été effectuée. Il résulte donc de ces remarques qu'à l'aide de moyens divers, les uns connus, les autres encore inconnus, la nature arrive à ses fins dans les divers actes de la géné- ration , ainsi que dans toutes les autres fonctions par les- quelles se manifestent la vie individuelle et la sphère d'action des espèces animales. Notons ici que, dans l'état actuel de la science, aucun caractère extérieur du périnée n'a été signalé comme in- dice de l'existence des modifications ou de l'absence des SUR LES MARSUPIAUX. 139 glandes qui coopèrent à l'éjaculalion du sperme , ou qui peuvent favoriser la ponte des œufs ou la mise bas des petits chez les ovovivipares. On sait à cet égard que dans le vagin ou le cloaque des femelles dépourvues de ces glandes ou bourses muci- pares , il est suppléé à leur office par la turgescence de la muqueuse de ces organes au moment de l'excrétion ou expulsion des produits de la génération 5 et il se pourrait que chez les mâles des vertébrés ovipares dépourvus de glandes prostatiques, la turgescence de la muqueuse cloa- cale fût encore le moyen par lequel il est suppléé à l'ab- sence de ces glandes , à moins que le sperme ne soit dans ces espèces plus liquide ou plus muqueux et prolifique en même temps. Il y a donc à déterminer l'existence ou l'absence réelle des glandes prostatiques dans les espèces chez lesquelles on ne les a point observées jusqu'à ce jour 5 et dans le cas d'absence effective de ces glandes , quels sont les moyens (turgescence de la muqueuse ou liquidité du sperme), ou la combinaison de ces deux moyens, que la nature a choisis pour atteindre le but de l'éjaculation et la fécondation. Nous avons cru devoir, à l'occasion des glandes odoripares , qui ont des orifices dans un cloaque ou sur la marge de l'anus, devoir indiquer les glandes muci- pares prostatiques , parce que l'observation des mœurs peut et doit fournir des indices extérieurs de l'existence de ces glandes, qui subissent des modifications dans toute la classe des mammifères. Or, l'existence de ces glandes et leurs modifications ne peuvent être reconnues par aucun caractère extérieur du périnée. Après avoir indiqué suffisamment les glandes mucipares 140 RECHERCHES et odoripares qui versent leurs produits à l'extrémité des canaux viscéraux qui débouchent au périnée, nous avons à faire remarquer que les orifices extérieurs de ces glandes doivent toujours être considérés comme acces- soires, et que Taltenllon principale doit toujours être portée sur les ouvertures natuielles, connues sous les noms de méats urétral , vaginal et anal chez les mammi- fères monodelphes. A l'égard des didelphes à périnée plus ou moins ad- monotrémique , et des ornilhodelphes tout à fait mono- trèmes, afin de pouvoir établir une comparaison exacte entre eux et les mammifères ordinaires d'une part, et de l'autre avec tous les vertébrés qui sont ovipares, il faut sup- poser les ouvertures naturelles de leur périnée dans un état d'expansion et de retournement qui a lieu pendant la vie au moment des diverses sortes d'excrétions, ou pendant la saison des amours, et surtout au moment de l'accouple- ment. Or, il serait beaucoup à désirer que des observa- teurs exacts pussent figurer les didelphes et les ornilho- delphes dans les moments d'opportunité que nous venons d'indiquer. Dans l'état actuel de la science , et au défaut de figures et de descriptions telles qu'on pourrait les exécuter avec choix, nous avons du moins l'avantage de recourir aux travaux de Daubenlon, de Yicq d'Azir (i) , de G. Cu- (1) Voyez dans l'Hist. Natur. générale et particulière par Buf- fon, in-4°, les divers Mémoires de Daubenton dans lesquels il a décrit les parties sexuelles de plusieurs Mammifères, et dans l'Encyclopédie méthodique le système anatomique de Vicq d'Azir, et la description des organes sexuels externes et inter- nes. Ce célèbre zoologiste y a rassemblé les documents fournis SUR LES MARSUPIAUX. 141 vier (i),de Meckel (2), de H. de Blainville (3), de par ses prédécesseurs. Parmi ces documents , nous nous bornons à indiquer ce qui a trait aux parties sexuelles des Marsupiaux 5 on les trouve dans les Mémoii'es relatifs à l'anatomie des didel- phes, qu'il réunit sous le nom de Boursons (Voyez Syst. Anat. , t. II, page 193 et saiv. ). (1) Anat. comp. , l""® édit. , t. V. Texte et planches relatives aux organes de la génération de quelques mammifères , savoir : du Phoque commun, du Dauphin, du Marsouin, du Rhinocé- ros , du Kanguroo géant , du Phascolome , et de l'Échidné. (2) Meckel , Ornithorhynchi paradoxi descriptio anatomica , in-4°, texte et les planches I et VIII. (3) Mémoire 1° sur les organes de la génération en général (Bull.de la Soc. philom., 1818); 2° sur ceux des Didelphes [idem, 1819) ; 3" sur laplacede l'échidné et del'ornithorhynque dans la série animale (Dissertation en 1813 j; 4° sur l'ergot de la jambe de l'ornilhorhynque (Bull. Soc. philom., 1817); 6° sur le Phascolasctos ( article Koala , nouv. Dict. d'hist. nat. Déter- ville); G° divers Mémoires sur la classification des Mammifères, des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons, dont la conception gé- nérale a été formulée dans le tableau synoptique du Traité d'A- natomie comparée (1826), et dans ceux exposés publiquement dans le Cours de Philosophie zoologique à la Faculté des Scien- ces de Paris ( 1833-1836 ) ; 7° Mémoire sur la nature du produit femelle de la génération dans l'ornithorhynque ( Ann. du Mu- séum, 1833). Voyez en outre sur la détermination des espèces en zoologie (Thèse soutenue à la Faculté des Sciences de Paris en 1817, par M. Charvet, docteur-ès-Sciences , élève de M. de Blainville ). En indiquant les travaux propres de M. de Blainville et ceux faits sous l'influence de ses idées philosophiques , on peut facile- ment constater l'importance et l'opportunité du point de vue zoologique qui permet d'apprécier la valeur des caractères qu'on peut tirer des organes sexuels. 142 RECHERCHES R. Owen (i), de E. et Isid. Geoffr. S-^Hilaire et Mar- tin-S.-Ange (2). En résumant les travaux de ces zootomistes relativement aux organes sexuels des mammifères ordinaires et des marsupiaux, on peut ainsi reconnaître l'utilité d'avoir égard en mammalogie à la forme tantôt polytrémique , tantôt admonotrémique , et tantôt enfin monotrémique du périnée des animaux tous plus ou moins pilifères et mam- mifères qui constituent le groupe des vertébrés vivipares 5 mais dans cette appréciation des caractères extérieurs du périnée , il convient de rattacher leur étude à celle des caractères profonds fournis par les organes internes de la (1) Conférez avec les travaux des zootomistes qui pi'écèdent les mémoires de M. Richard Owen, 1" sur les glandes mammaires de l'ornithorhyuque et del'échidné, avec planches (Transact. philosophiques de la Société royale de Londres , 1 832 , Part. II) ; 2° sur la génération des Marsupiaux (même recueil, 1834, Part. II). Dans ce mémoire, l'auteur a donné également les figu- res au moyen desquelles on peut apercevoir les rapports des ou- vertures naturelles du périnée avec la disposition organique des organes sexuels' internes des mammifères en général, et particu- lièrement du Kanguroo , du Potoroo , du Didephis Dorsigera , et du Dasypus novem cinctus. (2) Voyez 1» plusieurs Mémoires de E. GeofFroy-Saint-Hilaire sur les Marsupiaux, et celui sur la structure et les usages des glan- des mamellaires des cétacés, et ses nombreux articles de polémi- que qui ont provoqué une réponse de M. de Blainville (Echo du monde savant, 1833); 2» le Traité de tératologie de Isid. GeofFroy- Saint-Hilaire pour les anomalies du développement des organes sexuels , et son Mémoire avec Martin-Saint-Ange sur les canaux périlonéaux et le cloaque des tortues et des crocodiles ( Ann. des Se. natur. , 1828, t. XIII). SUR LES MARSUPIAUX. 143 génération. Ne pouvant entrer ici dans les détails des- criptifs qu'exigerait ce sujet important , nous sommes forcés de donner une sorte de schéma général que l'un de nous (i) propose pour indiquer les principales modi- fications de la région sterno-périnéale des mammifères ou vertébrés vivipares , et celles de la même région des ver- tébrés ovipares (oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons). Voy. la planche 5 , et l'explication des figures qu'elle renferme. Il existe encore un caractère osléo-myologique de la région sterno-périnéale des vertébrés en général , sur lequel il convient de porter notre attention. Ce carac- tère est en quelque sorte extérieur, puisqu'on peut par le toucher reconnaître l'existence ou l'absence des pièces fibreuses, cartilagineuses et osseuses qui servent aux in- sertions des muscles de la paroi antérieure de l'abdomen. Or, les pièces fibreuses, cartilagineuses ou osseuses de cette paroi, et les modifications des muscles qui s'y rat- tachent , sont dans les mammifères monodelphes les pi- liers tendineux de l'anneau inguinal 5 et, dans un certain nombre, les intersections tendineuses du muscle droit ab- dominal, et de plus la figne blanche sur le trajet de laquelle se trouve la cicatrice ombilicale. Or, cette ligne blanche est plus faible dans les mammifères didelphes et ornithodelphes , et leur muscle droit abdominal est tou- jours dépourvu d'intersections tendineuses ; mais le pi- lier interne de l'anneau inguinal des didelphes ou le ten- don, unique pilier inguinal des ornithodelphes, est re- présenté par l'os marsupial, dont la forme et le volume (1) M. Laurent. 1 44 PŒCHERCHES sont appropriés au degré de la pression abdominale qu'exige le mécanisme de raccouplement et de la mise bas. Il est probable que la largeur du sternum des oiseaux et des chéloniens favorise l'action musculaire et le mé- canisme de la ponte des œufs. Nous devons signaler ici qu'indépendamment de quelques pièces osseuses des mus- cles de l'abdomen ou du périnée des reptiles ( inter- sections osseuses abdominales des crocodiles , os médian abdominal des salamandres et tritons, os cloacal des lé- zards et geckos ) , qui toutes favorisent la constriction de l'abdomen et du périnée, on doit encore signaler 1 élar- gissement et le déjeltement en avant des os pubis des cbéloniens, des crocodiliens et des sauriens, qui, pris à tort pour des os marsupiaux par quelques zootomistes, n'en sont pas moins lavorablement conformés et disposés pour être appropriés au degré de pression et de constriction abdominale et périnéale que les fonctions de l'accouple- ment et de la ponte exigent. A partir des derniers sauriens dépourvus de bassin , les opbldiens , la plupart des ampbibiens, et les pois- sons n'offrent point dans leur région sterno-périnéale des parties osseuses auxiliaires des muscles de l'abdomen -, la série des pièces osseuses de la carène abdominale de quelques poissons (clupés) appartient en effet à la peau et non aux muscles abdominaux. Ainsi l'appréciation des moyens employés par la na- ture pour l'expulsion des petits des vertébrés à l'état de fœtus, d'embryon, de poussin ou d'œuf, conduit à éta- blir que les intestins génitaux (trompe, utérus, vagin , oviducte et cloaque) exercent des contractions plus ou SUR LEd marsupiaux. 145 moins énergiques , lanlôt pour expulser un produit, soit greffé sur la mère, soit libre, tantôt p»ur se porter à l'extérieur dans l'acte de l'accouplement , en même temps que les parois abdominales concourent à cette expulsion ou à l'accouplement en exerçant une constriction , soit à l'aide de muscles seuls , soit au moyen de muscles dans l'épaisseur ou à l'insertion desquels se trouvent des pièces fibreuses ou osseuses , soit enfin par l'élargissement des sternums ou des pubis plus ou moins déjetés en avant. Quelque nombreux que soient les faits de détail et d'ensemble qui ont trait à l'étude zoologique de la région sterno-périnéale des vertébrés , dans laquelle nous avons compris les organes éducateurs ou les mamelles , les or- ganes sexuels externes ( scrotum et pénis , clitoris , etc. ) des vertébrés vivipares , et toutes les ouvertures natu- relles de la région périnéale des vertébrés en général , nous n'avons point épuisé dans cette indication le nombre des traits caractéristiques de celte région , et nous devons mentionner au moins l'existence plus ou moins évidente d'une cicatrice saillante ou enfoncée , connue sous les noms de nombril ou ombilic , parce qu'elle est l'indice du cordon ombilical par lequel les vertébrés vivipares placentaires reçoivent le sang utérin de leur mère. Les traces de cette cicatrice sont d'autant plus appa- rentes que le cordon ombilical est plus long et plus développé ( homme , quadrumanes ) , et elles le sont d'autant moins que le cordon est court et incomplète- ment développé. t • Or , lorsqu'on connaît la composition anatomique de ce cordon ombilical plus ou moins développé et celle des organes qui servent à le former (vésicule vitelline , allan- Zool. !■■« Partie. k 146 RECHERCHES toide , vaisseaux omphalo - mésentériques et vaisseaux ombilicaux . artères et veines ombilicales ) , on peut se servir avec avantage de l existence ou de l'absence d'une cicatrice ombilicale pour différencier entre eux les ver- tébrés vivipares. L étude comparative des embryons des mammifères monodelphes , didelphes et ornithodelphes . observés dans 1 utérus et dans les diverses époques de la vie du nourrisson . jointe à ce qu on sait déjà de l'om- bilic de ces animaux dans làge adulte , fournit alors des données très-importantes , relatives aux mœurs de ces animaux pendant la gestation , la lactation et l'éducation de leurs petits. Si de la considération de l'existence ou de l'absence d'une cicatrice ombilicale on passe , en ayant égard aux organes sexuels extérieurs et aux ouvertures naturelles du périnée , on passe , disons-nous, à Tétude des enve- loppes des embryons ou fœtus de ces animaux , et simul- tanément à celle des vaisseaux omphalo-mésentériques et ombilicaux qui se rendent à leur destination connue , on peut alors, ainsi que Ta proposé l'un de nous (Cours d'a- natomie comparée appliquée à la zoologie , fait à la Fa- culté des Sciences, par M. Laurent, 1837), distinguer les vertébrés en : 1° ceux qui, en outre de la vésicule vi- telline, sont pourvus d'une allantolde , et respirent tous l'air par des poumons , d'où le nomd aérohiens ; 2° ceux dont la poche allantolde, ou la vessie, ne se développe que dans l'abdomen , et qui respirent l'air par des poumons et leau aérée par des branchies • ce sont les aniphibiens, érigés en classes par Merrem et M. de Blainville -, 3° enfin les vertébrés dont les embryons sont dépourvus dallan- toide , et respirent toujours par des branchies l'eau SDR LES MARSUPIAUX. i47 • aérée 5 d'où le nom àhjdrohiens qu'on pourrait donner à la classe des poissons . en les caractérisant toujours d'après la considération des mêmes organes et celle des en- veloppes de 1 embryon qui pénètrent dans 1 abdomen par l'ouverture ombilicale, dont les traces subsistent ou dis- paraissent. Ainsi , en admettant que la méthode naturelle en zoo- logie doive embrasser les ensembles de caractères depuis la vie embryonnaire jusqu'à lâge adulte , on conçoit que la position de l'ouverture ombilicale , qui , dans tous les vertébrés en général , se trouve toujours sur la ligne médio-sterno-périnéale , distingue tous ces animaux du type des articulés extérieurement . chez lesquels, comme on le sait , louverture ombilicale est toujours placée sur la ligne médio-tergale , tandis que, chez les mollusques et les rayonnes qui se reproduisent par des œufs, la posi- tion de la vésicule vitelline est tantôt à la région sternale et tantôt à la région tergale. Il résulte donc des remarques très-rapides faites sur lombilic des mammifères , qu'on doit passer de la consi- dération de cette cicatrice plus ou moins apparente ou nulle , à létude de l'ouverture ombilicale des embryons , non-seulement dans toute la série des vertébrés , mais encore dans toute la série des autres animaux de plus en plus inférieurs ; et Ion obtient ainsi de l'embryologie ani- male des caractères dont la valeur nous semble devoir être assimilée à celle des caractères que le célèbre Antoine- Laurent de Jussieu a su tirer de 1 embrvologie végétale , en Y rattachant toutes les autres données caractéristiques daprès leur subordination ou leur degré dimportance. Mais nous verrons bientôt quels doivent être les carac- 148 RECHERCHES • tères dominateurs en zoologie 5 et, quelle que soit la valeur des données fournies par l'embryologie animale , nous verrons qu'elles sont subordonnées à des données d'un ordre vraiment supérieur. On ne doit point être surpris que de simples con- sidérations anatomico-zoologiques sur l'ombilic et le périnée des vertébrés nous aient conduit à des vues aussi générales , en raison de ce que , la nature ayant pour but la conservation et la perpétuité des espèces , les par- ties qui servent à la reproduction et à la formation des nouveaux individus ont par cela même un haut degré d'importance. On peut constater facilement ce degré d'im- portance en étudiant comparativement les rapports qui existent entre les organes ombilicaux des embryons (vési- cules vitelline , allantoide , vaisseaux omphalo-mésenté- riques et ombilicaux ) et les viscères de l'abdomen , sur- tout avec ceux qui viennent déboucher dans la région périnéale. En résumant succinctement les faits exposés dans ce Mémoire , on peut reconnaître qu'en zoologie on devra tirer un très- grand nombre de caractères de l'étude comparative des régions des animaux. En effet, la région sternale est toujours le siège de l'ou- verture ombilicale chez les embryons des vertébrés, tandis que celte ouverture existe toujours dans la région dor- sale chez les embryons des articulés onstcrnéhrés, et que chez les embryons des autres invertébrés (mollusques et rayonnes) qui ont un canal intestinal, la position de l'ou- verture et de la vésicule ombiUcales est variable, c'est- à-dire , tantôt du côté sternal , et tantôt du côté tergal de l'animal dont la forme se prête ou se refuse à cette dis- SUR LES MARSUPIAUX. 149 tinction déréglons slernale et tergale. C'est pourquoi l'un de nous a été conduit à proposer dans ses leçons à la Fa- culté des Sciences de Paris, en 1887, la distinction des animaux préalablement caractérisés par leur système ner- veux et leur système solide en : i" vertébrés et sous-om- biliqués , c'est-à-dire à ombilic sternal ; 2° steniéhrés ou articulés et sus-ombiliqués , c'est-à-dire à ombilic tergal ; et 3° /ze7e/'e7»A'e.s (mollusques et rayonnes), ou héléromhi- Ucjués , c'est-à-dire à ombilic tantôt tergal , tantôt sternal. Dans cette distinction, on tire les caractères de l'ouver- ture et de l'existence de la vésicule ombilicale qui reste au dehors ou rentre plus ou moins promptement dans le ventre; d'où l'existence ou l'absence d'une cicatrice om- bilicale, et l'efFacement complet plus ou moins précoce de l'ouverture ombilicale. Il faut aussi admettre que la vé- sicule ombilicale correspond à l'orifice buccal dans les in- vertébrés qui finissent par n'avoir plus d'anus, et qu'elle n'existe point dans ceux tout à fait dépourvus de canal intestinal. Les autres caractères que peuvent. fournir l'appareil mammaire, la bouche des petits, les organes sexuels ex- ternes , le périnée et les ouvertures naturelles , et enfin l'organisation cutanée et ostéo-myologique du ventre , ont dû les premiers exciter l'attention des mammalogistes. Nous avons signalé l'importance de leurs travaux sur ce sujet, et nous essayons, en y joignant nos propres re- cherches, d'en donner une formule générale qui se trouve énoncée graphiquement dans la figure A de la pi. V ( Voyez l'explication de cette planche. ) 150 RECHERCHES EXPLICATION DE LA PLANCHE 5. Les figures de cette planche ont trait aux caractères qu'on peut tirer de la région sterno-périnéale des vertébrés, et surtout de celle des verté- brés vivipares. La figure A est un Schéma où l'on a réuni idéalement toutes les par- ties plus ou moins caractéristiques de cette région chez les vertébrés. Les figures placées à gauche de la figure A représentent des particu- larités distinctives dans les trois sous-ciasses de mammifères, ou ver- tébrés vivipares. Les figures placées à droite de la figure A expriment encore les dif- férences les plus remarquables des quatre classes de vertébrés ovi- pares, savoir : des oiseaux, des reptiles, des amphibiens et des poissons. Dans la figure A et les autres iigures, les mêmes lettres désignent presque toujours les mêmes parties. 1° Lettres relatives à l'appareil mammaire : m, m, m, m, m, m, etc. Mamelons disposés sur deux lignes latérales sur la poitrine et l'abdomen. Ces mamelons sont quelquefois placés sur les flancs (le Couia), quelquefois près de la queue (les Cétacés , les Musa- raignes). Quelques espèces de Sarigues en ont un médian impair entre l'ombilic et le pubis. Bin B™ ouverture de la poche ou bourse des petits de la plupart des Didelphes. b, b, b, b, b, b, lignes ponctuées qui indiquent les culs- de-sac supérieur et inférieur de cette bourse des petits. B''. indication de la poche des œufs d'un poisson (syngnathe, le mâle). 2» Lettres relatives aux organes sexuels externes : P. Pénis. P' pénis pendant au-devant du pubis. P ' pénis contenu dans un fourreau dont l'ouverture est près de l'ombilic. P'" pénis ou clitoris dirigé vers l'anus et plus ou moins con- tenu dans un fourreau vulvaire ou cloacal. S. Scrotum. S' scrotum médian, S" scrotum antérieur, S"' scrotum pos- térieur ou périnéal. Z° Lettres relatives aux ouvertures naturelles du périnée : a anus ; V orifice vulvaire {fig 21 où l'on voit : v orifice médian du vagin , u méat urinaire médian de l'urètre; il faut annexer au vagin les deux orifices c, c, des canaux de Gaertner observés dans quelques espèces (Vache, Truie). C'est ce qui constitue le périnée polytrémique ou admono- trémique des Mammifères monodelphes et didelphes. SUR LES MARSUPIAUX. 151 0*^' (A^- 8 ) ouverture du cloaque des ornithodelphes. a [fig. A) orifice médian de la vessie urinaire. £ — ■ latéral et pair des matrices oviductiformes. y — — — des uretères. Ces cinq orifices sont tantôt au fond d'un canal urétro- sexuel qui s'ouvre de même que l'anus dans un vestibule commun : c'est le cas des vertébrés pulcînipares ou orni- thodelphes j tantôt aussi ce vestibule est commun à l'anus et aux orifices des voies urinaires et génitales : c'est ce qu'on observe dans les vertébrés ovipares, les poissons exceptés. A ces orifices principaux du périnée ou d'un vestibule commun , il faut annexer des organes accessoires. 4» Lettres relatives aux organes accessoires delà région sterno- périnéale : g', glandes odoripares. (/'. la note A, p. 156.) su — — des flancs (Musaraignes). S'^ — — et poches inguinales (Antilopes). s''^ — — préputiales (Castor). g'^ — — anales (Civettes, Mangoustes, etc., Didelphes et Ornithodelphes). y y {fis- 10, 1 1) bourses mucipares des oiseaux (bourse de Fa- bricius) et des chéloniens qui s'ouvrent dans le cloaque, oy orifices de ces bourses. 5° Lettres relatives à des organes, les uns intérieurs, les autres extérieurs, qui ont trait à l'ombilic : ^" CA^- A,etc.) vessie urinaireexistantdans les mammifères, les tortues, quelques sauriens, et dans les amphibiens. 1" pédicule de la vésicule ombilicale. 2^ groupe des vaisseaux omphalo-mésentériques extérieurs, l"» pédicule de l'allanloide. 2" groupe des vaisseaux ombilicaux extérieurs ou allantoi- diens et placentaires, a' artère omphalo-mésentérique. a" veine omphalo-mésentérique. b' b' artères ombilicales ou vésico-ombilicales. b" b" veine ombilicale ou ombilico-hépalique. G° Lettres relatives aux organes intérieurs qui versent leur produit à l'extérieur. R, [Jig. 7, etc.) le rectum; r, r, {Jîg. Il, 13) les reins,- u, u, les uretères. T' '^'iJ^S- 11) les testicules. m, in, matrices ou oviductes; t, t, trompes de Fallope. 0, 0, orifices du col de la matrice ou des oviductes. v, V, vagin ; a% anses du vagin ; x, x, cul-de-sac médian et cloison du vagin. 152 RECHERCHES o" orifices du vagin ; o" orifice de l'urètre, o' [fig- 9 ) orifice du fourreau du clitoris. La fig. A est le Schéma idéal de la face inférieure du tronc des vertébrés depuis le thorax jusqu'à la racine de la queue. Les parties qui y sont indiquées graphiquement sont : 1° Les mamelles, une bourse mammaire qui offre une ouver- ture et des culs-de-sac ; une poche ovigère. 2" Les organes sexuels externes , qui , chez les mâles, sont le pénis elle scrotum, dont la position variable est indiquée, et chez les femelles, le clitoris ou pénis plus ou moins atrophié. Les prépuces ou fourreaux et les scrotums, les nymphes et les grandes lèvres offrent des modifications nombreuses relatives à la direction et aux dimensions des pénis et des ' clitoris qui nécessitent un certain nombre de formules spé- ciales. On y a joint une indication des organes accessoires. 3° Le périnée, le cloaque et leurs ouvertures naturelles. Celles-ci offrent des différences très-nombreuses qui né- cessitent la distinction en médianes et impaires et en laté- rales ou paires. Les médianes ou impaires sont : Le méat urinaire urétral des femelles , ou génito-urinaire urétral des mâles. L'orifice vaginal des femelles. Ces deux méats peuvent être rapprochés dans un vesti- bule vulvaire (le plus grand nombre des mammifères), ou séparés et distants (taupes, etc.). L'anus , quelquefois précédé d'une marge ou vestibule dans lequel s'ouvrent des glandes odoripares. Dans les mammifères monodelphes, les trois méats mé- dians et impairs sont réduits toujours à deux chez les mâles, mais bien distincts chez les femelles, qui rioivent être choisies pour type dans la comparaison. Il y a dans ces animaux polytrémilé en général , et tendance à la monotrémité exté- rieure chez quelques espèces de rongeurs , et même mo- notrémité effectuée chez le castor. Chez les didelphes . en général, deux méats seulement , l'u- rinaire et l'anal, restent impairs, elle vagin, bifurqué, offre deux orifices, et il y a tendance à une seule ouverture extérieure pé- rinéale. Lesphalangers femelles, quoique offrant les deux méats médians et impairs, sont même monotrèmes extérieurement , et cependant les autres didelphes en général ne le sont pas complètement. (Voyez à ce sujet les planches de Quoy et Gai- niard, f^oyage de l'Astrolabe, PI. 18, fig. 9, et les figures de nos planches I, II, III, de la Favorite.) SUR LES MARSUPIAUX. 153 Enfln, chez les mammifères ornithodelphes, l'anus seul reste médian et impair, et à une seule ouverture périnéale ex- térieure correspondent, à l'intérieur d'un vestibule commun ou cloaque, l'anus et les orifices suivants : L'orifice du fourreau du pénis ou du clitoris. Le pénis est, chez le mâle , parcouru par un canal médian , bifurqué à son extrémité , qui ne donne passage qu'au sperme. L'orifice urétro-sexuel , c'est-à-dire d'un canal commun au fond duquel on voit l'orifice médian et impair de la vessie urinaire , les orifices latéraux et pairs des matrices oviductiformes des femelles, ou des déférents chez les mâles, et ceux encore latéraux et pairs des uretères dans les deux sexes , en sorte que le fond du canal urétro-sexuel ofTre cinq ouvertures , dont deux pour les produits géné- rateurs , et trois orifices, celui de la vessie et ceux des ure- tères, pour l'urine. Ici donc commence l'isolement des uretères , qui dans tous les mammifères monodelphes et didelphes aboutissent encore au col de la vessie. Mais , si l'on vient à regarder le canal urétro-sexuel des ornithodelphes comme un col de vessie prolongé, la différence sera interprétée dans un autre sens, et l'on pourra dire que les uretères, les oviductes ou les défé- rents débouchent dans un col de vessie prolongé. Cette in- terprétation se trouve étayée par les faits que fournit l'étude des anomalies du débouchement des ouvertures naturelles du périnée des mammifères monodelphes. A l'étude de ces ouvertures principales il faut rapporter 1° celle des ouvertures des conduits de Gaertner, 2° l'indication des orifices des conduits péritonéaux des reptiles et des pois- sons , et 3° enfin celle des ouvertures des conduits excréteurs des organes glandulaires , soit mucipares , qui débouchent dans l'urètre ou dans le vagin, soit odoripares, placés à la marge de l'anus. Telles sont les particularités de l'organisation du ventre et du périnée des mammifères qu'on peut comparer aux carac- tères communs et différentiels des vertébrés ovipares , chez lesquels on peut signaler comme des singularités remarqua- bles la poche périnéale dans laquelle les syngnathes mâles portent les œufs, et les cellules qui se forment sur la peau du dos des pipas femelles pour l'incubation de leurs petits. On arrive ainsi à reconnaître que la région sterno-périnéale des vertébrés sert le plus souvent à l'incubation des petits ou des œufs dans les espèces qui sont pourvues d'organes ou autres moyens pour incuber; il arrive aussi que l'incubation s'ef- fectue exceptionnellement dans la région dorsale , en sorte 1 54 RECHERCHES qu'on peut dire qu'une grande variété et un petit nombre de moyens sont employés pour une même finalité physiolo- gique, c'est-à-dire la reproduction des espèces. Fig. 1. Portion de la région sterno-périnéale de la taupe femelle, où l'on voit de profil les orifices urinaire, vaginal et anal. Fig. 2. Portion de la région sterno-périnéale de la baleine vue en dessous, où se trouvent la vulve, le clitoris, le méat urinaire (?), l'orifice du vagin, celui de l'anus, et de chaque côté une fente qui conduit dans une cavité renfermant le mamelon. Les fig. 3, 4, 5, représentent les trois types principaux des formes des organes génitaux internes des mammifères monodelphes, trompes , matrices plus ou moins bifides, et vagin toujours simple. Les notes différentielles sont donc fournies par la matrice. Fig. 3. Matrice et vagin simples de la femme, des quadrumanes, de quelques édentés. Fig. 4. Matrice bicorne et bicorps des ruminants. Fig. 5. Matrice bifide et plus ou moins bicolle, c'est-à-dire , à deux cols au fond du vagin chez les rongeurs. Les fig. 6, 7, sont relatives au périnée des mammifères didelphes. (Voyez pour le ventre de ces animaux les figures des Plan- ches I, II, III.) Fig. 6. Représentant le périnée d'un kanguroo femelle , où l'on voit le vestibule vulvaire très-rapproché de l'anus. P est le clitoris au-dessous duquel est une lacune muqueuse. L'orifice de l'urètre et celui du vagin sont au fond de la fente V, qui est séparée de l'anus a par la lèvre de la cloison intermédiaire à la vulve et à l'anus. Fig. 1. Pour montrer la correspondance des parties sexuelles exté- rieures des didelphes avec leurs organes génito-urinaires in- ternes. V. Vulve où l'on voit le clitoris P. o' orifice du vestibule commun des voies génitales et urinaires. u, canal de l'urètre, et V" vessie urinaire déjftés sur le côté ; u', u', indication des orifices des uretères dans la vessie. V, v, vestibule; a*^, anses, etx, cul-de-sac médian du vagin. 0*, 0*. orifices des vagins. Le cul-de-sac médian offre en avant les orifices o, o des cornes de la matrice. Ce cul-de-sac x est séparé en deux par une cloison médiane, quelquefois dé- jetée d'un côté ou de l'autre, et ne communique point avec la portion médiane postérieure du vagin placée au-dessus du canal de l'urètre. m, m Les cornes de la matrice; t, t, les trompes et les ovaires. I\, le rectum; a, marge de l'anus où l'on voit les orifices o", o" des glandes anales g' g', et l'orifice externe du rectum ou l'anus. SUR LES MARSUPIAUX. J5& Fig. 8. Train de derrière d'un ornithorhynque, vu en dessous, où l'on voit une seule ouverture naturelle, o*^'. C'est celle du vesti- bule commun ou cloaque dans lequel sont contenus le pénis ou le clitoris , et les méats par lesquels le rectum et les voies géni- to-urinaires versent leurs produits à l'extérieur. Fig. 9. empruntée à Meckel , pi. VIII , fig. 1 de son Anatomie de rornithorhynque. o*^' bords du cloaque ouvert. . Oriflce du fourreau ou du prépuce du clitoris P. 0"= ouver- ture du canal urétro-sexuel C , au fond duquel on voit cinq ouvertures, savoir : l'orifice a de la vessie urinaire V"; ê les orifices extérieurs des matrices oviductiformes m, m, chez le!» femelles , ou des canaux déférents chez les mâles ; y les ori- fices extérieurs des uretères u, u; R le rectum; g' g', les glandes odoripares de l'anus. Les fig. 10, U, 12, 13, 14, 15 représentent les ouvertures naturelles du cloaque des oiseaux, des reptiles et des amphibiens qui sont tous monotrèmes, et celles des poissons qui se montrent po- lytrèmes en sens inverse des mammifères. Fig. 10. Ouvertures naturelles du cloaque d'un oiseau vu en dessous. P. Pénis ou clitoris situé en bas du cloaque ; o^ orifice de la bourse de Fabricius placé en haut du cloaque; a anus ou orifice du rectum situé au-dessous de la bourse de Fabricius , et des orifices y, y des uretères u, u ; S Q orifices des oviductes. Fig. U. empruntée à Bojanus. Elle représente le cloaque et les or- ganes génito-urinaires du mâle de la tortue d'Europe vus du côté du dos. On y voit le cloaque ouvert pour montrer le pénis ou clitoris P situé au bas du cloaque; l'orifice du rec- tum R, ou l'anus a, débouchant dans le haut du cloaque, et de chaque côtédel'anusl'orificeoy de deux vessies latérales y, y, qui semblent être une bourse de Fabricius double et bilatérale. Au bas du cloaque et à la racine du pénis est l'ouverture « de la vessie urin:!ireV" V" , et de chaque côté de cette ouverture l'o- rifice Êdu canal déférent qui vient du testicule T. T., et l'ori. fice y de l'uretère très-court et venant des reins r, r. Nous passons sous silence les prétendus orifices des canaux péri- tonéaux qui, d'après des observations postérieures de Martin Saint Ange, ne débouchent point dans le cloaque des chélo- niens , ni daifs celui des crocodiles. Fig. 12. Le cloaque d*une grenouille femelle vu en dessous , où l'on voit : 1° K orifice de la vessie V" au bas du cloaque ; 2" a ori- fice du rectum immédiatement au-dessus de celui de la ves- sie ; 3° de chaque côté l'ouverture S de l'oviducte m, placée au-dessus de l'ouverture du rectum R ; et 4° y l'orifice de l'uretère u plus en arrière comme chez les Poissons. Fig. 13. Le cloaque d'une grenouille mâle, même position et mêmes 156 RECHERCHES parties , excepté qu'un seul orifice est commun à l'uretère et au canal déférent. On sait, en effet, que les canaux sper- maliques déférents débouchent dans l'uretère chez les batra- ciens mâles. Fig. \'i. Périnée d'un poisson osseux vu de profil. La disposition des ouvertures est dans l'ordre inverse de ce qui se voit dans le périnée des mammifères monodeiphes et didelphes , c'est-à- dire que l'orifice a du rectum est placé en avant d'un ves- tibule commun au méat génital qui est au milieu, et au méat urinaire situé en arrière. Hg. 15. Elle représente le périnée de la torpille [lorpedo) , vu en dessous pour montrer l'anus a en avant, en arrière le méat commun des voies génito-urinaires , et de plus sur chaque côté l'orifice f du canal péritonéal. En recherchant quelle peut être la cause de ces variations dans la po- sition respective des ouvertures naturelles, soit du périnée, soit du cloaque des vertébrés en général , l'un de nous (l), dans des travaux en- core inédits sur l'anatoraie topographique des animaux, croit pouvoir l'attribuer à la position respective du rectum, des uretères et des oviductes ou vagins chez les femelles, et des déférents chez les mâles. La vessie urinaire, lorsqu'elle existe, est le seul organe qui débouche toujours au bas du cloaque dans les vertébrés à station horizontale ou ramenés à cette situation , soit par l'orifice de son col , soit par un urè- tre; le pénis est en général situé au-dessous ou en avant du méat uri- naire. Le rectum, les uretères, les déférents des mâles et les matrices ou oviductes des femelles , variant dans leur situation à l'intérieur de l'abdomen , sont par cela même les organes qui présentent à leur termi- naison les variations correspondantes indiquées ci-dessus à l'égard de la position respective de leurs orifices extérieurs situés soit au périnée, soit dans un cloaque ou vestibule commun. Nota. A. Il convient de rapporter à ce groupe de glandes odoripares la glande temporale de rÉIéphant. la glande nuquale des Chameaux et celle du dos du Pécari, dont l'action sécrétoire augirunte pendant la saison du rut. Mais la situa- tion de ces glandes en dehors de la région sterno-périnéale ne nous a point permis de les comprendre dans les organes accessoires de cette région. (M M. Laurent. • SUR LES MARSUPIAUX. 167 '%%«%%««vi«%%mv«%v« %%/««««%«'«««/%*%«««'*««« »«/««%^%%«'»v»%«<«i*%« ««%*%*«%'%%««'%%««*« '%«*«^'* NOTICE Sur l'Encéphale de l'Échidné comparé à celui de l'Ornitho- rhynque, et considérations générales sur l'Encéphale des Mammifères et des Oiseaux. Si l'étude des caractères extérieurs par lesquels les marsupiaux didelphes et ornithodelphes se distinguent si éminemment des mammifères monodelphes doit guider principalement le zoologiste , on ne doit point cependant négliger l'étude des organes intérieurs, qui peuvent four- nir des différences valables. Parmi ces organes intérieurs , celui qui était en droit d'exciter le plus l'attention des zootomistes est, sans con- tredit , l'encéphale. Or , on savait que cet organe central du système nerveux cérébro-spinal présente , dans les mammifères monodelphes et dans les oiseaux , des diffé- rences dont les plus saillantes se réduisent aux indications suivantes : MAMMIFÈRES MOISOSELPHES. OISEAUX. Corps calleux. Pont de Varole. Lobes optiques. existe. idem. Quadrijumeaux et supérieurs. manque. idem. Bijumeaux et latéraux. Nous ne pouvons et ne devons point ici exposer les modifications des parties latérales de l'encéphale des ani- 158 RECHERCHES maux de ces deux classes auxquelles se rattachent les caractères difierentiels qu'on peut tirer de Texistence ou de l'absence du corps calleux, du pont de Varole, et de la forme ainsi que de la situation des lobes optiques. Mais nous devons examiner si l'encéphale des marsupiaux offre des caractères différentiels intermédiaires entre l'en- céphale des mammifères monodelpheset celui des oiseaux. Meckel ( Analomie de V ornithoihynque ) et M. R. Owen (^Transactions philosophiques , Soc. roy. de Londres ^ 1837, part. I ) ont publié sur ce sujet des observations qui permettent de considérer, en effet, l'encéphale des mar- supiaux comme s'éloignant déjà de celui des mammifères monodelphes , et comme se rapprochant de l'encéphale des oiseaux. Les recherches de M. R. Owen sur ce point si important de l'anatomie des mammifères permettent même, dans l'état actuel de la science, de considérer le groupe des marsupiaux comme devant terminer la série mammalogique , et précéder immédiatement la série des espèces ornithologiques. Mais les mammifères marsupiaux sont naturellement distingués en didclphes et en ornilhodelphes , et c'est pourquoi nous avons cru devoir rechercher si le cerveau de ces derniers (Ornithorhynque, Échidné), qui se rap- prochent le plus des oiseaux , offre une confirmation des recherches de M. R. Owen, et en outre quelques traits distinctifs et caractéristiques de la sous -classe des orni- thodelphes. Attendu que M. R. Owen n'a point cru devoir, dans son mémoire sur l'encéphale des marsupiaux , tenir compte de la description du cerveau de l'ornithorliynque par Meckel , nous croyons devoir ici mettre à profit les SUR LES MARSUPIAUX. 169 observations de Meckel sur l'encéphale de l'ornithorhyn- que, et présenter succinctement les caractères de l'encé- phale d'un échidné mâle adulte que l'un de nous a con- servé vivant pendant deux jours à bord de la Fai^o- rite. Cet individu a été donné à celui de nous qui a fait le voyage de la Favorite, par le docîeur Scott, chirurgien en chef de la colonie d'Hobart-town ( île de Van-Diemen), et nous éprouvons un sensible plaisir à saisir cette occa- sion de pouvoir témoigner publiquement à ce savant confrère et ami toute notre reconnaissance pour l'hospi- talité amicale et vraiment fraternelle qu'il nous a donnée, et pour l'aimable empressement avec lequel il a mis à notre disposition deux salles de son hôpital , et tout ce qui était nécessaire au traitement des nombreux malades de dyssenterie qui existaient à bord de la corvette, lors de notre arrivée sur cette rade. M. Scott possédait cet échidné depuis environ deux mois. Il nous dit qu'il provenait de l'intérieur de l'ile , sans pouvoir nous préciser la localité , parce qu'il se l'était procuré d'un conuict ; il nous assura cependant qu'il était originaire de la terre de Yan-Diemen , où ces animaux sont devenus assez rares et difficiles à obtenir. Pendant les deux mois qu'il l'avait eu en sa possession , il l'avait tenu constamment dans une cage longue de trois pieds environ sur deux et demi de large , dont l'intérieur con- tenait un demi-pied de terre. Cet échidné passait la majeure partie de son temps dans une espèce d'engourdissement , blotti , enroulé à la manière des hérissons. Lorsqu'il se promenait dans son étroit réduit , il grattait fortement la terre avec ses deux 160 RECHERCHES pieds de devant, et paraissait éprouver un vif sentiment de plaisir dans cet exercice ; mais il s'en dégoûtait bientôt, sans doute parce que le peu de profondeur de la terre sur laquelle il opérait ne satisfaisait pas son goût impatient de se creuser un terrier convenable pour le recevoir. Sa démarche était lourde et lente. En l'inquiétant avec une baguette , il poussait un cri faible qui tenait beaucoup du grognement ; cependant il se laissait caresser avec com- plaisance, et manifestait même alors éprouver une sorte de plaisir. Lorsqu'on lui présentait quelque objet , son premier mouvement était de se retirer 5 puis il avançait son long museau vers l'objet présenté de nouveau , pa- raissait le flairer et chercher à le reconnaître en le tou- chant de l'extrémité de son nez , laquelle , molle et flexible , nous a semblé jouer le rôle d'un organe du toucher. Cet échidnë, privé entièrement de sa nourriture habi- tuelle , aurait pu prendre un aliment liquide, sucré et farineux. C'est ainsi que nos confrères Quoy et Gai- mard ont nourri quelque temps l'individu dont ils font mention dans la Zoologie de V Astrolabe. Il est probable que M. Scott n'a point songé à suppléer à la nourriture habituelle de cet échidné au moyen de l'aliment liquide sucré et farineux déjà employé par MM. Quoy et Galmard , et nous devons attribuer à une abstinence complète de deux mois la mort de cet animal, que nous perdîmes après deux jours à bord de la cor- vette. Nous pensons comme les médecins naturaUstes de l'As- trolabe qu'il serait facile de transporter ces animaux vivants en Europe , en raison de ce qu'ils sont souvent SDR LES MARSUPIAUX. 161 engourdis au moindre froid et de plus parce qu'on pourrait les nourrir avec du bouillon de gélatine auquel on ajouterait du hachis très-fin de viande ou un hachis des insectes vivants (blattes, scolopendres) qui pullulent souvent à bord des navires. Nous n'avons rien trouvé dans l'estomac , ni dans l'in- testin grêle de notre échidné. Une petite quantité d'ex- créments que nous avons retirés du rectum nous a offert une substance brune noirâtre , mêlée avec des débris de matière cornée parmi lesquels nous avons reconnu des mandibules et des fragments de pattes de fourmi. L'encéphale de cet animal . quoique pouvant servir encore à des observations extérieures , était un peu altéré et un peu friable dans quelques points , surtout dans les lobes olfactifs. Le poids de cet organe était de ii,47 , et celui du corps de 2,760 grammes. DIBIENSIONS COMPARATIVES DE l'animal. . — ,i»_ — -^ (le l'encéphale de chaque hémisphère de chaque lobe. corps. tête. dans sa totalité. cérébral. cérébelleux. opti- que. Op. 21 olfac- tif. Op. 51 Longueur. 14 p. 3 1. 3P.41. 1 p. 7 1. 1 p. 2 1. op. 6 1. Largeur. 6 3 1 7 1 7 10 5 2 4 Hauteur. 5 » 1 2 11 11 4 2 2 En comparant l'encéphale du castor à celui du phas- Zool. 1™ Partie. l 162 RECHERCHES colome et à celui d'un singe , M. Richard Owen a fait remarquer que les circonvolutions cérébrales n'existent point dans ces deux mammifères ordinaires, tandis qu'elles sont assez marquées dans l'encéphale du phascolome. On pourra reconnaître, dans les figures i et 2 , pi. 9, que les circonvolutions cérébrales sont très-marquées chez l'échidné , et qu'elles offrent une régularité remarquable sur chaque hémisphère cérébral , de même que dans les lobes du cervelet ; ce qui est conforme aux résultats obte- nus par Tiedmann dans ses recherches sur l'encéphale des mammifères. (Voy. Transact. phil. Soc. roj. de Londres, i836, part. II.) . La forme générale de l'encéphale de notre échidné ne présente rien qui mérite d'être signalé. Les hémisphères cérébraux laissent à découvert le cer- velet {voy. fig. I , 3 et 4), et recouvrent les tubercules quadrijumeaux. Les circonvolutions transversales du cer- velet sont assez profondes -, ce dernier organe laisse à découvert le calannts scriplorius. On voit sur la face inférieure du bulbe rachidien et du pont de Varole(t'o^. fig. 2) les sillons qui logent la fin des artères verté- brales, le tronc basilaire et une branche transversale qui fournit les cérébelleuses. Les paires de nerfs sortant par les trous crâniens sont indiqués par les chiffres 2,3, 4 , 5 , 6 , 7 , 8 et 9 {voy. , fig. 2 , pi. 9, et l'explication de ces chiffres'). Les lobes latéraux du cervelet de l'échidné sont un peu plus étendus transversalement et le sont moins en hau- teur que ceux du cervelet de l'ornilhorhynque. Il en est de même à l'égard du lobe médian de cet organe. Envi- sagés dans leur totalité, le cervelet de l'échidné et celui de SDR LES MARSUPIAUX. i63 l'ornithorhynque , dont les lobes latéraux sont peu déve- loppés , tandis que le lobe médian l'est relativement beau- coup plus, semblent se rapprocher un peu , sous ce rap- port, du cervelet des oiseaux. Le bulbe rachidien nous paraît plus volumineux et plus large chez l'échidné que dans l'ornithorhynque. Nous regrettons beaucoup de n'avoir pu distinguer nettement le pont de Varole, et il est à désirer que cette partie de l'encéphale puisse être observée avec soin sur un animal frais et non conservé depuis longtemps dans l'esprit- de-vin. Les lobes olfactifs o', o', fîg. aeto, fig. 3 et 4, ont à peu près autant de longueur que de largeur, et recouvrent en- viron les deux tiers de l'étendue de la face inférieure des lobes antérieurs du cerveau. Ils diffèrent donc beaucoup, sous ce rapport , des lobes olfactifs de l'ornithorhynque , qui sont très-allongés et prolongés en arrière. Quoique bien circonscrits sur l'individu que nous observions, nous n'a- vons pu bien distinguer leur cavité, à cause de l'altération de leur surface inférieure. Ce volume moindre du lobe olfactif du cerveau de Tornithorliynque contraste avec la grosseur relativement énorme de la portion crânienne des nerfs trijumeaux qui recouvrent en grande partie le lobe olfactif. On observe précisément le contraire sur la face inférieure de l'encéphale de l'échidné, dont le lobe olfactif très-considérable est en même temps très-éloigné du nerf de la cinquième paire , et ce nerf est très-petit dans l'échidné , par rapport à celui de l'ornithorliynque. Une différence aussi grande dans la proportion des nerfs olfactifs et trifacial de ces deux animaux indique des dif- férences correspondantes dans leur facilité d'odorat, et 164 RECHERCHES c'est ce que les observateurs auront à déterminer en étu- diant leurs mœurs. Le pont de Varole, peu distinct et en partie masqué par les sillons qui logent le tronc basilaire et les artères transverses du cervelet , nous a paru être moins grand que celui du cerveau de l'ornithorhynque. {^Voj. fig. IV, T. VII, Anatomie de V omiihorliYnque ^ par Meckel.) Les autres parties de l'encéphale de Fëchidné sur les- quelles l'attention doit se porter sont : la commissure des hippocampes C^, la commissure antérieure C, et la commissure molle C™ ( voj. fig. 4 )• Ces parties res- semblent à celles que M. R. Owen a désignées sous ces noms dans le cerveau du Didelphis virgiiiiaiia et dans celui de l'oie. Nous devons ici faire remarquer que nous croyons devoir adopter les déterminations de M. R. Owen, et les préférer à celles de Meckel , qui a considéré comme corps calleux la commissure des hippocampes , et cette commissure comme le septum lucidum. Meckel désigne aussi sous le nom de thalamus ou couche optique la commissure molle de ces couches. En comparant les tubercules quadrijumeaux de l'é- chidné à ceux de rornithorhynque, nous avons facilement constaté ce qui l'a déjà été par Meckel pour ce dernier, c'est-à-dire qu'on ne peut pas distinguer les tubercules postérieurs des antérieurs, et que ce que Meckel a remar- qué chez l'ornithorhynque et exprimé en ces termes : (( Eminentia qiiadrigeniiiia magna , posteriov tamen « verè percipieiida, ut Jerè higemino, esset, )) est encore plus prononcé dans les tubercules du cerveau de l'é- chidné , qui sont réellement hijumeaujc- simplement. Or, SUR LES MARSUPIAUX. 165 ces tubercules ont été trouvés tous quadrijumeaux dans le cerveau de la sous-classe des didelphes qui a été étu- diée par M. R. Owen. On peut consulter à ce sujet les planches V et yi (Transact. philos. Soc.roj, Loiid., 1837, part. I), dans lesquelles sont figurés les cerveaux du Didelphis virginiana , du Dasyurus ursinus , du phascolome et du kanguroo. On voit, dans toutes ces figures, que ces tubercules sont quadrijumeaux dans ces quatre espèces -, et , en admettant analogiquement qu'il en est de même à Tégard de Tencéphale de toutes les autres espèces de la sous-classe des didelphes , on pourra ainsi distinguer le cerveau sans corps calleux des didelphes, du cerveau également sans corps calleux des ornithodelphes , qui , en raison de la bigéminité de leurs tubercules , se rapprochent encore plus des oi- seaux. Quelque succincte que soit cette description de l'encé- phale de l'échidné , qui est très-remarquable par le nombre et la profondeur de ses circonvolutions , nous pensons qu'elle pourra être de quelque utilité en raammalogie , puisqu'elle confirme , sous ce rapport , le rapprochement de l'échidné et de l'ornithorhynque , et qu'elle nous sem- ble justifier complètement l'institution de la sous-classe des ornithodelphes , qui , par ses caractères encéphali- ques , doit suivre immédiatement la sous-classe des mam- mifères didelphes que précède naturellement la première sous-classe dite des monodelphes ; en sorte que les trois degrés d'organisation mammalogique peuvent être établis rationnellement sur les caractères extérieurs fournis par des organes sexuels indiquant les degrés de viviparité , et sur des caractères profonds qui sont en harmonie avec le 166 RECHERCHES degré d'intelligence pour l'éducation des petits de ces vertébrés vivipares. On peut résumer ainsi qu'il suit les différences princi- pales de l'encéphale de la classe des mammifères comparé à celui des oiseaux : MONODELPHES. MAMMIFÈRES. DIDELPHES. ORNITHODELPHES. OISEAUX. Corps cal- leux. Pont de f^arole. Lobes opti- ques. 1 existe. existe. quadri jumeaux et supérieurs. manque. existe. quadrijumeaux et supérieurs. manque. existe. bijumeaux et supérieurs. manque, manque. bijumeaux et latéraux. En indiquant ce résultat des observations très-impor- tantes de M. R. Owen , auxquelles nous avons joint les observations de Meckel en les rectifiant , nous devons faire remarquer que Meckel a cependant admis , dans les figures relatives à l'encéphale de rornithorhynque ( voy. Oniithorhynchi descriptio aiiatomica, texte et pi. VIII , fig. 3 , 4 5 5 , 6 , 7 ) , l'existence du corps calleux ; mais, en étudiant avec soin l'encéphale de notre échidné , nous avons reconnu que les descriptions de M. R. Owen sont plus exactes que celles de Meckel , et que les déter- minations de l'anatomiste anglais doivent être adoptées. Nos observations sur l'encéphale de l'échidné nous semblent encore confîrmatives de celles de M. R. Owen au sujet des circonvolutions cérébrales qu'on voit man- SUR LES MARSUPIAUX. i'61 quer dans le cerveau d'un singe (midas rajîmanus), dans celui des chéiroptères, des rongeurs, des sarigues , tandis que les circonvolutions cérébrales sont plus ou moins marquées dans la sous-classe des mammifères monodelphes en général, dans plusieurs espèces de la sous-classe des didelphes (iiu3»^aroo_, pf^onibat, Dayusrus ursimis). On peut voir dans nos figures de l'encéphale de l'é- chidné que les circonvolutions cérébrales sont très-régu- lières et assez nombreuses , et que leurs sillons sont assez profonds. D'après les figures de l'encéphale de l'ornithorhynque et le texte de Meckel , les circonvolutions cérébrales et les sillons sont à peine marqués (i) , en sorte que sous ce rap- port l'ornithorhynque se rapprocherait le plus des oiseaux dont l'encéphale n'offre plus de circonvolutions. Nous indiquons ici les différences qu'offrent les cir- convolutions cérébrales dans les diverses espèces des fa- milles des trois sous-classes de mammifères , pour montrer combien leur détermination phrénologique , telle que l'a proposée Desmoulins, aurait besoin d'être appréciée d'après l'observation des mœurs dans toute la série des vertébrés vivipares comparés sous ce rapport aux verté- brés ovipares. Nous terminerons cette notice sur l'encéphale de l'é- chidné en faisant remarquer que Meckel et MM. Qupy et Gaimard ont constaté la minceur de la. dure- mère et l'existence d'une lame osseuse (2) dans les portions de la (1) Cerebrum , visi gyris , sulcisque , excepta in cere- bello notatum. (Meckel, Anatom. ornithorhynclii , p. 33.) (2) Voyez Meckel, ouvr. cité, p. 33 , § 21. « Cerebrum ornilhorbynchi circumdabatur primo mem- 168 RECHERCHES dure-mère' qui séparent les lobes de l'encéphale , le pre- mier dans l'ornithorliynque , le second dans l'échidné. brana fibrosa satis forti in regione processus falciforniis ossei nonnisi in sulcumdeprcssa intei' cerebrura atque cerebellum tentorium minime oj-sewm formante. » Voyez aussi, Zoologie de l'Astrolabe , par Quoy et Gaimard, p. 120, la description succincte de l'encéphale de l'échidné, dont nous résumons ici les caractères. « Dure-mère excessivement mince et adhérente au crâne, dont « les os sont également minces , mais non celluleux comme ceux « des oiseaux ; hémisphères cérébraux grands , ofiFrant de nom- « breuses et profondes circonvolutions empreintes sur la lame « interne de la boîte osseuse ; lobes antérieurs séparés par une « lame osseuse. « EXPLlC4TIOI\ DE LA PLAIKCDE 9. Elle représente la tête de rÉchidné vue par -devant et son encé- phale. Fig. A. La tète, ainsi vue, ne laisse voir que le haut de la face et la partie antérieure et supérieure du ctânc. On dislingue: 1° les yeux, qui sont relativement moins petits que ceux de rOrnithorhynque; 2° à l'extrémité d'un museau rostrlforme, un espace noir dans lequel s'ouvrent les deux narines ; 3° le bout de la langue qui sort un peu au delà du museau. Fig. 1. Encéphale vu par la face supérieure. C, C, C , C. Hémisphères cérébraux dont les circonvolutions , disposées symétriquement , sont nombreuses et séparées par des sillons assez profonds, c, c. Cervelet dont les circonvolutions et les sillons sont aussi nombreux et bien prononcés, e. Calamus scriptorius. SDR LES MARSUPIAUX. 169 Fig. 2. Région inférieure de l'encéphale. C, C, C, C. Cerveau; c. c. Cervelet. o', o', o', o'. Lobes olfactifs, d'où part la première paire de nerfs. 2 , 2. Nerfs optiques , ou 1" paire , et leur chiasraa ; 3,3. 3« paire de nerfs , ou moteurs molaires communs ; 4, 4. 4' ' — — ou pathétiques ; 5, 5. 5" — — trifacial ; 6, 6. 6*^ •— — moteurs oculaires externes ; 7,7. 7« ■ — — ou nerf acoustique et facial; 8, 8. 8« — — ou nerf pneumogastrique, glosso- pharyngien et spinal; 9, 9. 9^ — — ou nerf grand hypoglosse. Fig. 3. Encéphale vu par son côté gauche. C,C. Cerveau; c. Cervelet; o. lobe olfactif. 5. 5' paire de nerfs ; 9. 9<' paire — Fig. 4. Coupe verticale de l'encéphale, montrant: C, C, C. Le côté interne des hémisphères cérébraux. c. L'arbre de vie du cervelet. i' . Le faisceau antérieur ou inférieur de la moelle. f". Le faisceau postérieur ou supérieur de cet organe. B. Le bulbe rachidien, sur la tranche duquel nous n'avons pu distinguer la bande des fibres du pont de Varoie. Q. Les tubercules quadrijumeaux ou lobes optiques, qui sont seulement bigéminaux. C''. La commissure des hippocampes. C*. La commissure antérieure. Cm . La commissure molle. 0, 0. Le lobe olfactif. 170 RECHERCHES CONSIDÉRATIONS ZOOLOGIQUES RELATIVES AUX MARSUPIAUX, A LA CLASSIFICATION DES MAMMIFERES ET A CELLE DES ANIMAUX VERTEBRES ET INVERTEBRES EN GENERAL. Après avoir présenté quelques faits nouveaux , et essayé de donner un certain nombre de déterminations également nouvelles sur des faits déjà plus ou moins con- nus , nous devons examiner maintenant si Tensemble de nos recherches anatomico-zoologiques sur les marsupiaux peut nous fournir matière à quelques considérations zoologiques, que nous présenterons comme des déductions naturelles des faits établis dans les mémoires précédents. Or ces déductions ont trait, d'après l'ordre des faits exposés précédemment, i° au degré de mammalité et à la bouche des petits ; 2° au mode de fonctionnement de l'os marsupial , considéré comme indice des modifications de la viviparité 5 3° à l'ensemble des caractères plus ou moins importants que peut fournir la région sterno-pé- rinéale , où sont réunis les organes éducateurs , la cica- trice ombilicale et les organes sexuels , dont les orifices sont combinés avec les ouvertures naturelles des autres viscères qui débouchent dans la même région qu'eux. Jusqu'ici les déductions n'ont trait qu'à des formes exté- rieures, examinées, il est vrai, dans leurs rapports avec l'organisation intérieure 5 mais nous pourrons peut-être aussi, d'une simple notice sur l'encéphale non encore décrit SDR LES MARSUPIAUX. 171 d'un ornithodelphe , comparé , il est vrai , à l'encéphale des autres mammifères et à celui des oiseaux, tirer quel- ques déductions, parce que cette notice est en même temps un aperçu comparatif de l'encéphale des mammifères. Or si l'on considère que cet organe, qui tient sous sa dépendance tous les autres organes , agit ainsi du fond de l'organisme jusqu'aux surfaces , on conçoit combien cette influence générale et profonde d'un seul organe prédominant a dû s'offrir comme ce qu'il y a de plus saillant au fond de l'organisation. Or, la nécessité d'apprécier par la forme extérieure ce qui constitue le caractère le plus éminent du fond le plus intime de l'organisme animal des verté- brés les plus élevés dans la série , gouvernait sans cesse l'esprit humain , même à son insu ; et c'est ainsi que la science est arrivée lentement à trouver ce rapport du fond avec la forme y rapport de la plus haute importance, dont elle est redevable aux travaux continus et persévé- rants de l'auteur d'un Prodrome de zoologie en 1816, et des principes d'anatomie comparée publiés en 1826 (i). Pour bien apprécier en mammalogie la valeur des ca- ractères à tirer de la forme générale du corps et de toutes les particularités des régions qui peuvent fournir des no- tions différentielles , il est important de s'établir sur les principes de la subordination de ces caractères, formulés en i835 par H. de Blainville , dans son cours de philo- sophie zoologique à la Faculté des Sciences. Mais au point de vue de la philosophie mammalogique , il convient de (1) Voyez Prodrome de zoologie dans le Journal de Physique , 1816 , et le Traité d'Auatomie comparée, t. I, par H. de Blain- ville. 1 72 RECHERCHES corroborer et de modifier un peu les principes de subor- dination des caractères en zoologie par les principes de la philosophie rationnelle et religieuse. En procédant ainsi, l'un de nous, partant du point de vue de la finalité à laquelle est subordonnée l'unité du plan général de l'organisation animale, a dû avoir égard à ce que tout animal , i° exerce une action plus ou moins étendue sur le monde extérieur et sur ses sem- blables -, o." se reproduit comme espèce 5 3° se conserve comme individu : ce qui n'a pas besoin de démonstra- tion. Ce sont ces vérités pratiques , usuelles et généralement admises , qui doivent nous conduire naturellement à considérer que la finalité zoologique embrasse nécessai- rement trois faits généraux, savoir : 1° la sphère d'ac- tivité des espèces animales, proportionnelle à leur système nerveux 5 1° la vie des espèces, et 3° la conservation ou la vie des individus. Au point de vue du premier fait général (la sphère d'ac- tivité), la philosophie religieuse a toujours placé l'homme en dehors et au-dessus de toutes les espèces animales. On arrive au même résultat en philosophie physiologique et zoologique. L'idée du perfectionnement progressif de l'homme considéré comme individu, comme être social et comme espèce , le caractérise si éminemment , qu'il est en fait et en droit le dominateur de toutes les autres espèces animales. On conçoit donc que l'étude des formes exté- rieures de l'homme, celle de l'ensemble de son organisation intérieure, et surtout de son encéphale et de sa tête os- seuse , ont dû fournir aux mammalogistes un tvpe ex- cellent pour apprécier les caractères dans toute la série SUR LES MARSUPIAUX. 173 des mammifères , et même dans toute la série des- ver- tébrés (i). Mais en ayant égard au hiatus qui , au point de vue intellectuel et moral, existe entre l'espèce humaine et toutes les autres espèces animales , même les plus rap- prochées d'elles par leur organisation mammalogique , il convient d'établir tout d'abord que les formes du crâne , de la face et du squelette , quoique en rapport avec l'encé- phale et les organes des sens et de la locomotion des mam- mifères et des autres vertébrés, ne doivent être prises en considération que d'une manière générale, parce que c'est moins sur le degré d'intelligence des mammifères , que sur l'ensemble de tous leurs autres caractères , que leur classification peut être établie. Nous verrons en effet que le plus et le moins d'intelligence de ces animaux n'est point réparti progressivement depuis le mammifère le plus rapproché de l'homme jusqu'à celui qui a le plus d'affinité avec les vertébrés ovipares. Au reste, dans l'état actuel de la science , nous sommes si peu avancés dans l'étude des mœurs des mammifères, considérées dans leurs rapports avec l'organisation cérébrale, qu'il serait impossible d'indiquer l'ordre d'allernance suivant lequel l'intelligence et l'organisalion cérébrale de ces animaux décroissent et s'accroissent pour décroître encore, en pro- cédant de l'orang-outang à l'ornithorhynque. (1) C'est ce qui a été exécuté par M. de Blainville et tenté aussi par M. Dugès. Ce dernier, prenant la forme du corps hu- main comme type de la forme générale de tous les vertébrés , a été ainsi conduit à donner à ce grand groupe d'animaux le nom d'hominiens qui équivaut à celui àliominiformes. Linné avait an- térieurement donné lesnoms d'anthropomorphes et de primates à l'homme lui-raême , aux quadrumanes et aux chéiroptèi'es. 174 RECHERCHES Nous devons cependant mettre en relief l'organisation encéphalique des mammifères ou vertébrés vivipares , en la considérant en masse comme inférieure à l'organi- sation cérébrale de Tespèce humaine, et comme supé- rieure à celle de l'encéphale des vertébrés ovipares. Il convient ici d'établir que par supériorité ou infériorité de l'organisation encéphalique, nous entendons une dif- férence en plus ou en moins soit dans la masse et dans le volume de l'organe, soit dans le nombre et la propor- tion de ses parties principales, connues sous les noms d'hémisphères cérébraux , cérébelleux , olfactifs et opti- ques, ou quadrijumeaux, de corps calleux, de pont de Varole. Nous venons de voir en effet qu'indépendam- ment du volume proportionnel de l'organe , l'existence ou l'absence du corps calleux, du pont de Varole et des tubercules quadrijumeaux , fournit des caractères distinctifs des trois groupes principaux de mammi- fères. Si l'on considère maintenant que le premier de ces trois groupes principaux , dans lequel tous les zoologistes s'accordent à placer les mammifères ordinaires ou mo- nodelphes, si l'on considère, disons-nous, que ce groupe renferme un très-grand nombre d'espèces, qui, appré- ciées sous le rapport de la variété et des degrés de leur sphère d'action sur le monde extérieur, sont réellement supérieures sous tous les rapports aux mammifères didel- phes, on pourra constater que celte étendue plus grande de la sphère d'activité implique une organisation céré- brale plus riche , et c'est ce qui a lieu en effet. Or, les espèces connues , beaucoup moins nombreuses et moins actives relativement sur le monde extérieur, qui forment SUR LES MARSUPIAUX. 175 le deuxième groupe constitué par les mammifères di- delphes, sont non-seulement inférieures sous plusieurs rapports à celles du groupe précédent , mais elles nous semblent même un peu supérieures aux mammifères or- nithodelphes ou monotrèmes , qui forment le troisième et dernier groupe de ces animaux , par lequel s'établit le passage aux autres vertébrés. Si ces données , fournies par l'observation des mœurs des mammifères, se trouvent de plus en plus confirmées par les faits de détail que l'on découvre chaque jour, on sera forcé de convenir que l'institution de trois sous- classes ou groupes principaux en mammalogie est fondée sur un ensemble de caractères extérieurs qui révèlent trois modifications principales de l'organisation encépha- lique la plus avancée après celle de l'espèce humaine. C'est donc d'après le système nerveux que les mammi- fères , tous inférieurs à l'homme, forment par le fond de leur organisation la première classe du type ou embran- chement des vertébrés ; et c'est d'après les modifications de leur encéphale, que les mammifères peuvent encore être distribués en trois sous-classes. Il est important de faire remarquer que les formes exté- rieures d'une enveloppe générale composée d'os , de chairs et de peau , indiquent dans tous les vertébrés en général l'existence d'un système nerveux cérébro-spinal , qui les distingue de tous les invertébrés. Or, la vertèbre a été considérée avec raison comme l'élément solide qui, étudié dans ses rapports naturels avec toutes les autres parties , et surtout avec l'axe du système nerveux , indi- que toujours l'existence de cet axe cérébrospinal ; d'où le nom de spini-cérébraux ^ substitué par Latreilleà celui 176 RECHERCHES de vertébrés. Mais ces dénominations, prises dans leur sens restreint , ne signifient pas un ensemble de carac- tères. Il est donc à regretter, pour le progrès de la mé- thode naturelle en zoologie, qu'il n'existe pas, pour ce type des animaux à vertèbres et à système nerveux cé- rébro-spinal , un radical tel que celui d'oiseaux , de poissons. Le nom de ccphalozoaires , donné par Carus aux vertébrés , n'est rien autre chose que l'équivalent de encéphalozoaires ou de spini-céréhraux . Celui dHostéo- zoaires , introduit par M. de Blainville , est encore l'équivalent de vertébrés. En mentionnant ainsi les principaux résultats obtenus de nos jours dans la science de la classification des animaux, nous devons encore joindre l'indication de la division dichotomique de La- marck (vertébrés ou invertébrés) -, celle de la division en quatre embranchements (vertébrés mollusques, articulés et zoophytes), par G. Cuvier, et enfin signaler la distribu- tion du règne animal en trois grands sous - règnes , par H. de Blainville ; savoir, les zygozoaires, ou animaux pairs , les aclinozoaires , ou rayonnes , et enfin les hété- rozoaires ou animaux à formes irrégulières. Cette distribution méthodique étant basée sur la forme générale du corps des animaux , considérée comme indi- quant ou traduisant à l'extérieur l'existence ou l'absence et les formes générales du système nerveux , nous semble devoir être prise en très-grande considération, puisqu elle exprime nettement le rapport de la forme extérieure avec ce qu'il y a de plus saillant et de plus caractéristique au fond de l'organisation (i). (I) Dans les sciences morales et naturelles, ce qu'il y a de plus important à découvrir est précisément le rapport de la SUR LES MARSUPIAUX. , 177 On ne doit point être surpris qu'après avoir traité de quelques points relatifs à l'organisation des marsupiaux didelphes et ornitliodelphes, nous soyons conduits natu- rellement à examiner le rang qui a été assigné à ces ani- maux en mammalogie, et à constater pourquoi le groupe des mammifères {mammalia Linn. ) a dû s'assimiler les oiseaux, les reptiles et les poissons pour former le type des vertébrés , et enfin pourquoi le grand type des ver- tébrés a dû s'assimiler encore le type des articulés {in- secta Linn.), et celui des mollusques pour être institué en premier sous-règne, ce qui, d'un seul trait, indique la forme paire du corps et celle du système nerveux -, on passe ensuite à la forme rayonnée existant de même à l'extérieur et dans le système nerveux du deuxième sous- règne , et on arrive enfin à constater que l'absence com- plète de forme extérieure et de système nerveux ca- ractérise le troisième et dernier sous - règne du règne animal. C'est donc avec avantage pour le progrès de la méthode naturelle en zoologie , que M. de Blainville a proposé d'établir la distribution et la classification des animaux d'après la notion exacte du rapport de la forme exté- rieure de l'enveloppe générale (composée de la peau, des sens et des organes de la locomotion) avec ce qu'il y a de plus saillant au fond de l'organisation intérieure , c'est-à-dire le système nerveux. Telle a été , telle est , et telle sera la tendance de la forme avec le fond , puisque la forme extérieure doit toujours être en harmonie avec ce qu'il y a de plus saillant au fond de l'organisation. Zool. fe Partie. m 178 RECHERCHES marche rationnelle de l'esprit humain , dont les efforts constants et progressifs sont faciles à apprécier, si on établit comme axiome que , dans les sciences morales et naturelles , la formeextérieure doit révéler le fond ou le for intérieur. Pour qui sait lire dans les œuvres de la nature , cet axiome est une vérité pratique \ et dans les cas même où la forme extérieure semble masquer le for intérieur, le naturaliste philosophe doit scruter le fond avec toute la profondeur et le zèle ardent qu'inspire la recherche de la vérité pour obtenir et assurer son triomphe. Il nous faut donc constater ici, que, si les données cra- niologiques et prosopologiques doivent avoir une valeur réelle dans l'élude des vertébrés, et surtout en mamma- logie, ce ne doit point être en traduisant seulement les principales modifications de loi ganisation de l'encéphale, mais plutôt en servant à apprécier les résultats de la sphère d'action des animaux, qui sont fournis par l'observation de leurs mœurs. Nous ne devons point nous dissimuler qu'aucun ca- ractère extérieur connu ne sert encore à nous révéler exactement l'existence et la proportion des parties pro- fondes de l'encéphale des vertébrés , et surtout du corps calleux , du pont de Varole et des tubercules quadriju- meaux dans les mammifères ; et lors même que nous se- rions arrivés , par des appréciations craniologiques sa- vantes, à trouver ces caractères extérieurs, nous n'aurions encore que des données empiriques , puisqu'il nous res- terait toujours à déterminer scientifiquement les fonctions des diverses parties de l'encéphale qui président aux ma- nifestations de la sphère d'action des animaux sur le monde extérieur. SUR LES MARSUPIAUX. 179 Le zoologiste n'en doit pas moins enregistrer la notion des modifications de l'encéphale des mammifères, d'après laquelle la série mammalogique , telle que l'a instituée de Blainville, forme une progression naturelle depuis l'o- rang-outang et le chimpanzé, les plus rapprochés de l'homme, jusqu'à l'ornithorhynque, le plus rapproché des oiseaux. Il est très-remarquable que , si des caractères cranio- logiques n'indiquent point ces modifications profondes de l'organisation encéphalique, l'observation fournit des in- dices extérieurs qui leur correspondent empiriquement , et qui ont servi à caractériser la classe et les sous- classes des mammifères. Ces indices sont les formes extérieures qui révèlent les degrés de viviparité et la mammalité de ces animaux. Or, l'homme seul, quoique appartenant par son orga- nisation au groupe des vcrtebrala vwipara et mam- malia , s'en distingue éminemment par l'étendue énorme de sa sphère d'action sur le monde extérieur et par le degré d'éducabilité de son espèce, qui lui permet d'as- pirer au rang d'un être perfectible , c'est-à-dire intelli- gent, raisonnable el religieux. En zoologie philosophique, l'espèce humaine, envi- sagée historiquement sous le rapport de ses mœurs ou de sa moralité progressive , doit être ainsi caractérisée. Quoique modifiables par îa domesticité ou le pouvoir humain, les mammifères, plus ou moins rapprochés de l'homme ou de l'oiseau , ne sont point des êtres naturel- lement perfectibles par eux-mêmes 5 et pourtant les in- dices extérieurs de leur degré de viviparité et de mam- malité signalent que leur organisation encéphalique est 180 RECHERCHES en rapport avec les soins qu'ils peuvent donner, au moyen d'organes éducateurs externes (mamelles), à des petits qui sont ou des nourrissons , ou des avortons , ou des poussins, c'est-à-dire des petits compariibles, sous quel- ques rapports, à l'oiseau nouvellement éclos. Ainsi , dans l'état actuel de la science , le manque de l'emploi des caractères craniologiques et prosopologiques propres à indiquer les modifications des parties profondes de l'encéphale des mammifères (i) a dû forcer les zoolo- gistes à employer les indices extérieurs de la mammalité et le fait physiologique de la viviparité, qui s'elfeclue sous trois modes, d'où la distinction très-scientifique des mam- malia ou vivipara , en motiodeîphes , didelphes et or~ nithodelphes . Nous avons d'abord, dans notre premier Mémoire sur l'appareil mammaire des marsupiaux et la bouche de leurs petits , essayé de démontrer que le mode de mammalité propre aux mammifères ordinaires , ou monodelphes et fœtipares , est moins complexe que le genre de mamma- (1) Lorsqu'on cherche à apprécier les résultats desmesures de l'angle facial, de l'aire du crâne comparée à celle de la face, et de l'aire de la base du crâne comparée à celle du trou occipital , et enfin de la direction horizontale, oblique ou verticale de ce trou occipital, on reconnaît facilement qu'il faudrait apporter à ces résultats des corrections très-nombreuses en raison de l'é- tendue plus ou moins grande des cavilés sensoriales ; et c'est probablement à l'impossibilité ( du moins actuellement) de si- gnifier en langage convenable ces résultats indicateurs de l'orga- nisation encéphalique , qu'il faut attribuer le manque des carac- tères craniologiques et prosopologiques qu'on aurait pu introduire en raammalogie. SUR LES MARSUPIAUX. 181 lité des mammifères didelphes. En effet, la mammalité , sous le mode didelphique , devait suppléer à l'imperfec- tion vasculaire d'un utérus normalement embryopare. Enfin , le mode de mammalité ornithodelphique est très- remarquable en ce que l'appareil mammaire, se simplifiant par l'absence du mamelon et la forme intestinulaire des éléments de la glande mammaire, semble tendre à dispa- raitre , et cette glande se trouve suppléée en quelque sorte d'avance par un utérus oviductiforme , et ressem- blant à celui des vertébrés ovovivipares (i) , tout à fait dépourvus de mamelles. Ainsi , la viviparité monodelpbique , ou la Jœtiparité, entraîne la nutrition non -seulement albumineuse , mais encore sanguine , au moyen d'un placenta, et , par consé- quent, le recours au sang de la mère et un allaitement de nourrisson sans suspension fixe à la mamelle 5 ainsi, la viviparité didelphique ou \ embryoparité se réduit à un premier développement par nutrition albumineuse et non- sanguine par l'utérus ^ mais il est suppléé au sang utérin par un allaitement donné à l'avorton normal, suspendu fixement à la mamelle , auquel succède l'allaitement de nourrisson libre et dégagé de l'insertion intrabuccale du mamelon de sa mère. Enfin, la viviparité ornithodelphi- que , ou la pidciniparitCy exige : 1 une longue gestation dans l'utérus oviductiforme qui fournit au petit embryon (1) Voyez, en outre de ces modifications de l'utérus des mam- mifères en général, celles de l'ovaire qui leur correspondent, dans le Mémoire de M. de Blairxville sur la nature du produit femelle de la génération de Tornithorliynque {Annales du Mu~ séum, t. II , 3" série ) , et les recherches de M. R. Owen ) Trans. philos, de la Soc. Roy. de Londres, 1832, part. II, avecplanch.j. 182 RECHERCHES pulciniforme une nourriture albumineuse-, à laquelle succède, après la mise bas, un allaitement encore peu connu , puisque le mode de succion du lait extrait d'une mamelle sans mamelon n'a point encore été observé ni décrit sous le rapport de son mode et de sa durée totale. Ainsi, indépendamment des fluides vitellins produits par l'ovaire autour de la vésicule du germe , l'utérus verse des fluides albumineux et du sang en proportion détermi- née, et les mamelles fournissent une quantité de sucs lac- tés en raison inverse de celle des fluides vitellins , albumi- neux et sanguins , en sorte que le but physiologique de la génération vivipare des mammifères est toujours atteint, malgré les modifications de la viviparité qu'expriment les termes de fœliparité, d'embryoparité et de pulciniparité. Mais , pour l'expulsion d'un petit mammifère à l'état fœtal, embryonnaire ou pulciniforme, il existe des modifi- cations non-seulement dans la forme et le degré de muscu- larité de l'utérus , mais encore dans les formes normales et anormales des muscles de l'abdomen et du bassin des mammifères (taupes, cétacés). Parmi ces modifications, nous avons dû signaler comme très-caractéristique celle qui s'efTeclue à l'insertion inférieure du muscle grand oblique de l'abdomen sur le pubis. Là se trouve, dans tous les mammifères à testicules plus ou moins sortants chez les mâles, et à ligament rond plus ou moins marqué chez les femelles, un anneau , dit inguinal, formé par deux piliers tendineux. Or, les deux piliers , plus ou moins forts , favorisent l'expulsion viviparique , en ajoutant à la force de contraction de l'utérus une plus grande force de constriction abdominale. C'est ainsi que les modifications des muscles de la pa- SDR LES MARSUPIAUX. 183 roi abdominale, étudiée dans toute la série des mammi- fères fœtipares, ont exigé le plus souvent l'existence de deux ou d'un seul piller tendineux , pour l'insertion sus pubienne du muscle grand oblique de l'abdomen , appro- prié ou non à la sortie des testicules ou des ligaments ronds ; mais il paraît que , pour opérer l'expulsion d'un mammifère didelpheou ornithodelphe, il fallait , à défaut de l'énergie des contractions utérines , que la pression ou la constriction abdominale pour l'expulsion et la mise bas des petits fût beaucoup plus forte , et c'est ce qui a exigé les modifications des muscles de la paroi antérieure de l'abdomen , qui , pour agir plus efficacement , avaient besoin du point d'appui qui leur est fourni par l'os mar- supial. Or, nous avons démontré le caractère vice-teji- dinien de cet os, c'est-à-dire qu'il tient la place d'une portion du tendon simple ou bifurqué du muscle grand oblique de l'abdomen , en même temps qu'il fournit au muscle triangulaire ou pyramidal de l'abdomen des di- delphes et ornithodelphes une insertion très-opportune pour accroître la pression abdominale réclamée par les fonctions de l'accouplement et de la mise bas normale- ment précoce ou tardive. On reconnaît ainsi pourquoi les zoologistes ont dû avoir égard à la présence ou à l'absence réelle de l'os mar- supial , et pourquoi nous avons dû nous attacher à en bien déterminer la signification , qui se rattache , ainsi que nous l'avons démontré, au mécanisme de la parturition embryonique des didelphes et à celle pulciniparique des ornithodelphes. Mais l'appareil mammaire , la bouche des petits et l'os marsupial ne sont point les seuls organes ayant trait J84 RECHERCHES à la vie de Tespèce, qui ont fourni des caractères. Les zoologistes ont dû encore établir des distinctions d'après les ouvertures naturelles génilo-urinaire et anale de la région périnéale. Nous avons dû, pour cette raison, appré- cier la valeur des caractères différentiels foi mules sous les noms de monotrémiié , de tendance à la monotrémité ou admojiotrémité, et de pofytrémité. Or , ces trois carac- tères marchent de pair avec les trois modes ou degrés de viviparité signalés ci-dessus^ en effet, les mammifères monodelphes et fœtipares sont le plus généralement po- lytrèmes ; quelques-unes de leurs espèces ( rongeurs ) sont cependant adnionotrèmes ; une espèce seule (le cas- tor) est moiiotrème ^ mais à testicules sortants chez les mâles; les mammifères didelphes et embryopares sont tous adnionotrèmes à scrotum antérieur au pénis. Enfin , les mammifères ornithodelphes et pulcinipares sont mono- trèmes et à testicules toujours dans l'abdomen chez les mâles. Après avoir eu soin de mettre à profit les caractères que les zoologistes ont tirés des degrés de viviparité et de mammalité, de l'os marsupial et des ouvertures naturelles du périnée, il convenait d'embrasser, dans un conspectus général , l'ensemble des particularités que la région ster- nopérinéale des vertébrés peut fournir, lorsqu'on les ob- serve depuis l'âge embryonnaire jusqu'à l'état adulte. Or, en étudiant ainsi comparativement toutes les différences tirées de la présence , des modifications ou de l'absence desorganes du développement, de ceux de l'allaitement, de l'accouplement, de la parturition (accouchement, mise bas des petits , ou ponte des œufs ), et de ceux affectés à l'incubation des œufs, on sentira la convenance degrou- SUR LES MARSUPIAUX. 185 per tous ces faits , et d'avoir essayé d'en donner la for- mule générale au moyen d'un schéma idéal. (Voyez la figure A de la planche V.) En nous bornant ici à résu- mer ce qui a trait à la région sternopérinéale des mammi- fères . nous devons mentionner : 1° L'existence constante d'un nombre variable de ma- melles , avec ou sans bourse ou poche des petits , avec ou sans mamelons, et à mamelons entourés d'une aréole, ou recouverts d'un prépuce. . 2° Les nombreuses différences qu'offrent les organes sexuels externes ou de l'accouplement, et un organe sexuel interne (le testicule) , lorsqu'il vient se loger dans une poche ou bourse scrotale. Or, ces différences , qui n'ont point encore été formulées , se tirent de la direction , de la forme , des dimensions du pénis ou du clitoris , et de la structure de leurs diverses parties. A l'égard de ces diffé- rences , il faut surtout aoter celles relatives à la position de l'ouverture du prépuce ou fourreau du pénis des mâles considéré dans ses rapports avec le scrotum d'une part , et de l'autre avec l'ouverture de l'anus. Il faut de même prendre en considération les positions respectives du clitoris , du méat urinaire et de l'orifice vaginal avec ou sans vestibule vulvaire, qui se dispose en prépuce ou fourreau clitoridien , ou en petites et grandes lèvres. La direction de l'ouverture vulvaire , comparée à la forme de l'orifice anal , dont elle est plus ou moins rapprochée 5 enfin , la réunion des orifices génito-urinaires des mâles et des femelles , et de l'ouverture anale dans un vestibule commun ou cloaque, fournit encore matière à des notes différentielles très-importantes. Il est facile de reconnaître que les principales différences sont indiquées très-nette- 186 RECHERCHES ment par les termes de pofytrémité , admonotrémité et moiiotréniité. 3° Enfin , Texistence ou l'absence complète d'une cicatrice ombilicale à l'extérieur de l'abdomen des mam- mifères nouveau-nés , ou plus ou moins adultes, met le zoologiste sur la voie du degré de composition des organes transitoires qui ont servi au développement embryonnaire ou fœtal , en revêtant ou en ne prenant point la forme d'un placenta et d'un cordon ombilical (i). Nous avons dû nous borner à donner une indication des éléments constitutifs du cordon ombilical le plus composé, afin qu'on puisse , par l'extérieur du cordon , apprécier com- ment il se comporte d'une part , pour constituer les placentas de diverses formes , et de l'autre pour laisser dans le bas-ventre les vestiges plus ou moins effacés ou (ï) Il sera donc très-important de pouvoir observer compara- tivement les embryons , les nouveau-nés et les adultes des deux sexes dans les différents temps de la vie , afin de posséder des données très-positives sur les caractères à lirer de la région slerno-périnéale des mammifères et des vertébrés en général. Il est très-remarquable que l'observation des nouveau-nés ou des fœtus mammaires des marsupiaux fournisse, sous le point de vue de la mammalité et des organes sexuels externes , des données plus exactes que celles qu'on obtient en observant les ma- melles et les parties sexuelles des adultes, et il est naturel de croire que de semblables recherches faites comparativement sur les embryons, les foetus ou nouveau -nés, enfin les adultes des deux sexes dans les mammifères monodelphes, ainsi que dans les autres classes des vertébrés, procureront à la science des docu- ments précieux qui pourront être fascicules avec quelques docu- ments isolés et épars dans des livres, soit très- répandus, soit presque ignorés. SUR LES MARSUPIAUX. 187 encore persistants du pédicule de la vésicule ombilicale, de celui de l'allantoïde et des vaisseaux omphalo-mésenté- riques et ombilicaux, qui sont plus ou moins oblitérés ou même complètement atrophiés et disparus. Ainsi, dans les cas où la cicatrice ombilicale persiste ou ne fournit plus aucun caractère extérieur , le zoolo- giste pourra encore se procurer à l'intérieur des données anatomiques sur les degrés de viviparité des mammifères , et même sur les divers degrés d'oviparité des autres ver- tébrés. Ces considérations anatomico-zoologiques sont plus que suffisantes pour démontrer : i° que la classification des mam- mifères , fondée sur les degrés de viviparité , est , dans l'état actuel de la science , la plus naturelle et la plus ra- tionnelle ; 2° que le degré d'intelligence et d'organisation cérébrale est en rapport direct avec la viviparité, et 3" que la sphère d'action des mammifères est tellement inférieure à celle de l'espèce humaine , qu'on est fondé à établir en zoologie un grand hiatus entre l'homme et la série ani- male telle que l'a instituée M. de Blainville. Mais ces considérations ne nous ont servi jusqu'à pré- sent qu'à caractériser par des détails anatomico-zoolo- giques la classe des mammifères ou vertébrés vivipares et les trois sous-classes indiquées. Il nous faut maintenant essayer de donner un aperçu rapide des données qui peu- vent servir à l'institution des ordres , des familles , des genres et des espèces de ce grand groupe d'animaux. L'impossibilité de donner ici les développements scien- tifiques que comporte un sujet aussi vaste et aussi impor- tant nous met donc dans la nécessité de présenter un conspectus de l'ensemble des données que l'un de nous 188 RECHERCHES croit devoir proposer. Ce conspectus a été exposé , en très-grande partie , dans son cours d'anatomie comparée appliquée à la zoologie , fait à la Faculté des Sciences de Paris en 1887. En recherchant quel était le degré d'importance de la forme générale et des formes spéciales de l'enveloppe gé- nérale du corps des animaux, considéré comme traduisant à l'extérieur le système nerveux, d'après les principes anato- miques de M. de Blainville , celui de nous qui avait à dé- velopper , dans son cours à la Faculté des Sciences , l'application de l'anatomie comparée à la zoologie, fut conduit naturellement par les faits à faire cette appli- cation d'après les principes de la finalité, qu'il distingua en finalité physiologique ( fonctions des organes , etc. ) et en finalité élhicologique (mœurs des animaux) 5 et c'est en argumentant d'après ce principe de la finalité zoolo- gique ainsi posé , qu'il est parvenu à démontrer l'exacti- tude de la formule zootomique proposée par M. de Blain- ville. Or, les mœurs des animaux se manifestent par trois faits généraux, savoir : l'étendue de leur sphère d'action sur le monde extérieur, la vie des espèces et la vie des individus ^ et lorsqu'on envisage l'espèce humaine sous un point de vue purement zoologique, on constate faci- lement que l'étendue de sa sphère d'action dans l'espace et dans le temps est réellement immense par rapport à celle des animaux , même les plus rapprochés d'elle par leur organisation , et que l'homme est le seul être animé dont on puisse dire que la sphère d'activité s'étend au delà du cercle des hesoins de la vie de l'espèce et des exi- gences de la vie individuelle. Il faut donc s'attendre à ce que , chez tous les autres animaux , soit vertébrés , soit SUR LES MARSUPIAUX. 189 invertébrés , quelque complexe ou simple que soit leur organisation , la sphère d'action sur le monde extérieur étant limitée en général dans le cercle des besoins qu'exige la reproduction des espèces et la conservation des indi- vidus, Tenveloppe générale du corps traduisant le système nerveux , à laquelle est confiée l'action sur le monde ex- térieur, serve principalement à toutes les manifestations des phénomènes de la vie reproductive et de la vie nutri- tive , dont la diversité et les combinaisons constituent les mœurs des animaux. Or, nous avons vu que ce sont en général les formes extérieures plus ou moins rapprochées de celles de l'homme, une organisation encéphalique plus complexe que dans les autres vertébrés ç, l'existence d'organes édu- cateurs (mamelles) et d'organes sexuels externes consi- dérés dans leurs rapports avec les viscères sexuels in- ternes, qui ont fourni les traits caractéristiques de la classe et des sous-classes de mammifères. Or encore , les mam- malogistes ont été conduits par les faits à caractériser les ordres, les familles et les genres, tantôt d'après les or- ganes du mouvement , tantôt d'après ceux de la mandu- calion, tantôt enfin en prenant pour types de ces groupes, de plus en plus secondaires , les espèces les plus caracté- risées ; c'est à cette fluctuation dans le choix des caractères que sont dues les diverses nomenclatures tour à tour pro- posées par les mammalogistes. En mettant à profit tous ces travaux , mais en suivant le principe de la finalité des moeurs des animaux , on est conduit à penser que si les organes et les actes de la vie de l'espèce ont servi à caractériser la classe et les sous-classes de mammifères, il se pourrait que les mœurs relatives à 190 RECHERCHES la vie nutritive fussent propres à fournir les caractères des ordres. Or, parmi les organes extérieurs destinés à la vie nutritive , ceux que réclamait le genre de nourriture , en même temps végétale et animale , soit plus ou moins ri- goureusement animale , soit enfin plus ou moins pure- ment végétale, nous paraissent les plus convenables pour caractériser trois ordres principaux , sous les noms d'am- phiphages , de zoophages et de phytophages^ dans la pre- mière sous-classe ou les monodelphes, ainsi que dans la deuxième ou les didelphes. Dans l'état actuel de la mam- malogie,le groupe des ornithodelphes, qui ne renferme que deux genres, ne peut donner lieu à cette distinction d'ordres. Les organes de la bouche et la forme générale du tronc et des membres, considérés darfs leurs rapports avec l'ap- pareil digestif, sont en effet , sous le point de vue de la finalité , très-propres à fournir les caractères d'ordres d'après le genre de nourriture, en admettant, ainsi que l'a proposé M. de Blainville , que le mammifère mono- delphe ou didelphe de l'un de ces trois ordres, en raison des modifications de ses organes locomoteurs , est plus ou moins apte à marcher, à fouir, à nager, à grimper, à voltiger et à voler pour aller chercher sa nourriture dans des lieux ou des milieux différents. En ayant égard aux diverses sortes de nourritures ani- males , végétales ou mixtes , aux divers organes qui ser- vent à l'animal à la saisir, à la porter à la bouche , et aux époques du jour ou de la nuit auxquelles il sort pour chercher sa nourriture, on trouve facilement que toutes ces particularités de l'organisation, diversement combinées entre elles pour correspondre à la variété et auxaffinités de mœurs, donnent lieu à des ensembles de caraclèresqui ont SUR LES MARSUPIAUX. 11H servi aux zoologistes à instituer les familles et les genres. Or, ces ensembles de caractères sont souvent longs à décrire , et ne peuvent pas toujours être formulés en termes précis , et c'est là ce qui a probablement poussé les zoologistes à prendre les espèces les mieux caractérisées pour types des genres, et les genres les plus remarqua- bles pour types des familles. Dans ce cas , les noms usuels des espèces ou des genres, légèrement modifiés, ont fourni et peuvent encore fournir des termes en général préfé- rables à ceux empruntés au langage anatomique. Il nous reste à faire remarquer maintenant que si la viviparité se nuance dans le sous-type ou la grande classe des vertébrés vivipares et mammifères , on peut observer que l'oviparité offre également des modifications dans le sous-type des vertébrés ovipares. Ces modifications sont connues sous les noms d'ovoviviparité , de dorsiparité , d'aquiparité et d'oviparité proprement dite. Mais , en né- gligeant ici les faits de l'ovoviviparité (vipères , quelques sauriens , quelques amphibiens et certains poissons), et la dorsiparité (pipas), faits qui sont normaux ou accidentels , on pourrait établir trois modes principaux d'oviparité sous les noms de nidoviparité , de terroviparité et à'a- quoviparilé^ qui signifient ponte des œufs, soit dans un nid quelconque , soit dans la terre ou le sable, soit enfin dans l'eau. L'étude de ces modifications de mœurs des ver- tébrés ovipares porte ainsi le zoologiste à rechercher les particularités distinctives qu'offrent les œufs et les petits aux moments de la ponte et de l'éclosion , et les circon- stances qui président au développement de la vie embryon- naire 5 on reconnaît en même temps la nécessité ou l'inu- tilité des soins donnés par les parents dans le grand groupe 192 RECHERCHES des vertébrés ovipares. Or, les œufs sont encore incubés par les oiseaux , et seulement pondus par les reptiles , les ampbibiens et les poissons dans des circonstances plus ou moins choisies par la mèrcj et les petits sont plus ou moins surveillés ou tout à fait négligés par les parents. En appréciant ainsi en masse les phénomènes de la vie des espèces chez les vertébrés ovipares , et les rapports des organes de cette vie avec l'organisation cérébrale , on peut constater encore empiriquement que l'encéphale de ces vertébrés ovipares subit dans sa structure des modifications depuis les premières familles d'oiseaux jusqu'aux der- nières familles des poissons , et ces modifications encé- phaliques semblent correspondre, ou du moins coexistent avec l'affaiblissement graduel des forces instinctives qui portent les parents à soigner les œufs et les petits. A ces appréciations qui , faites en masse, ont dû être faites isolé- ment par les zoologistes , il faut joindre quelques excep- tions dont l'examen sérieux , au lieu d'infirmer la règle générale , pourrait bien au contraire la confirmer. Telles sont celles que nous offrent quelques reptiles ampbibiens et poissons ovovipares, le Pipa {dorsipare) et le syngnathe mâle , qui , d'après les observations de Retzius , offre sous l'abdomen une poche pour l'incubation des œufs. Nous avons eu l'occasion de faire remarquer qu'un certain nom- bre d'animaux articulés plus ou moins inférieurs (clo- portes , quelques sangsues) , offrent de même une poche cutanée où se fait l'incubation des œufs et l'éclosion des petits. Il n'entre point dans le plan de nos recherches d'examiner les modifications de l'oviparité dans le grand groupe des invertébrés ou anostéozoaires 5 mais il est facile de prévoir que le haut degré d'importance et de priorité SUR LES MARSUPIAUX, 193 que présentent les phénomènes de la vie des espèces, a dû exiger toutes les modifications observables dans Toviparité et dans la sexualité qui s'affaiblissent graduellement et se transforment en gemmiparité ou scissiparité. Or, cette sorte de dissémination du phénomène de la reproduction des espèces coïncide avec l'affaiblissement progressif de l'instinct curateur des œufs et éducateur des petits, et avec la simplification graduelle du système nerveux , qui finit par disparaître complètement. A ce degré le plus infime de l'organisation animale , l'enveloppe générale du corps des animaux , par laquelle s'effectue la sphère d'action pour la vie inimitable des espèces et la conservation temporaire des individus , ne se distingue plus du tissu sous-jacent et homogène de l'organisme animal. On reconnaît alors que la formule générale de l'enveloppe , traduisant le système nerveux , constitue un principe anatomique qui , depuis son introduction dans la science par M. de Blain- ville , a dû subir la controverse , renverser les obstacles qu'il a rencontrés et conduire naturellement à l'institution de la loi de finalité zoologique d'après les faits fournis par l'embryogénie et par l'observation des mœurs dans toute la série animale. Ce principe est fondé sur le rap- port de la forme extérieure de l'enveloppe avec ce qu'il y a de plus caractéristique au fond de l organisme , c'est-à- dire le système nerveux. Nous bornons là ces considérations , déduites des faits exposés dans nos Recherches anatomico-zoologiquessur les marsupiaux comparés aux autres mammifères et aux ver- tébrés ovipares. Nous désirions ardemment pouvoir ajouter à l'histoire naturelle des marsupiaux des obser- Zool. F» Partie. n 194 RECHERCHES valions sur les mœurs de ces animaux. Malheureusement i! nous a été impossible de recueillir des faits nouveaux sur un sujet aussi important. Aux considérations zoologiques déduites de nos re- cherches sur l'appareil mammaire et la bouche des petits, sur l'os marsupial , la région sterno-périnéale et l'encé- phale des marsupiaux, nous aurions à joindre une appré- ciation des caractères d'après lesquels ces animaux ont été classés parmi les mammifères ordinaires , par Linné , G. Cuvier, Illiger, Fischer, Desmarest, Lesson , Du- gès , Wagler et Isid. Geoffroy-Saint- Hilaire. Mais du moment où l'institution de la série mammalogique, telle que M. de Blainville l'a proposée en 1816, se trouve do plus en plus confirmée par les résultats de ses travaux, cette appréciation devient inutile ici sous un certain rapport, quoique sous un autre point de vue elle aurait une véritable valeur, parce qu'elle montrerait les affinités et les différences qui distinguent nettement les espèces , les genres et les familles de didelphes et les ornilhodel- phes qui correspondent à certaines espèces, à certains genres et familles de mammifères monodelphes. Mais nous ne pouvons entrer dans les détails que comporterait cette appréciation ; notre but était d'établir dans ces con- sidérations, par des faits anatomiques et zoologiques, et par l'interprétation rationnelle de ces faits , le degré de mammalité et de viviparité des marsupiaux comparés aux mammifères placentaires d'une part, et de l'autre aux vertébrés ovipares. Nous pensons qu'en raison du petit nombre d'éléments que nous possédons actuellement , nous devons nous borner à signaler l'importance du but SUR LES MARSUPIAUX. 195 proposé, et laisser aux personnes placées dans des circon- stances favorables le soin de donner une solution com- plète de Tune des questions les plus importantes de la physiologie et de la zoologie. FIN DB LA l""" PARTIE. 2' PARTIE. ZOOLOGIE, PAR MM. Fortuné EYDOUX et Paul GERVAIS. Zool. 2« Partie. MAMxMIFÈRES, if lîgi irai" — SEMNOPITÏIEQUE DOUG. SEMNOPITHECUS NEMjEUS. Simia newœus,\Ànn.-^ Cerc. neinœus , Erxleb. ; Pyqa- thrix îiemœus, Geoff. ; Lasiopyga vemœus, Illip-. • Semuopithecus iieniœus, F. Cuv. liv. 48 et 49- AprvÈs quelques détails et quelques observations ana- tomiques sur les animaux mammilères recueillis pen- dant le voyage de la corvette la Favoriie ^ nous devons faire connaître zoologlquement les espèces les plus re- marquables , soit par leur nouveauté ou leur rareté , soit par les observations auxquelles cbacune d'elles aura pu donner lieu. Toutes les espèces recueillies ne pour- ront être signalées, toutes d'ailleurs ne le méritaient pas-, mais nous avons tâché , malgré le peu d'étendue de cet ouvrage , de ne passer sous silence aucune de celles qui offraient le plus d'intérêt. 4 SEMNOPITHÈQUE UOUC. Les espèces de la classe des mammifères sont celles qui nous arrêteront le moins long-temps. La première est celle du Doue y animal de la famille des Singes , qui est loin d'être nouveau pour la science, puisque Buffon le cite dans son ouvrage , mais qui est rare encore dans les collections, et dont les mœurs et les carac- tères ont été jusque dans ces derniers temps mal décrits. Tous les véritables Singes de l'ancien monde, excepté peut-être le Chimpanzé, les Orangs-outangs et l'espèce de Gibbon que M. Harlan a décrite sous le nom de Simia hooloch (Physic. and med. Researches , p. q ) , ont les fesses garnies de callosités. Buffon et Daubenton, auxquels cette loi n'avait point écbappé, crurent y re- connaître une nouvelle exception en constatant que le Doue manquait aussi de callosités; celte assertion fut admise par tous les naturalistes , et l'un d'eux se crut même fondé à distuigner à cause de cela le Doue des autres guenons ou singes cà longue queue qui ont des callosités ; il en fit le genre Lasiopjga ( fesses velues ). Nous avons pu vérifier , sur plusieurs individus de l'es- pèce qui nous occupe, que l'opinion de Buffon est tout-à- fait erronée-, c'est d'ailleurs ce qu'ont démontré avant nous plusieurs savants naturalistes, et M. Geoffroy, qui avait proposé pour le même animal le genre Pygatri.f ^ a reconnu depuis (Cours de l'hist. desMamm.) qu'il devait être supprimé. Le Doue appartient au sous-geiire des Semnopithèques, qui paraissent, jusqu'ici au moins, être des singes asiatiques ; aussi est-ce avec raison qu'on a considéré comme fort suspect le fait, avancé par Flaccourt, de Doues pris à Madagascar. Cette île , si diffé- rente, par ses productions zoologiques et botaniques, de SEMNOPiTUÈQUE DOUC. & l'Asie, et même de rAlVique, dont elle est voisine, n a encore fourni aux naturalistes aucune espèce de véritable singe-, les quadrumanes qu'on lui connaît sont de la fa- mille des Lémuriens, à côté de laquelle se place le genre si singulier des Ayes-ayes {Cheirority s) , qui est du même pays. Tous les Doues que Ton possède dans les collections viennent de laCochinchine^ à Tourane, où l'un de nous a pu les observer, ils sont très-communs. Ils vivent par troupes plus ou moins nombreuses dans les vastes es- paces boisés qui recouvrent le littoral, et leurs mœurs sont certainement bien loin d'être aussi faroucbes qu on les a supposées. Ces animaux sont peu gênés par la présence des hommes, et ils viennent souvent très-prè" des habitations des Cochinchinois • d'ailleurs ces dernieis paraissent les inquiéter fort peu , et ne cherchent pas <à tirer de la btUe fourrure des Doues tous les avantages qu'ils pourraient en obtenir. Néanmoins, les courses des marins de la corvette la Favorite ne tardèrent pas à effrayer ces animaux, qui fuyaient aussitôt avec une telle rapidité, que, bien qu'ils fussent très-nombreux, on se les procurait assez difficilement. L'estomac du Doue offre les mêmes particularités que celui des autres animaux du même groupe (Semnopilhè- ques ) -, assez de détails intéressants ont été donnés sur ce sujet pour le Doue lui-même, et plus particulièrement pour deux ou trois autres espèces de ce sous-genre, pour que nous n'ayons pas à y revenir : ces détails sont dus <à M. Otto , qui les a indiqués le premier et les a fait con- naître avec soin en décrivant l'espèce qu'il nomme Cerco- jyithecus IcHcoprymnus ; depuis Otlo, 1\L l^ich. Ov.en 6 SËMNOPITHÈQUE DODC. (Tians. soc. zool. Lond,, T. i),et plus récemment encore M. Duvernoy(Mém. soc. hist. nat. Strasbourg, T. ii), ont aussi traité le même sujet. Un incident qui mérile d'être signalé se rattache à la capture de deux Doues qui ont été rapportés au Muséum par 1 un de nous. Une femelle adulte et mère fut tuée d'abord ; son petit qui la suivait de près , frappé du même coup, mais blessé seulement, se jeta sur le cadavre, en poussant des cris perçants, véritables hurlements com- mandés à la fois par la perte qu'il venait d'éprouver, et par les douleurs qu'il ressentait. Ce jeune Doue fut conservé pendant plusieurs jours à bord de la corvette , mais il ne tarda pas à mourir, les blessures qu'il avait reçues ayant occasionné une paralysie complète des mem- bres postérieurs. NYCTICÉE ALECTO. • ». «'«.^'X.X.«^%.'^%.^^-%'«^V V'^-WVX.^'V^'»/'*.^.-*.^^*'*.^-^'*'^^^.**.'»/^'^'^'^'^'^'^^*.'*''^^^*^^'*''*'^' NYCTICEE ALECTO. FESPERTILIO {Nycticeus) ALECTO. Nob. V . corpore nigro-brwineo ^ ad giilam verb dilutiore ; capite crassOj depresso : longiludo corporis caudœ- gue, 0,060 -, aiitibrauchii, o,o45 ; alarnm amplitudo , 0,285. Hah. Manille^ in iiisuld Luçon. Le genre Nycticée a été proposé par M. Rafinesque ( Journ. Physique, T. lxxxviii, p. 4 '7) et adopté par M. F. Cuvier dans son grand article sur les mammifères , inséré dans le Dictionnaire des Sciences naturelles ; c'est un petit groupe voisin du genre Vesperdllo des auteurs, et caractérisé principalement par la présence de deux in- cisives seulement existant à la mâchoire supérieuie. Beaucoup d'auteurs ont pensé que le genre Nycticée ne devait pas être adopté; d'autres, au contraire, ont admis avec M. F. Cuvier qu'il devait être conservé : de ce nom- bre est M. Lesson , qui l'a reproduit dans le Complément auxœuvresdeBuffon,T. v,p. 1 1 i,eny ajoutant quelques espèces dont on avait fait des Vespertilions. La nouvelle 8 NYCTiCÉE ALECTO- Nycticée , que nous nommons Alecio, a été recueillie à Manille par l'un de nous-, elle est facile à reconnaître à sa conque auriculaire moins large que haute, ainsi qu'à son oreillon en couteau, c'est-à-dire ( pour nous servir des expressions de M. F. Cuvier, qui a proposé cette dé- nomination) consistant en une lame plus longue que large, et dont le bord interne est courbé tandis que l'externe est presque droit. La tête est épaisse, le museau large et déprimé, et la bouche assez largement ouverte. Les mem- branes alaires sont étroites, mais fort étendues dans le sens de l'envergure, et les deux dernières phalanges sont repliées l'une sur l'autre en zigzag pendant le repos. La membrane inler-fémorale est très ample, et la queue , moins longue qu'elle de moitié, y est entièrement com- prise, si ce n'est par sa dernière phalange , qui est libre à la face dorsale de la membrane \ celle-ci présente à sa face inférieure quelques poils épars. La couleur générale du pelage est noirâtre, changeant au brun à la face inférieure des ailes et au grisâtre sur le museau. Dimensions : Longueur du corps et de la léte. . 0,047 ' P*^* 9 ^^^* <( de la queue 0,01 3 » 6 u de lavant-bras. . . . o,o45 1 8 Envergure. 0,286 10 6 RHINOLOPHE DEUIL. t» RHINOLOPHE DEUIL. RHINOLOPHUS LUCTUS. Temm. Monograph. T. IJ , p. i4, pL 20. ( Variété rousse. Karieias rufa. Nob. ) Nous considérons comme une variété du Rhinolophe Deuil de M. Temminck une autre sorte de Chauve- souris, qui provient,. de même que la précédente, de Ma- nille. Le grand développement de la feuille nasale de ce Rhinolophe fait une des espèces les plus remarquables du genre. Comme l'espèce a été figurée par M. Tem- minck , et décrite avec soin dans ses monographies , ainsi que dans le mémoire qu'il a publié en hollandais dans le Tiijchrift, nous ne la représenterons pas ici. La couleur ordinaire du Rhinolophe Deuil est d'un brun noir, ainsi qu'on peut le supposer d'après le nom de cet animal ; mais , dans la variété que nous décrivons , quoique la feuille soit parfaitement la même, le pelage est généralement roussàtre. Cet animal vient, comme nous l'avons dit, de Manille, ce qu'il importe de noter, les in- dividus qu'a étudiés M. Temminck étant de Java. »0 GEJNETTE DE L'INDE. GENETTE DE L'INDE. VIVERRJ IlSDICA. (PI. 6.) /'. Indica^ GeofF. Catalogue, p. ii3 ; Desmarest, Nouv. Dict. ^ T. VII, p. 170; id. Mamm. esp. Sig V. Raasse , Horsfield ; Fréd. Cuv. livr. 62 F^. Pallida , Gray in Hardwich illustrations of Indian zoology , PI. II. Zlhet hde Java à gueue courte et a////e/ee^Diard, Coll. 3Ius.; Geneltagracilis, raasse et Manillensis. N""**' Ann. du Mus. , II, p. ^i. Habitat in Indise continentalis et insularis regio- nibus plurimis. Le groupe àe?, Fiwna ,w\ que le comprenait Lin- nsBus , a subi de la part des naturalistes modernes de nombreuses et nécessaires modifications • néanmoins on ne saurait se dissimuler que souvent on a trop multiplié les subdivisions génériques. Mais , circonscrit tel que l'ont proposé plusieurs naturalistes moins prodigues, le genre Fivcrra non?, parait très-naturel ; les espèces qu'il renferme (Civettes, Genetfes , Paradoxures, etc. ) possè- GENETTE DE L'INDE. i i dent en effet les mêmes caractères de dentition-, leurs or- ganes du mouvement , à l'exception de quelques légères modifications de la queue et des pattes , sont les mêmes, et leurs habitudes offrent peu de différences. On doit aussi remarquer que la distribution géographique de ces animaux est très-sensiblement la même, et rappelle ce que l'on connaît de plusieurs genres naturels d'animaux , de ceux de l'ordre des quadrumanes , par exemple. La Nou- velle-Hollande et les grandes îles Australiennes ne pos- sèdent aucune espèce du genre Fii'erra; ce fait étonnera peu , si l'on se rappelle combien ces contrées sont pau- vres en mammifères ordinaires {Mamm. vtonodelphes, Blainv.). Mais l'Amérique n'a point non plus de Viverra, et ce n'est que dans l'ancien monde que l'on observe ces animaux : l'Europe n'en offre qu'une seule espèce, encore cette espèce se trouve-t-elle dans plusieurs parties de l'Afrique ; tous les autres Vivcrra sont de celte con- trée ou de l'Inde : la Fossane , V . fossa , appartient à Madagascar. Parmi ces animaux , un seul doit nous occuper plus particulièrement ^ ses caractères nous font reconnaître d'une manière positive que c'est à tort qu'on a distin- gué génériquement les civettes ( civelta ou mieux vi- l'crra) des genettes {geneita). En effet , aucune ligne de démarcation bien distincte ne saurait être établie entre les unes et les autres : les caractères principaux sont les mêmes, et les différences indiquées dans le mode décoloration, la profondeur de la bourse, etc., sont des nuances dont on ne saurait tenir compte \ l'espèce que nous éludions suffirait seule pour le prouver. M. Geoffroy a le piemier donné à cette espèce le nom 15 GE^'EÏTE DE L'INDE. tle Vwerra liuUca. L individu qu'il a étudié existe encore dans les galeries du Muséum de Paris -, mais sa mauvaise j)réparation et TaUération de ses couleurs ne permeltraient point de se faire d'après lui une idée exacte des caractères de l'espèce. Cet individu, rapporté par Sonnerat, n'est point celui que ce voyageur a leprésenté sous le nom deCivelte de Malacca (Voyage aux Indes et à la Chine, T.ii, pi. 91)^ ce dernier, s'il faut en croire M. Desmarest (Mamm. ), était originaire du cap de Bonne-Espérance, et ce fut à Paris que Sonnerat l'observa pour la première fois. L'animal rapporté du voyage de la Favorite provient de la Cochinchine: il a été pris aux environs deTourane; c'est un mâle adulte et dont lodeur forte, quoique agréable, diffère peu de celle que répand le Zibeth {V. zibetha). La collection du Muséum possède plusieurs autres indi- vidus de la même espèce, qui lui ont été rapportés de la côte de Malabar par M. Dussumier ; leurs caractères sont entièrement les mêmes. Nous rapporterons aussi au /^. lii- dica deux Genettes de la même collection envoyées de Java et de Sumatra par M. Diard : l'une d'elles, originaire de Java , est étiquetée Zibeth de Java^ si elle est la même que celle indiquée par ]\L Desmarest sous ce nom (loco cit. ), et nous le supposons volontiers, c'est à tort que M.Gray(Proceed. Soc. zool. Lond., i832, p. 66) rapporte cet animal au J^iverra musanga Horsfîeld (Zool. Res.), qui est, d'après lui, une espèce de Paradoxure (P«ra(/o- xurus musanga). L'autre individu, provenant des collec- tions de M. Diard, est indiqué sous le nom provisoire de Zibeth rayé^ il est de Sumatra. Tous deux sont dune nuance un peu plus sombre , mais celte légère différence autorise à peine la distinction d'une variété , et nous nous GENETTE DE L'INDE 13 croyons fondés, au moins dans l'état actuel, à considérer ces animaux et tous ceux de Tlnde que nous avons in- diqués (l'individu décrit par M. Geoffroy, celui de Tourane, et ceux de MM. Diavd etDussumier) comme de même espèce. Le Viverra Indica se trouve donc à Java, à Sumatra , à la côte de Malabar et en Cochinchine -, ajou- tons qu'il est aussi de laChineetdesPhilippines, et nous re- connaîtrons toute la justesse du nom qui lui a été imposé. Le musée de Paris ne possède point de F. Indien qui provienne de Chine; mais l'animal de cette contrée ; que l'on voit représenté dans les Illustrations qf Indian zoologyàw mdi^ov Hardwich, sous le nom de T^. pallida^ est évidemment de la même espèce ; c'est à tort que M.Gray, l'un des collaborateurs de cet ouvrage, lui donne un nouveau nom. La Genelte indienne a le pelage plus foncé que celui des genettes ordinaires , et sous ce rapport on pourrait la comparer au Genetta pardalis de xM. Is. Geoffroy (Mag. Zool. de Guérin, classe i , pi. 8) . Mais c'est plutôt au Zibeth qu'elle ressemble : de même que lui elle a les pat- tes d'une teinte foncée, et les taches de ses flancs sont nombreuses et simples. Cette espèce n'a point de cri- nière -, le fond de son pelage , chez les sujets adultes comme dans le jeune âge, est d'un fauve-brun avec de nombreuses taches d'une teinte chocolat et qui sont ainsi réparties : une tache en avant de chaque œil, et une der- rière les oreilles , qui sont larges et arrondies ; deux lignes longitudinales sur les côtés du cou , et des rangées assez régulières de points ronds sur les épaules et les flancs ; à mesure qu'on les considère plus supérieurement , les points ou taches confluent davantage les uns vers les 14 GENETTE DE L'INDE. autres , et sur le dos ils sont remplacés par des lignes continues. On peut compter en tout cinq de ces lignes qui sont bien évidentes , et, de chaque côté, cinq rangées de taches -, les deux rangées supérieures se changent en lignes vers les cuisses; les lignes dont nous parlions pré- cédemment, ou les lignes continues, prennent naissance au milieu du dos et se dirigent jusqu'à la queue. Cette der- nière est annelée de la même couleur ferrugineuse et de blanc-jaunâtre; on distingue sept ou huit anneaux blan- châtres et sept de couleur plus foncée : le premier de ceux- ci est incomplet. La base de la queue présente en dessus vji reste des lignes du dos, et les pattes sont d'une teinte de chocolat roussâtre -, le ventre est plus clair ; les lèvres sont blanchâtres en partie. Longueur totale 28 pouces |. De la queue en particulier. . . 11 pouces -j. Les jeunes sujets de celte espèce présentent les carac- tères de Tadulte ; mais les taches brunes roussâtres de leurs flancs sont moins distinctes et le fond du pelage est moins clair que chez les adultes. La livrée des jeunes sujets du genre V^îverra ne pa- raît pas différer de celle des adultes d'une manière essen- tielle : c'est ce que nous offre le F. Indien; c'est aussi ce qu'on remarque chez la Genelte commune du Sénégal. Un jeune de cette dernière , rapporté tout récemment par M. Eug. Robert, présente entièrement le système des taches de l'adulte ; mais, de même que chez le pré- cédent , le fond de son pelage est d'une teinte plus foncée €t son poil est généralement plus doux. Le / . Fossa offre aussi cette particularité. ZIBETH. 15 ZIBETH. VIFERRA ZIBETH A. Linn. Nous avons étudié aussi le Fiverra zihetha d'après un individu qui venait de mourir récemment, et nous avons pu constater quelques-uns de ses caractères que nous indiquerons brièvement. Une crinière, dont la description de Daubenlon ne fait pas mention, existe sur l'épine dorsale du Zibeth, et s'étend des épaules jusqu'à l'orifice de la queue 5 les poils des moustaches sont en grande partie blancs , les supérieurs étant presque tous noirs ^ quelques soies raides de cette dernière couleur partent du dessus des yeux; les soies de la commissure des lèvres sont blanches , leur longueur n'égale pas celle des moustaches. Les ongles des pieds ne sont ni rétractiles ni semi-rétractiles, comme on l'a dit; ils ont la même disposition que chez les chiens; les doigts sont en grande partie réunis sous la peau. L'odeur que répand la matière sébacée du Zibeth est fortement mus- quée : la poche sécrétrice est peu profonde ; c'est un simple repli de la peau du scrotum , assez analogue à ce que l'on voit chez les hermaphrodites mâles de l'espèce humaine. Cette sorte de poche présente à son intérieur «« ZIBETH. quelques poils qui semblent avoir pour usage de rete- nir la matière sécrétée. La queue du Zibeth offre un caractère assez re- marquable 5 elle est comprimée et légèrement courbée en dessous : la flexion en dessus lui est à peu près impossible. Daubenton ( Hist. nat. génér. ,T. xi, pi. 34) 1 qui avait déjà remarqué ce fait, dit qu'il y a ankylose des vertèbres de la queue -, ces veitèbres ne sont point ankylosées, puis- qu'elles sont parfaitement mobiles, mais leur articulation est telle que la flexion en dessous est seule possible. Nous avons cberché dans les figures des ouvrages récents et anciens qu'on a publiées du Zibelh une indication de ce caractère : aucune ne nous l'a montré , la figure la meil- leure est peut-être celle de Daubenton ( loco cit. ) , laquelle a été copiée depuis dans V Encyclopédie. La Civette vient d'Afrique , la Fossane est certainement de Madagascar , mais la patrie du Zibeth est encore incer- taine-, cet animal est très -probablement de llnde. MM. Dussumier, Quoy et Gaimard l'ont rapporté des Philippines-, cependant il n'est pas prouvé que l'espèce elle- même se trouve naturellement dans cet archipel. Nous ne saurions donner des renseignements positifs sur la patrie de l'individu que nous avons observé, cet animal ayant été acquis , pour les galeries d'anatomie comparée , d'un gardien de ménagerie ambulante qui n'a pu nous dire d'où ce Zibeth avait été amené en Europe. L'île de Sumatra possède , assure-t-on , un grand nombre de Zibelhs. PiEPHAGOMYS. 17 Sur le genre P^PHAGOMYS et quelques autres Rongeurs qui Vavoishient. (Pî. 7 et 8. ) L'intéressant animal que M. F. Cuvier a décrit sous le ïiom de Pœ\ylia^omys ater appartient à l'ordre des Rongeurs, et se rapporte à une famille très-nombreuse de cet ordre , celle des Rats ou Muriens, dont la dis- position est encore loin d'avoir été naturellement établie. Ce mammifère n'a encore été trouvé qu'au Chili ( à Valparaiso , à Coquimbo , etc. ). Nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile tie donner du Pœphagomjs , qui n'a été représenté qu'au trait , une figure coloriée ; nous essaierons aussi de faire connaître la place que cet animal doit occuper dans l'ordre des Rongeurs. Le PœpJiagomys ater (i) a le port général des campagnols , et sa taille se rapproche de celle du rat d'eau; sa queue égale à peu près, comme chez les cam- pagnols ordinaires , la moitié de la longueur du corps , et ses oreilles, de grandeur moyenne,- sont presque dénudées. Tous ces caractères feraient prendre le Pœ- phagomys pour un campagnol , et tendraient à le faire placer dans le sous-genre ylrvicola du genre Leminjs j (1) F. Cuvier, Ann. des Se. Nat. ( 2^ série J. Zoologie, T. I, p. 321 , pi. 1.3. Zool. 1' Partie. 2 18 I';E1>HAG0MYS. mais ses dénis ne sont point celles des campagnols ou Leoirnjs. Les molaires des campagnols sont au nombre de trois de chaque côté des deux mâchoires, et leur émail forme des replis disposés en Z. Chez les Pœpha- i^omys'û y a quatre dents molaires partout (|f^ mol.), elles dents ont leur émail formant, autour de la partie éburnée , une ceinture disposée à peu près en chif- fre 8. C'est sur l'inspection de ce caractère des dents molaires que M. F. Cuvier a cru devoir faire des Pce- phagomjs un genre distinct. Ce savant naturaHste n'indique pas d'une manière précise la place que le Pœphagomys doit occuper parmi les Rongeurs , mais il reconnaît qu'il offre avec les Oclodoii de M. Bennett des rapports évidents. Chez les Ptephagomys , la queue est courte, velue, mais non floconneuse , et les dents mo- laires sont toutes didymes , décroissant de la première à la dernière, et présentent la forme que nous venons d'indiquer. Chez les Octodon , que M. Meyen a depuis décrits sous le nom de Dendrohius , les dents sont didymes et en forme de 8 à une mâchoire , et au contraire irrégulièrement triangulaires à l'autre \ de plus, la queue est longue et en balai. Ces caractères , si l'on ne fait d'abord attention qu'aux animaux qui les présentent , paraissent autoriser à faire de ces Rongeurs deux genres distincts -, mais ils deviennent bien moins importants si l'on étudie aussi les espèces voisines de celles qui nous occupent. Quelques-unes de ces espèces présentent en effet des caractères peu différents , et plu- sieurs d'entre elles viennent combler la lacune qui sem- blerait séparer les Pœphagomys des Octodon ; de plus, il en est qui lient ces animaux à plusieurs autres genres de P7EPHAG0MYS. i9 Rongeurs qu'on avait, crus jusqu'ici en èlre parfaitemeiii distincts. On recoîmait alors qu'il est difficile d'admettre que les uns et les autres puissent devenir, ainsi que l'ont voulu les auteurs , autant de genres particuliers. Le même fait se représentera également pour divers ani- maux des autres classes que nous étudierons, et particuliè- rement dans celle des Reptiles : les groupes dans lesquels on réunit les espèces paraissent d'abord circonscrits et bien tranchés ; mais, à mesure que de nouvelles espèces se présentent , la fixité des caractères semble s'altérer , les hiatus se comblent peu à peu, et l'on n'a, le plus sou- vent, au lieu des genres si distincts qu'un premier travail avait fait établir , qu'une série d'espèces toutes îiées entre elles par des rapports intimes et qu'on ne saurait séparer en genres , ou en familles rigoureuse- ment définies. On peut alors constater aisément que les caractères qu'on avait considérés comme génériques n'ont pas autant de valeur qu'on leur en avait accor- dé 5 toutefois , si l'on sait les employer d'une manière convenable, on peut arriver à une disposition très-natu- relle des espèces. Depuis que M. F. Cuvier a publié la description du Paepbagomys, deux naturalistes, à notre connaissance, se sont occupés de classer ce Rongeur ; ce sont MM. de Blainville en i834 (cours de la faculté des Sciences ), et M. Is. Geoffroy en i835 (cours deMammalogie du Mu- séum). M. Is. Geoffroy place le Pœpbagomys entre les Hamters ou Cricetus, qui ont| molaires de chaque côté, et les Capromys qui en ont { ; les uns et les autres sont des rongeurs de la famille des rats, M. de Blainville fait de cet animal une espèce de la même famille , 20 P^PHAGOMYS. et il le rapporte à la section des Muriens à dents mo- laires |, et non tuberculeuses ; celte section comprend un grand nombre d'espèces qui se partagent assez bien en plusieurs genres, parmi lesquels il en est qui ont les replis émailleux des dents molaires simples , tandis que d'autres les ont plus compliqués. Ceux-ci sont les Hérissons ou Hystiîx , les Castor, les Mjopolamjs et les Capronijs ; les premiers, ou ceux chez lesquels les dents sont peu compliquées , sont les Helarnjs , les Echimjs, les Callomjs, et ceux que M. de Blainville nomme Oryc- towys. L'étude que nous avons faite de ces animaux nous permet d'apprécier toute la justesse de ce rapproche- ment et de les disposer ainsi qu'on le voit ci-dessous. On doit avoir égard, pour arriver à ce résultat, non-seule- ment aux dents , mais encore à divers autres caractères. Nous ne nous occuperons que des espèces américaines des genres Callomys et Oryctomys , qui tous deux appartiennent, comme nous l'avons vu , à la famille des Rongeurs Muriens. I. — Queue plus ou moins courte, non floconneuse, ^et semblable à celle des Campagnols ; membres à peu près égaux , queue de moyenne longueur ; dents simples. Genre Oryctomys, Blainv. A — Les abajoues plus ou moins considérables. a) doigts 4*4 "^ Diplostoma, Rafin. b) doigts 5-5 , pouces des antérieurs quelquefois très-courts. ■*' Ongles puissants, très-inégaux , pouce antérieur distinct. Saccophoms. Kubl. P^PIlAGO^iYS. 21 ** Ongles à peu [près égaux , pouce antérieur presque nul -, dents molaires didymes. Saccomjs. F. Cuv. B — Point de grandes abajoues , des ongles fouisseurs à peu près égaux et présentant ordinairement à leur base quelques poils raides dirigés en avant. c ) Les dents toutes didymes, à peu près en forme de 8, voisines de celles des Saccomys. Pœphagomjs.F.Ciiv. d) Les dents toutes virguliformes ; poils enj, brosse recouvrant les on- gles, qui sont bien développés. (PI. 8, f. 2,) Ctejioniys (i). Blainv. II. — Queue longue, floconneuse , en balai; molaires presque toujours lamelleuses. Genre Callomys , ïs. Geoff. et d'Orb. C — Dents molaires nou lamelleuses , irrégulièrement triangulaires à une màcboire, didymes et à peu près en 8 à l'autre. (PI. 8, f. 3.) e) Doigts 5-5. Ocf or/07/ (2). Ben n. D — Molaires lamelleuses. (Vrais Callomys.) f) Doigts 5-4- Chinchilla. Benn. g) Doigts 4-4- Lagotis. Benn. h) Doigts 4-3. Lagostotnus . Brookes. (1) Ce sous-genre paraît être représenté en Afrique par les Ctenodactjlus ^ Gray ; mais ceux-ci ont ' molaires seulement. (2) Le sous-genre Octodon , Bennett (Proceed. Zool, Soc. Loiid. 1832), ou Deiidrobius, Meyen {Nova actu cur., xvi, pi. 44), O.evra certainement , à cause de ses dents, être reporté parmi les 22 PvEPHAGOMYS. Le soas-genre Lcigosfoinus y ddi\s lequel on doit, suivant M. Meyen, admettre plusieurs espèces, est celui auquel la Viscache sert de type. Le {jroupe des Lasotis comprend les Lagolis CimeruetpallipesBenneitÇTrans. Zool. Soc. Lond.,T. 1)5 le premier est aussi le Lagidium perudinim, Meyen ( loco cit. ) ; ces animaux et le Chinchilla for- ment le genre Callomys de MM. Is. Geoffroy et D'Orbi- gny, qui devra être conservé, si l'on ne veut faire aut^mt de genres, ou à peu près , qu'il y aura d'espèces. Nous ne connaissons le genre Galea de M. Meyen que par ce qu'en a dit ce naturaliste. M. Meyen l'a établi dans le T. xvi ^ des Nova u4cta ciiriosorum , p. 597 , pi. 4^ •> ^S- 4"7 1 d'après une tête desséchée trouvée à l'entrée d'un terrier. La figure qu'il donne de ce mammifère ( Galea Mus- leloïdes , Meyen ) ne permet pas de douter que ce ne soit une espèce de Cabiai , très-voisine du Moho ou Cavia rupestris^ dont M. F. Cuvier fait son genre Kero- don, si ce n'est leMo/.o lui-même, (i) Revenons maintenant sur quelques-unes des espèces du genre Orjctomys,en commençant par celle du groupe des Saccophorus de Kuhl ou Ascomys, Licl»t. Les Saccopho- Oryctomys, quoique sa queue ait quelque chose de celle des Chin- chillas. (PI. 8 , ûg. 3, empruntée à M. Meyen.) (I) Nous avons observé, dans la collection anatomique du Mu- séum, la tête osseuse d'un rongeur à molaires ^ , qui paraît ap- partenir à une espèce de la famille des Caviens . Les trois premières molaires de cet animal sont toutes didymes et à peu près en forme d'il ; la quatrième est à trois divisions et représente assez bien la lettre M. Nous nous bornerons à indiquer et à figurer pi, 8, f. 1 , cotte tète, qui a été recueillie par M. Gaudichaud sur la montagne de Coquimbo. P/EPilAGOVSYS. 23 ;w5sonlassez inlimementliésauxiSûtccom/^^ qui établissent évidemment un passage entre eux et les Pœphagomjs. On connaît exactement deux espèces parmi ces animaux, le Mus hursarius de Shaw ( Saccophonis hursarius, Kuhl , Ascomys hursarius, Lichtenst. ), ^\.\ Ascomys Mexicanus ,\Àç\\\ç,x\%\.. Ces deux espèces se distinguent assez facilement par les caractères de leurs dents incisives et quelques autres différences; nous en avons observé une troisième , Oryctomys ( Saccophonis ) Bottœ , Blainv. Mss. 1° Le Mus hursarius , ou première espèce du groupe des Saccophorus, se trouve principalement aux États-Unis et dans le Canada; sa couleur est roussâtre et ses dents incisives présentent antérieurement deux sillons , l'un médian très-marqué , lautre moins évident et placé au bord interne ; les deuxième et troisième molaires du Mus hursarius sont ovalaires transverses. Longueur totale lo pouces. — de la queue seule. . 3 pouces. 2° Ascomys Mcxicanus, Lichtenst. et Brandt.:Z'«ta//, Fernandez. ( PI. 8 , fîg. 5 et 6. ) Dents incisives supérieures présentant un seul sillon submédian , les deuxième et troisième molaires ovalaires transverses. Longueur totale , i pied. Cette espèce vit au Mexique; sa couleur est brune ';ou d'un^ roux marron -^ nous avons observé celle dernière variété. h^lOryctomys ( Saccophorus ) Bottœ. (PI. 8, fi g. 4- ) Les deux précédentes espèces se distinguent, ainsi que 24 P^PHAGOMYS, nous venons de le dire, assez hien entre elles ; mais celle-ci peut être caractérisée d'une manière encore plus tranchée : ses incisives supérieures n'ont point de sillons verticaux 5 peut-être cependant pourrait-on admettre que le sillon du bord interne est représenté par une très-légère im- pression. Le sillon médian n'existe point, et les deuxième et troisième molaires de la mâchoire supérieure sont en forme de cœur de carte à jouer , au lieu d'être régulière- ment ovalaires : l'extrémité aiguë de celte sorte de cœur est du coté externe -, la première molaire est didyme . et la quatrième est irrégulièrement arrondie-, les molaires inférieures diffèrent très-peu des supérieures. La couleur est d'un fauve roussàtre, plus clair à la gorge et sous les abajoues ; les cuisses et les jambes sont fauves comme le corps, et les quatre extrémités sont d'un blanc sale. Longueur totale 8 pouces — de la queue en particulier. 2 Cette espèce a été étudiée d'après un individu ap- porté de Californie , il y a peu d'années , par M, Paul^ Emile Botta. 'VQrycLoinys Boitœ appartient à la collection de la faculté des Sciences. Nota. La Planche 7 représente le Pœplmgomys atep réduis nux ti'ois quarts de sa grandeur naturelle, la ligure adonne la tète de cet animal et b ses molaires supérieures grossies. — La figure 7 de la pi. 8 représente la lète d'une autre espèce d'O/j^c- tomjs , la grande (aupe du Cap , Mus mariUmiis , Gmcl. HYDROMYS. 2.^ HYDROMYS A VENTRE JAUNE. HYDROMYS CERYSOG ASTER, Geoff. Nous ne ferons qu'indiquer cette espèce , dont noui> avons pu nous procurer une peau à la terre de DIémen. Les Hydromys ont été pendant long-temps considérés, avec le Pteropus poliocephaïus ÇTemm.)^ comme les seuls mammifères monodelphes propres aux terres de la Nou- velle-Hollande; il parait néanmoins, d'après des observa- tions récentes, que d'autres animaux de la même sous- classe sont aussi indigènes du continent australien. Ainsi M. Gray (Proceed. Zool. Soc. Lond. ) a fait connaître le P.seudoinys australis découvert par M. Cunningham dans cette partie du globe, et M. Licbtenstein a décrit sous le nom à'Hapalods albîpes un autre mammifère type d'un nouveau genre de l'ordre des Rongeurs, et qui a quelques rapports avec les Chinchillas. Quoique nous n'ayons pu nous procurer en nature V Hapaloiis ni le Pseudomysy nous avons cru cependant qu'il était bon de les indiquer , pour appeler principalement sur eux l'atten- tion des voyageurs. 26 CERF DES MOLUQUES. CERF DES MOLUQUES. CERFUS MOLUCCENSIS. Quoy et Gaimard , Voyage de FAslrolahe ^ pi. 24 de l'Atlas zoologique. Nous rapportons à l'espèce du cerf des Moluques, que MM. Quoy et Gaimard ont décrit et fait représenter avec tant de soin, la race nombreuse des cerfs que Ton observe à Luçon , la principale des îles Philippines. Le jeune âge de cet animal, dont nous avons déposé au Mu- séum un individu conservé dans l'alcool, est remarquable par son pelage d'un brun fauve uniforme, comme celui des adultes, et sans aucune tache ni livrée. Une femelle du cerf des Moluques, prise depuis quelque temps à Manille, nous a offert la curieuse particularité de porter un bois presque aussi volumineux que celui des mâles. Nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur l'état des fonctions génératrices de cette femelle , ce qu'il eût été cependant intéressant d'obtenir, pour savoir si elle avait perdu, comme il arrive très-souvent dans le même cas , la faculté d'engendrer. DIDELPIIES ET MONOTREMES. ?7 *■"*■*-■*■■» ^■^.-^'^'^ ^.^ ■*■■*. ^ » •-•H.^X.^'V*.^.'^-*/^-* L ^^'«.^,^-%.-^'^.^^^^.-^-%^-«'>.-V%-'^'« ^.'^'«.-^ DIDELPHES ET MONOTREMES. Nous renvoyons, pour ce qui concerne les observations anatomiques et zoologiques sur les Didclphes et \e?,Mouo- trèmes ou Ornithodelphes , recueillis pendant le voyage de la Favorite, à ce qui a été dit sur ces animaux dans la première partie de cet ouvrage. •^**^"^'* ^^^^'■^^^*^'*"V^-*-'V^'V*^'^-^^'^X.V^>.-V^^'^^ OISEAUX. ARACARI A CKETE BOUCLÉE. RHAMPHASTOS (Pteroglossus) ULOCOMUS\ (PI. lo. ) Pt. iilocomuSy Gould, Proceed. Zool. Soc. Lond., 1 833, p. 38 , et Monographj of Bhaniphasddœ. Le genre linnéen des Rkamphaslos, dont un ornitho- logiste anglais , M. Gould , a publié récemment une si belle Monographie , a été partagé par Illiger en deux groupes qu'on a considérés comme étant autant de genres distincts : ce sont les Rhaniphnstos proprement dits ou vrais Toucans, et les Pteroglossus, en français Aracari. Aces deux groupes, M. Gould(Proceed. Zool. Soc, i834, p. 147) en ajoute un troisième qui parait leur être in- termédiaire , et comprend les Pleroglossus sidcosus , Swains.,etP/vz5//»<^^Licht., ainsi qu'une nouvelle espèce, Pt. hœinafopjgus , Gould. L'espèce de Rkamphaslos que nous avons fait figurer appartient au sous-genre Pteroglnssus. 30 ARACARl A CRÊTE BOUCLÉE. Il est probable que le premier individu de cette jolie espèce a été rapporté en France, et peut-être en Europe, par celui de nous qui a fait en qualité de cbirurgien- major la circumnavigation de la corvette la Favorite , sous le commandement du capitaine Laplace. Ce bel oi- seau , q\ii est aujourd'hui encore le seul que possède le Muséum de Paris , fut recueilli au Para par M. le Dr. Bonneau. Les circonstances n'ayant point permis de pu- blier aussitôt que nous l'aurions désiré les principales observations zoologiques faites pendant la longue cam- pagne de la Favorite , l'oiseau qui va nous occupera été nommé et décrit par un naturaliste étranger , M. Gould, auquel l'ornithologie doit de si précieuses monographies. Nous avons pensé néanmoins qu'il ne serait pas sans intérêt de décrire dans cet ouvrage le P. ulocomus et d'en donner une figure exacte. L'individu que nous avons représenté diffère sous quelques points de ceux qu'a figurés M. Gould dans sa Mono^raphy of Rharnphaslidce ; mais il présente néanmoins les principaux caractères de ces derniers , et les plumes de sa tête ont la même disposition , c'est-à-dire qu'elles sont sans barbes, élargies en forme de lamel- les fort minces et roulées en copeau. Ces plumes sont d'un noir profond d'ébène et très luisantes -, en arrière de l'occiput elles perdent leur caractère bouclé et devien- nent graduellement droites, grises et en forme de spatule. Lcj plumes des joues offrent aussi ce dernier caractère } mais d'une manière plus prononcée ^ elles sont d'un jaune pâle qui se change en noir vers leur extrémité. Nous n'insisterons pas davantage sur la description ; faisons seulement remarquer que notre individu diffère surtout ARACARI A CRÊTE BOUCLÉE. a de ceux de M. Gould, i" en ce qu'il offre sous le venlie une bande transversale d'un rouge écarlale , plus large sur les côtés qu'au milieu , où elle est un peu mélangée de jaune ; 2° par un piqueté noirâtre en avant de la gorge, et écarlale sous cette même partie (les figures de l'auteur anglais présentent des lignes transverses rouges peu nom- breuses) 5 3° par les couleurs du bec, qui sont plus foncées. CesMifTérences sont, comme on le voit, peu importantes, et elles tiennent certainement à l'âge de l'oiseau observé, qui nous parait être un jeune mâle • quant aux autres caractères', ils sont absolument les mêmes. Les plumes en palette qui garnissent la tête de celte espèce sont certainement ce qu'il présente de plus remar- quable. Rien d'analogue ne saurait être indiqué dans les autres espèces du même genre , et quoique , dans la série ornilbologique, on trouve plusieurs espèces chez lesquelles se remarque une disposition plus ou moins semblable, ces espèces ne sont pas très nombreuses. Nous voyons ce caractère bien développé chez le Bec-ouvert (^jénastomus lamelligerus), ainsi que chez le Coq Sonnerat ( Gallus Sonnerati) , el chez une espèce d'Ibis de la Nouvelle- Hollande ( New Holland Ibis de Lalham) , sur laquelle M. de La Fresnaye vient de publier une intéres- sante notice dans le Magasin de Zoologie. Diverses autres espèces présentent aussi des particularités analo- gues, mais moins remarquables -, les petites plaques qui se développent à certaines époques à l'extrémité des pennes des Jaseurs ( Bomhjcilla) en sont un exemple. On peut également citer la petite dilatation que présentent les ba- guettes des pennes de quelques Pics, les plumes en copeau des jeunes Autruches, clc.^ etc. 32 TYRAN GUTTURAL. TYRAN GUTTURAL. TYRANNVS GUTTURJLIS , Nob. (PI. II.) On peut donner le nom de Tyran guttural, T. gutùit* ralis , à cette nouvelle espèce de Tyran , parce qu'en effet son caractère le plus saillant est d'avoir la gorge et tout le haut du cou d'un blanc sale, strié longitudi- nalement de lignes noirâtres dont la principale est placée sur la ligne médiane et plus éloignée des autres que celles-ci ne le sont entre elles. La tête et tout le dessus du corps sont d'un gris - brun , avec quelques taches un peu plus foncées sur les plumes de la tête, qui sont assez rudes et à barbes comme usées ; le dessous du corps est d'un brun légèrement roussâtre sur la poitrine, et passe sur le ventre et sur le dessous des ailes à une teinte rousse plus prononcée ^ les couvertures inférieures de la queue et le fouet de l'aile sont aussi de celte couleur; les pennes alaires sont d'un brun léger et plus foncé que le dos, et bordées de grisâtre à leur côté externe; leur première rémige est plus petite que les trois suivantes (qui sont à peu près égales), et comme régulièrement découpée à son extrémité interne ; la queue est carrée , TYRAN GUTTURAL. 33 à pennes brunes comme celle des ailes, l'interne étant d'un gris nuancé de roussàtre à son côté externe. Bec droit, fort, et subitement terminé en crochet à son extrémité : mandibule supérieure brune 5 l'inférieure jaunâtre, mais lavée de brun sur les côtés. Pieds robustes, noirs ainsi que les ongles. Longueur totale 10 pouces (o'",^^). — de la queue. . . 4 i^* (0,108). — du bec depuis sa commissure. 18 lignes. Le Tyramius gutliiralis vit au Chili. Ce n'est qu'avec hésitation que nous décrivons comme différant spécifiquement âa T. gutcuralis un autre oi- seau du Chili tué à Coquimbo par l'un de nous, et qui nous a offert quelques traits caractéristiques assez tran- chés. Cet oiseau , que nous nous bornerons à indiquer, est d'un bon pouce moins long que le précédent • son bec est plus faible, et tous les parties de son corps , pat- tes , ongles , queue , ailes, etc. , offrent aussi la même disposition, mais ont également de moindres dimensions. De plus , les lignes noirâtres de la gorge sont très-peu marquées, le roux du ventre est moins vif, la première penne de l'aile est entière au lieu d'être découpée , et les rectrices sont toutes , à l'exception des deux médianes , teintes de blanc sale dans leur tiers postérieur et sur toute l'étendue de leurs barbes externes , ce qui n'a pas lieu chez le Gutturalis , et les pennes secondaires de l'aile sont, ainsi que deux des primaires , bordées de blanc à leur extrémité;; les tarses sont noirs comme ceux du Guttu- ralii , mais ils sont moins forts et le bec est également plus Zool. 2" Partie, 3 34 TYRAN GUTTURAL, réduit el presque entièrement noirâtre. On ne voit pas (lu tout (Je lignes brunes sur la tète , et la couleur brune des parties supérieures est elle-même moins foncée ; les ailes et la partie brunâtre de la queue le sont aussi beau- coup moms. M. Eydoux s'est assuré par la dissection que l'oi- seau que nous décrivons présentement est un mâle ^ il a noté aussi que son iris était d'un jaune-clair. Cet oiseau est-il le jeune âge ou quelque variété du précédent, ou bien doit-il constituer une espèc;e à part? c'est ce qu'il n'est pas permis de décider d'une manière complète. Néanmoins l'observation de l'un de nous , que l'individu étudié avait ses organes mâles développés, pourrait faire croire qu'il avait atteint l'âge adulte , ou qu'il en approchait beaucoup , et dès-lors la différence de taille ne devient explicable qu'en admettant que l'espèce ou au moins la variété est autre. Beaucoup d'oiseaux que l'on considère comme de même espèce nous présentent des variations analogues : c'est ainsi que l'on sait que parmi beaucoup de Cuculus étrangers , il y a toujours des individus plus grands et d'autres plus petits d'un tiers. L'étude des mœurs pourra seule nous apprendre si ces oiseaux constituent réelle- ment des espèces différentes, ou bien s'ils ne sont que de simples variétés produites par les circonstances. Nota. Depuis la composition de cette feuille, l'espèce que nous avons nommée Tyvannus gutturalis a été décrite par 31. Kilt- litz [Mc'm. }>rc'senies à V Ac. de Saint-Pétersbourg par divera savants, T. u , p. 4G6, pi. 1) sous le nom de Tliaviiiophilus lividus. MERLE A MIROIR BLANC. 35 M'X^^'*-'*--^'*^^'».'*'^^^%^^^'*^*''*^*^*'^'^^*''V^^V*''V^'fc^^«^ MERLE A MIROIR BLAINC. TURDVS ALBO-SPECULARIS, Nob, (PI. 12 et i3.) Celte belle espèce de la famille des Merles , dont , grâce à Textréme obligeance de M. FI. Prévost , nous pourrons décrire le mâle et la femelle, appartient h. l'ile de Madagascar , qui a déjà fourni aux naturalistes tant d'objets intéressants et qui semble loin d'être entièrement connue. Le Merle à miroir blanc parait devoir être classé près de la section des petits-merles de M. Lesson ^ ses caractères , dans l'un et l'autre sexe , sont les suivants : La queue est étagée , médiocre 5 les tarses sont faibles, à sculelles élevées comme chez les stournes , Lamprotoruis Temm. ; les ailes courtes et à quatrième rémige la plus longue ; les narines latérales et percées sur le rebord du front. Le innle adulte (pi. 12) a tout le corps d'un beau noir brillant, nuancé d'une légère teinte bleuâtre avec deux taches d'un blanc très-pur sur les couvertures alaires ^ les pennes rémiges et les rectrices sont noires comme le corps , et jouissent à leur face su- périeure d'un éclat aussi vif-, la face inférieure est au contraire d'une teinte plus mate, et l'on voit sur les 36 MERLE A MIROIR BLANC, couvertures inférieures de la queue , ainsi qu'aux plu- mes des cuisses et à celles qui garnissent la face in- férieure des ailes, quelques traces de blanc plus ou moins prononcées. Longueur de la queue en particulier. 2 p*^*^^ ~ environ. — du bec depuis la commissure. 9 lignes. — des tarses 10 lignes. Femelle adulte (pi. i3) : elle présente les mêmes dimensions que le mâle , mais son plumage est générale- ment brun varié de roux plus ou moins vif, suivant les diverses parties. La poitrine passe au gris plombé ainsi que le devant du cou. Le dos est brun, légèrement nuancé de roux cannelle sur les lombes ; la queue est noirâtre ainsi que les ailes , qui ont aussi une double tache blanche , mais moins séparée sur leurs couvertures supérieures ; le ventre est roussàtre et les cuisses sont variées de brun et de blanc au lieu de Têtre de noir et de blanc , comme chez le mâle. Celte espèce dont nous n'avons vu que deux individus, habite Madagascar ; ses mœurs nous sont entièrement inconnues. TURDOIDE OCCIPITAL. TURDUS OCCIPITALIS, Coll. Mus. (PI. .4.) M. Lesson a cité dans son Traité d'ornithologie , p. 410, comme ayant été décrite sous ce nom par M. Teni- TURDOIDE OCCIPITAL. 37 îïiinck , une espèce de Merle voisine des Turdoides, dont nous n'avons pu retrouver la figure ni la caractéristi- que dans les ouvrages de ce savant ornithologiste , et M. Temminck lui-même auquel nous l'avons montrée nous a dit qu'il n'avait point publié d'oiseau semblable. M. Lesson est le seul ornithologiste qui, à notre connais- sance au moins, ait parlé du Turchis occipitalis ; mais il s'est borné à le mentionner comme existant dans la col- lection du Muséum , où nous avons en effet retrouvé , avec l'étiquette de Tardas occipitalis Temm., un oiseau rapporté de Manille par M. Sonnerat. Cet oiseau, qui n'a point encore été décrit, est de même espèce qu'un autre individu rapporté de la même localité par M. Eydoux ; c'est ce qui nous a engagés à représenter ce dernier, et à en faire la courte description qui A^a suivre. Couleur du dos et des ailes brune, lavée de jaune verdâtre 5 dessous du corps blanchâtre , varié de jaunâ- tre -, gorge blanche , bas du cou cendré , une tache bronzée sur chaque joue -, tête présentant une calotte noire bordée par une auréole blanche 5 queue de la cou- leur du dos en dessus , brunâtre en dessous ; bec et pieds noirs. Longueur totale, n pouces 5 lignes (o,qio). 38 PIPIT YAPJOLE. PIPIT VARIOLE. JNTHUS VARIEGATVS. (PI. i5. ) Vieillot, Now^. Dict. , T. xxvi, p. 499- Cette espèce, que Buffon a fait le premier connaître sous le nom à' Alouette à dos roux (pi. enl. 738) , et que Gmelin , Latham , et tous les ornithologistes plus modernes ont laissée confondue avec les Alouettes sous le nom ô^AUiuda riifa, est un véritable Pipit, ainsi que l'a reconnu Vieillot. Ce dernier naturaliste lui a donné dans le Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle (Dict. de Déterville) le nom à'Anthus variegatus , qui devra maintenant lui être conservé. Peut-être eût-il été plus convenable de l'appeler Anthus rufus, afin de faire mieux sentir que celte espèce était la même que ÏAlauda rufa ; mais l'épithète de rufus avait été appliquée à un autre Pipit , le Pipit rousselin , Anthus rufus Vieill., dont M. Temminck remplace le nom par celui à' Anthus riifescens (i). (l) Manuel d'ornithologie. PIPIT VARIOLE. a» \jAnLhus variegatus a été représenté dans son sexe mâle seulement parBuffon (loco cilato). Depuis ce célè- bre naturaliste , aucun auteur , si ce n'est tl'Azara ( Ois. du Paraguay) , ne s'en est occupé d'une manière origi- nale, et la figure de Buffon est la seule que l'on possède. C'est ce qui nous a engagés à faire représenter le sexe femelle , qui offre d'ailleurs beaucoup de différences dans son système de coloration. La disposition des ongles et des pieds de l'oiseau qui fait le sujet de cette notice , et surtout la forme de sou bec, qui est très-nettement échancré , ne permettent point de douter qu'il appartienne au genre Pipit. Ses mœurs sont très-probablement les mêmes que celles des espèces de ce groupe , mais elles sont encore peu connues ^ n'ayant point eu l'occasion de les étudier suffisamment, nous rapporterons ce qu'en dit d'Azara : u Cette Alouette arrive, dit-il, au Paraguay en hiver-, son vol est léger, sa course rapide et ses mouvemens très-vifs. Elle saisit les mouches à terre et au vol ^ quelquefois elle se pose sur les plantes hautes , mais elle se tient presque toujours à terre , et principalement dans les chemins , les enclos , les grandes cours et le bord des élangs. » ( F'oj. d'Azara, édit. fr. , par Walckenaër , t. m, p. 32i.) Le mâle de cette espèce (enl. 7 38) mesure 4 pou- ces 6 lignes de longueur (0,121), depuis l'extré- mité du bec jusqu'à la fin de la queue ;, tout le dessous de son corps , les ailes , la tête et le cou , ainsi que la queue, sont d'un brun foncé presque noir. Le dos et quelques plumes des épaules sont au contraire d'un roux cannelle uniforme. Le bec est noir et long de 7 lignes , depuis la commissure du bec jusqu'à la pointe de la 40 PIPIT VARIOLE. mandibule supérieure; les pieds offrent la même teinte. Voyez la tête de cet oiseau à la planche i5, figure a de cet ouvrage. La femelle et le jeune mâle ne diffèrent point pour la taille 5 leurs pattes et leur bec ont aussi la même dis- position et sont colorés de même ; mais le jeune a le roux du manteau beaucoup moins vif et sa gorge est grivelée de petits traits gris ou blanchâtres. La femelle (planche i5) est généralement d'un gris cendré, avec une très-légère nuance rousse sur le dos et un peu de brun sur les ailes et la queue -, les couvertures infé- rieures des rectrices sont blanchâtres et les barbes externes de ces dernières à peu près de même nuance. D'Azara observa cet oiseau au Paraguay, les individus que nous avons représentés et tous ceux que nous avons pu nous procurer sont du Chili. MANAKIN DE LAPLACE. 41 MANAKIN DE LAPLACE. PIPRJ LAPLACEI, Nob. (PI. i6. ) Les genres Manakin , Pipra L., et Pardalote, P arda- lotus Vieill., que Cuvier et quelques autres ornithologis- tes ont placés très-loin l'un de l'autre, paraissent cependant se lier assez intimement , et le caractère principal qui les distingue, celui des doigts internes et externes réunis ou non réunis à leur base, n'est pas toujours facile à bien constater. Aussi M. Lesson, dans son Manuel d'ornitho- logie , les avait-il considérés comme deux genres d'une même famille, celle desPipradées (Man. I, p. 261)5 mais dans l'ouvrage qu'il a publié depuis sous le titre de Traité d'ornilh. , il abandonne cette manière de voir, et place les Pardalotes parmi les Mésanges ( ySgithales Vieill.), tandis qu'il laisse les Manakins dans la famille des Pipradées à laquelle ils servent de type. Mais néan- moins il ne paraît point entièrement arrêté à sa nouvelle opinion , car dans sa Centurie zoologique ^ il avoue que le genre Pardalote n'est pas très-nettement circonscrit, et il dit, en décrivant son Pardalotus Pipra, que les caractè- res mixtes de cet oiseau porteraient à en faire un petit genre intermédiaire à ceux des Pardalotus et des Pipra, 42 MANAKirV DE LAPLACE. si le genre Pardaloîe n'était pas lui-même pea caracté- risé. L'espèce que nous allons faire connaître est une nouvelle preuve à l'appui de cette opinion • très-semblable par plusieurs de ses caractères aux Pardalotes, et particu- lièrement au Pardalotus Pipra, elle appartient néanmoins au véritable genre Manakin par sa patrie et le commen- cement de syndactylie qui s'observe à ses pieds. Au premier aspect on la prendrait pour le Pardalote Manakin lui-même : la fraise violette qu'elle présente de même sur les côtés du ventre ne contribue pis peu à oc- casioner cette méprise 5 mais ses autres couleurs ont une teinte différente, et leur distribution n'est pas précisément la même ; la taille est aussi plus considérable. D'ailleurs l'une vient d'Amérique comme tous les Manakins, et l'au- tre est de l'Archipel asiatique, ainsi que tous les Par- dalotus; mais cependant, pour que la comparaison soit plus facile, nous ferons suivre notre description de celle qu'a publiée M. Lesson du Pardalotus pipra. Le Manakin de Laplace est d'un brun foncé , très- légèrement nuancé de roux sur toutes les parties supé- rieures, à l'exception du croupion, qui est blanc. Ses ailes et sa queue sont d'un brun noir et le dessous de son corps est aussi en grande partie brun , mais plus clair et mé- langé de blanc sur le milieu du ventre 5 les couvertures inférieures de la queue sont blanchâtres , salies de roux , et on distingue de chaque côté des flancs , à peu près vers le milieu de l'aile une petite touffe de plumes violettes , très-caractéristiques , et qui produisent un effet assez agréable. Le bec et les pieds sont noirâtres, et la longueur totale est de 4 pouces deux lignes (o"',ii3)-, les ailes atteignent jusqu'à l'extrémité de la queue qui est carrée. MANAKIN DE LAPLACE. 48 Ce joli oiseau provient de la Guyane; nous l'avons dédié à M. Laplace, commandant de la Favorite et capi- taine de vaisseau de la marine royale. Nous joindrons à cette notice la description du Par- dalotus Pîpra , telle que M. Lesson l'a donnée dans la Centurie zoologiquc y page 8i. « Cet oiseau (figuré à la planche uô du même recueil) a les tarses noirs, ainsi que le bec, qui est seulement blan- châtre en dessous de la mandibule inférieure. La tête, le dessus du cou, et le dos jusqu'au croupion, sont d'un gris brunâtre cendré. Les ailes et la queue sont brunes avec une teinte roussâtre 5 la gorge et le devant du cou sont de couleur dérouille, et les plumes du thorax , des flancs et de l'abdomen sont brunes, rayées de blanchâtre. Les plumes de la région anale et les couvertures infé- rieures de la queue sont rousses. Ce qui distingue au premier abord cet oiseau, ce sont deux touffes de plumes latérales , formant de chaque côté , vers le tiers supérieur de l'aile , un faisceau d'un violet pur et brillant. « M. le docteur Reynaud a découvert cet oiseau à Trinquemalé , sur la côte de Ceylan. » Ajoutons que le Pardalotus Pipra , dont nous avons vu un individu dans le Musée Masséna , est d'un tiers plus petit que le Pipra Laplaceî. 44 MOINEAU DIUCA. MOINEAU DIUCA. FRINGILLA DIUCA. (PI. 17.) Fr. Diuca Molina, Hist. du Chili; Kittlitz, Mém. pré- sentés par div. savants à l'Ac. de Saint-Pétersbourg , T. I. Nous ne dirons que peu de mots sur cette jolie espèce de Fringille que Molina, dans son Histoire naturelle du Chili y appelle de son nom de pays Diuca. Le Fr. Diuca n'a été représenté dans aucun ouvrage français ^ la seule figure que nous puissions indiquer de cet oiseau , celle qu'en a donnée le baron de Kittlitz , est consignée dans un recueil étranger et fort rare. Le Fringilla Diuca mesure 7 pouces (0,186) depuis l'extrémité du bec jusqu'à la fin de la queue-, ce carac- tère, joint à celui de sa coloration, en fait une espèce très-remarquable 5 tout le dessus de sa tête , le tour de ses yeux et son dos sont, ainsi que le dessus et les côtés du cou , le haut de la poitrine et les flancs, d'une teinte plombée uniforme , qui n'a véritablement rien de bleu et ne saurait mériter à l'espèce le nom (Oiseau bleu du Chili) que\ieillol lui a imposé dans son article Fringili.f, à\x Nouveau Dictionnaire, T. xii, p. 245. Les ailes et la MOINEAU DIUCA. 45 queue sont également plombées, mais d'une teinte plus fon- cée; et la queue, qui est carrée , présente, à l'extrémité in- terne de ses rectrices , des taches blanches plus grandes sur les pennes les plus externes et qui ont disparu sur les qua- tre médianes. Le milieu du ventre est d'un blanc lavé de roussàtre , ainsi que les couvertures inférieures de la queue et une partie de l'espace appelé crissum par quel- ques ornithologistes 5 la gorge et la région antérieure et supérieure du cou sont de couleur blanche, séparée du blanc roussàtre du ventre par une large bande trans- versale de gris plombé , qui se confond avec le gris du dos et des côtés. Le bec, brun à sa mandibule supérieure, est plus clair à l'inférieure 5 il n'a point le tubercule caractéristique des vrais Bruants, et se rapproche assez, pour la forme, de celui du JFrùigilla domesdca, dont le ///«ca diffère un peu par la taille, mais avec lequel il a de commun plusieurs particularités de ses habitudes. Les tarses de cet oiseau sont bruns et longs de 6 lignes , et le pouce est pourvu d'un ongle assez long et courbé comme cela se voit d'ailleurs chez presque toutes les espèces du même groupe. Le F. Diuca habite le Chili ; on le trouve aussi en Patagonie. L'individu représenté à notre planche 17 est de Valparaiso. 46 MOINEAU DE GAY. MOINEAU DE GAY. FRINGILLA GAYI. F. Gayi Eyd. et Gerv. , Magas. de zool. , Cl. n, pi. 23, 1834. Nous rappelons seulement ici les caractères de cet oi- seau , sans en donner une autre figure. De même que la précédente espèce, celle-ci est du Chili, et les indivi- dus étudiés proviennent de Valparaiso. La tête, le cou, les ailes et la queue sont d'un gris brun plombé , le dos est jaune verdâtre , la poitrine d'un jaune plus pur, et le ventre blanchâtre. SERIN DE MOZAMBIQUE. 47 SERIN DE MOZAMBIQUE. FRINGILLJ ICTERA, Vieill. Fr. Canaria var. B. Gmel. Lath. , elc. Fr. Ictein, Yieill. , Nouv. Dict. , xii, p. 170. BufFon, Enl. 364- C'est avec raison que Vieillot a distingué du Serin des Canaries ce joli oiseau de la côte de Mozambique et du cap de Bonne - Espérance que plusieurs auteurs avaient laissé confondu et confondent encore avec lui. Le Fringilla Icteia se reconnaît parfaitement à la belle couleur jaune qui règne sur tout son ventre , sur sa poi- trine et sur sa gorge, ainsi que sur la partie antérieure de sa tête et sur le dessus de l'œil où elle forme un petit sourcil. Le croupion est aussi de la même couleur, mais sur les lombes et le dos, la couleur jaune est variée de brun auquel elle donne une teinte légèrement verdâtre ; les ailes sont à peu près de la couleur du dos, si ce n'est que leur teinte est légèrement plus foncée et les rémiges sont finement bordées de jaune dans une partie de leurs barbes externes ; la queue est brune , plus foncée en dessus qu'en dessous et assez régulièrement carrée j la tête et les joues sont cendrées et on remarque des ta- ches brunes allongées sur le milieu des plumes de la pre- mière. Quelques taches de même couleur existent sur les plumes du milieu du cou. Longueur totale. . . 3 pouces 11 hgnes (o,io5). 48 PASSERINE DE MEYEN. PASSERINE DE MEYEN. PASSE RI N A GUTTATJ. (PI. i8.) Emberiza gutlala Meyen -, Pass. gutlata d'Orb. et Lafresn. , synopsis. C'est à l'obligeance de M. FI. Prévost que nous sommes redevables d'avoir pu étudier cette espèce , que M. Meyen {JSovaActa curios., xvii, suppl. pi. 12, f. 1) a nommée Emberiza gattata. La patrie de cet oiseau est la Bolivie , et il a Tliabitude de recbercher les régions élevées. Le genre, ou plutôt le sous-genre Passerii^a, fut établi par Vieillot dans sa Galerie ornithologique ; il comprend des oiseaux du grand genre Fringilla qui se rappro- chent des Bruants (^Emberiza) par les mœurs, mais n'ont point leur tubercule rosirai. L'espèce nouvelle que nous décrivons se rapproche assez de celle que nous ferons connaître après elle sous le nom à' Emberiza luc- tuosa / mais c'est surtout avec \ Eiiib. hiemalis Gm. des États-Unis qu'elle offre le plus grand nombre de rap- ports. La tête de cet oiseau est d'un gris plombé assez foncé , avec quelques légères teintes roussâtres et des stries noires, moins apparentes que chez VEmb. luctuosa; le PASSERINE DE MEYEN. 49 cou est plus nettement plombé que chez celui-ci , le dos est plus roux, et le croupion ainsi que les couvertures supérieures de la queue reprennent la couleur du cou ; la gorge et la poitrine sont également d'un gris plombé , et rappellent les mêmes parties chez VEmb. hiemalis , mais leur teinte est plus claire et moins nettement séparée du blanchâtre sale qui colore le ventre et les couvertures inférieures de la queue. Celle-ci est carrée j elle a toutes ses plumes, excepté les deux moyennes qui sont entière- ment brunes , noirâtres avec une large tache blanche placée vers la partie moyenne , sur les barbes internes seulement ; les ailes sont brunes , bordées extérieurement de grisâtre , et leurs couvertures ainsi que les pennes se- condaires sont variées de roussâtre. Longueur totale o,i4 ou 5 p<^* 2 1"^«. — de la queue en particulier o,o5 ou 22 id . Nous renvoyons, pour les mœurs de cet oiseau . à la partie ornithologique du Voyage de M. d'Orbignv et au travail de M. Meyen. lYota. C'est par erreur que la planche 18 porte le nom de Passerina montana ; lisez P. guttata. Zoo/. 2' Partie. 60 BRUANT EN DEUIL. BRUANT EN DEUIL. EMBËRIZA WCTUOSA , Nob. (PI. ly.) Ce Bruant , propre au Chili , n'a point été décrit pai Mollna non plus que par d'Azara , et il parait avoir jusqu'ici échappé aux recherches des naturalistes. Il est assez remarquable et très-facile à distinguer par la dis- position de ses couleurs, qui imprime à l'ensemble de son plumage un caractère de tristesse et de deuil que nous avons cherché à rendre par le nom de Luctuosa. Les principales couleurs , on peut même dire les seules couleurs de cet oiseau, sont le blanc, le noir , et le gris plombé qui prédomine. La gorge est noire , et le haut de la poitrine , qui est plombé , présente quelques taches de noir qui rendent insensible le passage au noir de la gorge, et se confond lui-même inférieurement avec le gris- plombé uniforme qui colore le ventre et les flancs : cette couleur est remplacée vers l'anus et aux couvertures infé- rieures de la queue par une teinte d'un blanchâtre sale. La tête est variée de stries noires sur un fond plombé qui règne avec les mêmes accidents de coloration sur la région dorsale , et passe vers le croupion à du plombé uniforme. Les petites couvertures alaires sont noires avec une se- BRUANT EN DEUIL. 51 rie oblique de taches blanches plus ou moins distinctes , et les rémiges sont brunes, bordées de blanc sale à leur côté externe 5 la queue est à peu près carrée , plutôt échancrée qu'arrondie , et les rectrices qui la composent sont noires , bordées de brun clair et terminées par un liséré de même couleur plus étroit en dessus qu'en des- sous. Le bec est jaunâtre , tubercule à sa mandibule supérieure comme chez les vrais Bruants, et les pieds pa- raissent en différer peu pour la coloration. Longueur totale 6 pouces 9 lignes. — de la queue. . . . 7. id. 1 1 id, — des tarses » » 10 7. 1' Ce Bruant habite le Chili. CORBEAU A MAWTEAU BLEU. CORBEAU A MANTEAU BLEU. CORVUS ( F ICA ) BEECHEII. (PI. 20.) Pica Beecheii. Vigors^ Zool. Journ. , T. IV. L'espèce de Pie que nous avons fait représenter ne l'avait point encore été -, mais elle a été décrite il y a deux ou trois ans et dénommée par un savant ornitho- logiste , M. Vigors. Ses caractères ne sont pas difficiles à saisir , bien qu'ils aient quelque chose de ceux de la Pie bleue. Le Corvus Beecheii a i4 ou i5 pouces de longueur, depuis l'extrémité du bec jusqu'à la fin de la queue. Cette dernière , large et plutôt arrondie qu etagée, semble intermédiaire à celle des Pies et des véritables Corbeaux -, elle est en dessus d'un beau bleu de ciel , lequel règne aussi sur le dos et le dessus des ailes. Mais la télé, qui n'a point de huppe , le cou en dessus et en dessous , ainsi que la poitrine et le ventre, sont d'un noir profond ; les couvertures inférieures de la queue sont également noires , mais avec quelques teintes bleues. Le dessous des rectrices est semblable à celui des rémiges. Quant au bec et aux pattes , leur couleur est jaunà- CORBEAU A MANTEAU BLEU. &â tre , légèrement lavée de rougeâtre. Chez quelques indi- vidus , ces parties sont brunâtres. Cette espèce parait vivre dans une partie assez étendue de l'Amérique du Nord, L'individu qu'a observé M. Vigors provenait de l'île de Montréal 5 ceux que nous avons étudiés ont été rapportés en France par M. P. E. Botta , qui nous les a communiqués , et proviennent de la Californie. Les Corvus Beecheii qu'a rapportés M. Botta sont aujourd'hui dans plusieurs musées. Ce naturaliste fort instruit et plein de zèle les a observés vivants, et il a noté qu'ils se tiennent fréquemment sur les arbres, où ils sont dans une agitation presque continuelle, et font en- tendre , lorsqu'ils aperçoivent quelqu'un , un cri assez semblable à celui d'un canard , mais plus clair. Leur iris est d'un brun foncé. 54 CORBEAU MORIO. CORBEAU MORIO. CORFVS MORIO. Corv. morio Licht. , Mus, de Berlin ; Pica morio Wagler, Isis, T. xxii ( 1829), p. 75 1 • Pica fuligi- nosa Less. Traité d'ornith. , p. 333. C'est aussi à M. Botta que l'on doit les premiers in- dividus de cette espèce qui aient été rapportés en France ; il se les est procurés , ainsi que les précédents , en Cali- fornie, Nous ne nous arrêterons point à décrire cet oiseau , que Wagler et M, Lesson ont fait suffisamment connaître ; nous dirons seulement que M, Botta nous a communiqué que les Corvus morio qu'il a tués lui- même à San-Francisco ont l'iris d'un brun foncé. Ces oiseaux, ainsi qu'ill'a remarqué, vivent et volent en gran- des troupes , et ils se nourrissent en partie des débris des animaux que l'on tue, et font entendre une voix très- peu différente de celle des corbeaux les plus communs chez nous , c'est-à-dire de la corneille , du choucas , etc. MOUCHEROLLE A HUPPE TRANSVERSE. .«..-i MOUCHEROLLE A HUPPE TRANSVERSE. MUSCICÀPJ REGIA. (PI. 21.) Moiich. à huppe traitsverse ou Roi des Gobe-Mouches, Buff. , enl. 2895 Todus regius , Gmel. ^ Tyran roi , Geoff. Ann. Mus. III, p. 2^5 ; Mes^alophus regius , Vigors, Ornithol. diavvings. Le nom queBuffon a donné à celte espèce lui convient parfaitement : aussi avons-nous pensé qu'il devrait être préféré. Cet oiseau offre en effet dans la belle huppe transverse ( pi. 21 , fîg. 2 ) dont sa tète est ornée un caractère extrêmement remarquable. Gmelin a rap- proché la Moucherolle à huppe iransverse des Todiers ( Todus ) 5 mais il est évident qu'elle a les caractères gé- nériques des Moucherolles , ainsi que l'avait bien re- connu le célèbre naturaliste français. M. Vigors fait un genre particulier de cet oiseau 5 nous avons pré- féré le laisser avec les yj/«5cica/7a^ le nombre des genres étant certainement assez considérable aujourd'hui pour qu'on évite autant que possible de l'augmenter, si toute- fois on peut y parvenir sans nuire à la méthode. Nous nous bornerons à représenter ce bel oiseau dont Buffon , Gmehn, et depuis eux MM. Geoffroy, Vigors , etc. , ont donné de bonnes descriptions. La patrie du Muscicapa regia est le Pérou et la Guyane. 56 MARTIN-PÊCHEUR VINTSIOIDE. MARTIN-PECHEUR VINTSIOIDE. JLCEDO FINTSIOIDES , Nob. (PI. 22. ) Celte espèce du groupe des Marlins-Pécheurs ordinai- res se rapproche beaucoup du Martin -Pécheur huppé ou Kintsi, Alcedo crlstata, Gmel. , avec lequel elle sem- ble avoir été confondue par quelques ornithologistes; mais une taille différente , et quelques autres caractères con- stants, joints à une patrie particulière, sont autant de con- sidérations qui autorisent à la regarder comme en étant distincte : toutefois le nom de T^intsio'ide, que nous pro- posons de lui donner, rappellera les rapports intimes qui tendent à la faire rapprocher du Vintsi, à coté duquel on devra la placer dans le système. Le Martin-Pécheur Yintsioide a, comme \ Alcedo cri- statUj le dos et la queue d'un bleu d'azur, varié de bleu foncé-, ses ailes sont brunes, légèrement nuancées de vio- let , et tout le dessous du corps roux , à l'exception de la gorge qui est blanchâtre 5 les joues sont rousses, et on voit sur les côtés du cou une tache de couleur blanche ; la huppe, plus longue que chez V Alcedo cristata , est variée de bleu verdàtre et de noir , le noir formant une bande longitudinale sur le milieu de chaque plume, et, de plus , MARTIN-PÊCHEUR VIlN'TSfOlDE. 57 la colorant à son extrémité dans l'espace d'une ligne en- viron. Les pieds sont d'un jaune roussâtre , et le bec , plus long que dans \\4lcedo cristata^ est entièrement et con- stamment noir, ce qui constitue un des principaux carac- tères de celte espèce. On sait qu'il est toujours rouge dans le crislata. Longueur totale o°", i6 ou 5 pouces 1 1 lignes. — du bec seul , me- suré depuis la commissure. . . o'",o4'^- h'y^îcedo viutsioïdes que nous avons représenté à notre planche 22 provient de Madagascar , tandis que le Vintsi est du Sénégal ou du Cap de Bonne -Espérance i les différences qui le caractérisent à l'égard de ce der- nier et de tous les autres Alcedo décrits, sont con- stantes , surtout celles de la coloration et de la lon- gueur de la huppe et du bec. Tous les individus que nous avons pu nous procurer dans les collections de Paris, et particulièrement dans celles du duc de Rivoli et de M. F. Prévost, nous les ont présentées 5 la taille seule parait varier , mais jamais elle n'est aussi petite que celle du véritable Vintsi. Nous n'avons vu aucun Vintsioide étranger à Mada- gascar. 68 SYNALLAXE MÉSANGE. SYNALLAXE MÉSANGE. SYNALLAXIS MGITHALOIDES, Kittl. Nous appellerons Synallaxe Mésanges , pour rappeler son nom latin, et en mcme temps ses rapports avec lesiEgi- thales de Vieillot ou Mésanges, la petite espèce de Synal- laxe que M. Kittlitz a représentée et décrite sous la déno- mination de Sjnaïlaxis œgitholoïdcs . (Mém. présentés à l'Ac. de St.-Pétersb. par divers savants, T. I, pi. vu.) Les principaux caractères de cet oiseau sont les sui- vants : couleur générale d'un brun lavé de roussàtre, plus foncé en dessus , plus pâle en dessous ^ gorge blanchâ- tre , ainsi que le devant du cou \ côtés de la tête variés de blanc et de brun -, le blanc remplacé par du roux vif' sur la calotte , et le brun plus foncé à cette partie et plus abondant; quelques petites taches blanches en demi-collier sur le dessus du cou; teinte rousse des ailes assez vive; queue brunâtre, étagée, à rectrices usées insensiblement, les externes qui sont les plus petites étant en partie d'un blanc roussàtre. Bec et pattes d'un brun noirâtre. Longueur totale 5 pouces 6 lignes. — de la queue. . . 3 id. 3 id. Le Synallaxe Mésange vit au Chili comme les Sjnal- laxis Tiipinieri , Less. (Zool. Coquille) et Huinicola , Kittl. -, mais il diffère de l'un et de l'autre par plusieurs caractères. Nous n'avons pu nous procurer le dernier , et nous ne le connaissons que par la figure qu'en donne M. Kittlil/. à sa planche vi. COLOMBE BOLIVIENNE 59 COLOiMBE BOLIVIENNE. COLUMBA BOLIVIANA. (PI. 23.) C. boliviana, d'Orb. et de Lafresnaye, Synopsis ornitho- logiciis. C. corpore tnto ^ scapulisque isahelliuo-vinaceis ; ah- domine pectoreque parùm dilutiorihus / alarutn jlexura gulaqiie exalhidis ; rectricihus remigihusque Jîiscis ; uropygio hrunneo. Longit. 0,21. Habit. Bolivise montes. ' Nous adoptons pour celte espèce la dénomination que lui ont donnée MM. d'Orbigny et de Lafresnaye dans leur Synopsis. La Colombe bolivienne, dont le nom in- dique la patrie , habite les hautes montagnes-, elle se distingue par sa couleur générale d'un Isabelle vineux , moins foncé en dessous qu'en dessus et sur la lête -, sa queue et ses ailes passent au brun noir; les couvertures inférieures de sa queue sont brunes, le fouet de l'aile et la partie externe des plumes du carpe ainsi que le men- ton sont de couleur blanche. Le bec et les pieds sont bruns. Longueur totale. . . . 0,20, ou 7 pouces 5 lignes. Les naturalistes précités doivent publier sur les fiO COLOMBE A GORGE POURPRÉE. mœurs de cette espèce des détails auxquels nous ren- voyons. La Columha boliviana appartient au même sous- genre que le Columha viridis Linn. , pi. 24* COLOMBE A GORGE POURPRÉE. COLUMBA VIRIDIS, Linn. (PI. 24-) Colombe à gorge pourprée , Buflf. , Enl. , pi. 609. C. viridis y Lin. Lath. Index ornith. ; Temm. , Ilist. des Gallinacés ; Wagler , Sjstema awium. C. capite gulaque cinerascentibus ; corpore colore viridi aureo splendenti ; collo iufinio anticè pur- pureo ; rectricibus et remigihus sulphureo limbaiis. Quoique cette belle espèce de colombe , particulière aux îles Moluques , soit depuis long-temps connue , et que BufFon l'ait représentée dans ses Enluminures , nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile d'en donner une nouvelle figure et une description. En effet , la planche citée de Buffon est médiocre, pour ne pas dire méconnaissable , et l'espèce du C. viridis est encore assez rare dans les collections. Le nom spécifique de F^iridis ^ que les auteurs donnent à cet oiseau, paraît véritablement peu heureux si l'on remarque que beaucoup d'espèces du même groupe offrent la coloration verte et que celle COLOMBE A GORGE POURPRÉE. ci qui nous occupe présente dans la large tache pourprée de son cou un caractère bien remarquable que le nom français imposé par Buffon indique assez bien. La Colombe à gorge pourprée vit aux Moluques , à Amboine, à Bourou , et quelques autres îles du même archipel. Sa longueur totale est de 7 pouces et demi (0,22), depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ; les tarses sont rouges , longs de 10 lignes, et le bec, qui est de la même couleur, mesure environ 6 lignes. La tête et les joues sont d'un beau gris cendré, lequel se voit aussi à l'épaule et colore également la base de toutes les plumes , mais reste alors inaperçu , recouvert qu'il est par leur extrémité verte. La teinte verte du dos, du ventre et des ailes est, comme nous l'avons dit, nuancée de jaune doré , et complètement remplacée par cette dernière couleur à l'extrémité des pennes cauda- les et sur les barbes externes des grandes pennes alaires. La queue est brunâtre , dans une partie de sa face infé- rieure , mais elle blanchit vers son troisième tiers et devient jaunâtre à son extrémité. Les couvertures infé- rieures sont variées de blanc , de jaune et de vert , et enfin , ce qui caractérise principalement cette espèce , une large plaque d'un violet pourpré s'étend depuis le milieu de la face antérieure du cou jusque sur le com- mencement de la poitrine, et se présente avec une intensité et des dimensions plus ou moins considérables, suivant l'âge et le sexe des individus qu'on étudie. (i2 COSCOROBA. COSCOROBA. A NAS COSCOROBA. A. cosc. Molina, Hist. nat. du Chili, trad. franc, de Gruvel, p. 3 12; Lalh., Index ornithol.,p. 335, sp.^-, Qanso blanco. Oie blanche, d'Az., Voyage, trad. fr. par Walckenaër, etc., t. iv, p. 3^5 -, Anser coscoroba^ Vieill., Nouv. Dict., t. xxiii, p. 332 -, Cjgnus anatoï- des , King , Proceed. Zool. Soc. Lond. , i83o, p. i5. Nous terminerons ce que nous avons à dire sur les oiseaux, par quelques lignes sur cette espèce intéressante du grand genre Anas , qui a été décrite d'une manière originale par trois auteurs, et placée par eux , sous trois dénominations particulières , dans trois sous-genres diffé- rens. Le Coscoroba est en effet remarquable par ses caractères , qui ont en même temps quelque chose de ceux que l'on connaît aux trois sous-genres Anser , Cjginis et Allas, groupes dans lesquels les auteurs ont réparti les espèces que Linnœus comprenait sous la dénomination commune à' Anas : mais c'est avec les Cygnes et les Canards que le Coscoroba offre le plus de ressemblance ; il les lie véritablement entre eux et nous semble établir d'une manière positive que ces oiseaux ne sauraient être distingués en deux genres particuliers, et encore moins séparés entre eux par les Oies ( Anser ), GOSCOROBA. 63 ainsi que l'ont voulu quelques zoologistes. Le Coscoroha offre à peu près le port des Cygnes, mais il a aussi quel- que chose de celui des Canards. Son bec manque du tubercule basilaire que présente celui des Cygnes , et il est encore plus grand proportionnellement et plus élargi que celui de ces derniers 5 de plus , le lorum ne présente point la particularité commune à tous les vrais Cygnes , d'être complètement dénudé ^ l'espace qui sépare les yeux de la base du bec est au contraire emplumé ; toute- fois on peut, en écartant les plumes de cette partie, re- trouver au-dessus d'elles une ligne très-rétrécie , traver- sant le lorum et qui est dénudée-, mais lorsque les plumes voisines conservent leur disposition naturelle, cette ligne n'est point apparente. Le plumage de Vyéjins coscoroba est entièrement blanc^ si ce n'est à l'extrémité des pennes alaires , où il présente ordinairement un peu de brun. Le bec et les pieds sont rougeâtres. Longueur totale 3 pieds. — du cou 1 — du bec 1 pouces V2. — du tarse 3 id. Cet oiseau, signalé et décrit avec exactitude par Molina et d'Azara, et plus récemment par M. King , habite diverses parties de l'Amérique méridionale. PHYTOTOMA. Gi b is. Sur quelques particularités anatomiqucs du Phytotonia rara de Molina. Par MM. EYDOUX et GERVAIS. Cet oiseau, décrit par Molina et par d'Azara, fut ensuite pendant quelques années fort incomplètement connu des naturalistes , tant à cause du vague de la description de ces auteurs que de son extrême rareté. Les voyages ré- cents en ont cependant procuré un certain nombre d'in- dividus , et il a été facile aux zoologistes d'observer les Phytotomes avec plus de soin. M. William Jardine s'en est occupé l'un des premiers , puis M. de la Fresnaye en a fait le sujet d'une petite notice très-intéressante, insérée dans le Magasin de zoologie pour i832. MM. de Kittlitz dans les Mémoires de l'Académie impé- riale de Berlin, Lesson , Aie. d'Orbigny, aidé de M. de La Fresnaye pour la publication de l'Ornithologie de son voyage , ont également traité ce sujet de nouveau , mais sous le rapport zoologique seulement. Nous avons pensé qu'il ne serait pas moins intéressant de rechercher quelles particularités anatomiques ces oi- seaux pourraient offrir, et nous allons en parler dans cette note. Il a déjà été dit un mot de ces observations dans le rapport très-savant que M. de Blainville a fait à l'Académie des Sciences sur les résultats zoologiques du nouveau voyage autour du monde, que l'un de nous vient de terminer à bord de la Bonite. Si l'on compare le crâne du Phylotome que nous fai- sons figurer, avec celui d'un Moineau ( Fringilla domes- tica) , oiseau de la même famille que lui, on remarque Zool. 1" Partie. 4 bis. Gi ter. PHYTOTOMA. qu'il en diffère par là plus forte courbure du bec , par l'espace inter-oculaire proportionnellement plus étroit , par le trou des narines plus petit et par la présence en arrière de celui-ci d'une perforation plus grande , allon- gée dans le sens vertical, et représentant probablement le trou sous-orbitaire. Les maxillaires sont plus forts et la matière cornée y est plus abondante et plus large. Elle présente supérieu- rement, près des bords du bec et dans son pourtour, une rainure bordée de chaque côté par une série de dentelu- res très-bien figurées et décrites par M. de la Fresnaye dans son mémoire de i832. Les dentlcules de la mâ- choire inférieure, qui ne présentent qu'une seule série , viennent se loger dans cette rainure. Le sternum, comme celui des Fringilles , n'a qu une échancrure bilatérale au bord inférieur. L'intestin est remarquable par sa largeur ainsi que par son peu de longueur. Mesuré cliez un mâle adulte , il n'avait que cinq pouces depuis le pylore jusqu'au cloaque. Il est tout d'un même diamètre et sans distinc- tion de gros intestin avec l'intestin grêle. Il forme dans l'abdomen deux replis très-peu étendus , et dans la partie droite qui se dirige vers le cloaque, et non loin de celui- ci , sont deux petits caecum symétriques. Le gésier est mnsculeux et garni à sa face interne d'une membrane analojue à celle qu'on connaît chez les Gallinacés. Le ventricule succenturié nous a paru à peine distinct de 1 œsophage, et il n'y a pas de véritable jabot. La longueur de l'œsophage est de 2 pouces 1/2. La langue est assez dure et peu charnue. Le gésier, ainsi que l'intestin, était rempli de matières PHYTOTOMA. 64 quater végétales qui nous ont paru être de la paille de jeunes Graminées, macérée par la digestion et réduite en fibrilles. La brièveté de l'intestin , si l'on fait attention au régime de l'oiseau, sera donc un fait à noter, car elle dé- passe notablement celle des espèces du même groupe que l'on a signalées. Parmi les oiseaux qui paraissent se rapprocher du Phytotome par la brièveté de leurs intestins, nous cite- rons , d'après ce qu'en dit G. Cuvier dans son Anatomie, et d'après ce que nous en a communiqué M. Temminck , le genre des Jaseurs, Bombjcilla, Brisson. — Le foie du Phytotome est assez volumineux. EXPLICATION DE Là PI^AIVCIIE 25. Fif^-ire 1 Crâne du Phytotome 2. Les viscères en place. 3. Son intestin déplissé. 4. Son sternum pour faire voir l'échancrurc. REPTILES. DRAGON SPILOPTÈRE. DRACO SPILOPTERUS. (PI. ^7.) Draco { Dracunculiis) spilopterus ^ Wiegman , Nov. Act. Nat. curios. xvi, Suppl. I, p. 218 , pi. i5 5 Dr. pardalis , Tab. nostrae. Notre planche était gravée long-temps avant que .le mémoire de M. Wiegman ne fût venu à notre connais- sance, et probablement avant qu'il ne fût publié- toute- fois nous devons remplacer le nom que nous avions proposé par celui qu'a employé ce savant erpétologiste. Le Dragon spiloptère appartient à l'île de Luçon , et se distingue surtout par sa couleur d'un bleu verdâtre , marquée en dessus et principalement sur les ailes de points brun-noir. Les ailes sont soutenues par six rayons cos- taux , le goitre est de forme triangulaire quand on le dé- ploie , et la longueur totale du corps et de la queue de ce reptile mesure 6 pouces (0,1 62) ; la queue en particulier a 4 pouces (0,108). Les individus de cette espèce que nous possédons ont été recueillis auprès de Manille. Zool. 2e Partie. 5 C6 UROPELTIS PHILIPPINIEN. ^ %.'%^^«x.'*'*^'^^^^'*'^-'**^ UROPELTIS PHILIPPINIEN. UROPELTIS PHILIPPINUS. (PI. 26.) U. Philipp. y Cuv. Règne animal (2«édlt.)II, 76, note 85 MuUer, Zeitschrift fur physiologie von Tre- i^iramis , i83i, page 24^- Le petit groupe des Uropeltis a été fondé par G. Cuvier ( loco citato ) , mais très-brièvement caractérisé par cet auteur : les deux espèces qu'il y place ne sont point dé- crites dans son ouvrage ; l'une d'elles, U. Ceylanicus , est de Ceylan, ainsi que son nom l'indique; la seconde est des Philippines et a été indiquée d'après un individu rap- porté de Manille. Nous nous occuperons principalement de cette dernière, l'autre ayant été parfaitement décrite, par M. Th. Cocteau, dans un Mémoire inséré dans le Magasin de Zoologie y classe III, pi. 2, année i833. Le genre Uropeltis a été placé par G. Cuvier, et par M. de Blainville, qui l'a depuis indiqué, dans son Sys- tème d'Erpétologie et d' Amphibiologie (Nouvelles An- nales du Muséum, t. IV, p. 263 ) , parmi les Tortrix ou Rouleaux, a Les Uropeltis , dit le premier de ces célèbres naturalistes, sont un genre nouveau, voisin des Tortrix^ dont la queue encore plus courte est obliquement tron- UROPELTIS PHILIPPINIEN. 67 quée en dessus, et a sa troncature plate et hérissée de petits grains. Leur tète est très-petite ; leur museau pointu^ sous le ventre est une rangée d'écaillés un peu plus grandes que les autres , et il y en a sous le tronçon de la queue une double rangée. » Les plaques céphaliques de VUropeltls Philippinus sont comme celles du Cejlaniciis décrit par M. Cocteau, et avec lequel , grâce à l'obligeance de M. Bibron , nous avons pu le comparer 5 sa rostrale est avancée , ses oculai- res passent au-dessus de l'œil , ses frontales sont de même au nombre de deux. Il y a une interoculaire et deux occipitales (PI. 26, fig. 2, 3). Les squames ou écailles du corps sont lisses, hexagonales, rangées en vingt séries 5 les plaques ventrales sont au nombre de cent quarante-cinq, plus larges que celles qui les avoisinent , et il y a six ran- gées de plaques sous-caudales ^ celles-ci sont un peu plus évidentes que chez \U. Ceylaniciis et l'opercule anal est, de même que chez celui-ci, composé de deux plaques. Le disque ou bouclier caudal (pi. 26, fig. 4 5 5) est très-différent de celui de l'autre espèce 5 il est plus abrupte, d'une seule pièce ovalaire, et hérissée d'aspérités assez régulièrement disposées et au milieu de chacune des- quelles apparait une petite pointe cornée pyramidale. Le corps de ce reptile, dont nous ne connaissons qu'un individu, est plus gros que celui de \U. Cejlanicus : i\ est également varié de brun-bai en dessus avec quelques taches jaunâtres -, inférieurement il est d'un blanc jau- nâtre avec des marbrures qui rappellent la teinte générale du dos. La longueur totale du corps est de 8 pouces , sur les- quels la queue n'entre que pour une très-faible portion. 68 UROPELTIS DE CEYLAN. «.'%.^.'%^^ •V^^V*.'* ^ ■^.■^'^.^». * UROPELTIS DE CEYLAN. UROPELTIS CEYLJNICUS. U. Cejl.jG. Cuv. (lococit.)-^ Th. Cocteau, Magas. de Zool. , cl. III , pi. 2. L' Uropeltis dont il est ici question est surtout facile à distinguer de celui des Philippines , par sa queue plus longue, tronquée moins brusquement, et dont le petit bouclier terminal , situé plus obliquement , et plus allongé, est composé de plusieurs squames bicarénées •, les écailles du corps, également lisses chez ce reptile, ne forment que dix-sept séries , et sa longueur totale est seulement de six pouces 5 le diamètre de son corps étant proportionnelle- ment plus petit que chez VU. Philippinus . COULEUVRE SPILOGASTRE. 69 k. V^^«>«^^ h/^j^/v^ COULEUVRE SPILOGASTRE. COLUBER (Tropidonotus) SPILOGASTER. (PI. 28.) Tropidonotus spilogaster, Boie, Isis, t. XXI, p. 55g. La Couleuvre que nous avons fait représenter dans notre planche 28 , d'après un individu rapporté de Manille , a déjà été indiquée comme se trouvant à Java, mais elle n'avait point encore été figurée : elle a quatre (2-2) plaques frontales -, 2-3 oculaires (un côté présente anomalement 2-4 par suite de la subdivision de la post- oculaire inférieure en deux) 5 et i lorum : son museau est obtus, les écailles de son corps sont carénées, plus étroites sur le dos que sur les flancs j les ventrales de l'individu observé sont au nombre de cent cinquante-trois, et les caudales de quatre-vingt-quatre -, la longueur totale du corps est de 23 pouces (0,62 ) , sur lesquels la queue seule compte 7 pouces (0,19), La couleur de ce reptile est d'un plombé bleuâtre en dessus avec des taches peu marquées , brunes , et deux taches blanches sur le cou ; le dessous du corps est jau- nâtre et présente une double rangée de points noirs (d'où le nom despilogaster), sur le bord des écailles ventrales ; la queue et la dernière plaque de l'abdomen ne présentent de chaque côté qu'une seule ligne de points au lieu de deux^. 70 COULEUVRE PREYOSTIENJNE. *,'*'^-^.'»-'X.-*.'*'^'*.'^'^^^^^*^^%.^,-*^^^^^^'^/^^V^^*%/^''^^<^ COULEUVRE PREVOSTIENNE. COLUBER {Homalopsis) PREFOSTIANUS. Nob. ( PI- 29- \ \ sous le nom A'U. ptumbva. / C. corpore plutnheo supra saturatiore ; pholidosis homalopsidum , squamis lœuibus ; scutis frontalibus 3 (1-2), ocularibus 1-2 , pro loro 2. Habitat Manille. L'espèce de Couleuvre que nous avons dédiée à notre ami, M. FI. Prévost, chef des travaux zoologiques du Muséum, et auquel on doit d'intéressantes observations sur la parturition des Couleuvres, appartient au genre ou plutôt au sous-genre que les Erpétologistes modernes ont appelé Homalopsis avec Kuhl. Nous l'avions d'abord prise pour Y Homalopsis plumbea,Boie, (qu'il ne faut pas confondre avec le Coluher plumbeus, Maximilien, qui est du Brésil), et c'est sous ce nom qu'elle a été représentée dans notre atlas ; elle a en effet la couleur de V Homalopsis plumbea,cest-h-àÏYe qu'elle est d'un brun plombé, ainsi que la dénomination de celle-ci l'indique. Cette couleur règne de même sur tout le dessus du tronc , de la tète et de la queue; mais les parties inférieures sont moins foncées et entremêlées de jaunâtre, nuance qui existe seule sur les côtés et sous la gorge. COULEUVRE PREVOSTIENNE. 71 Le Coluher Prevostianus a les écailles lisses , ce qui le ferait ranger, ainsi que VHom. plumhea et le Coluher aer d'Oppel, parmi les Hypsirhina de Wagler (syst. p. 169), et ses plaques céphaliques que nous avons représentées avec soin (pi. 3o, fîg. 4, 5 et 6) présentent deux occipitales, deux sourcilières et un inter-orbitaire, comme chez toutes les couleuvres 5 trois frontales (1-2, c'est-à-dire un ant. et deux en arrière comme chez la plupart des Homalopsis); deux nasales (une de chaque côté) ovalaires, percées par les narines et séparées par la frontale antérieure 5 deux ocu- laires postérieures, une oculaire antérieure et deux lo- rum ', V Homalopsis plumhea et le Coluher aer n'ont qu'un seul lorum. C'est des deux espèces que nous venons de citer que le C. Prevostianus se rapproche le plus 5 mais il s'en distingue par ses proportions plus élancées et par des caractères importants , ceux de la disposition des plaques céphahques. Merrem et M. de Blainville ont depuis long-temps indiqué que les squames des reptiles, c'est-à- dire leurs écailles, fournissaient pour la distinction des espèces, des genres et des autres groupes, d'excellents ca- ractères, et ce dernier en a donné la preuve dans la class!! fication qu'il a établie en 18 16 de ces animaux et qu'il vient tout récemment de perfectionner dans un mémoire inséré dans les Nouvelles Annales du Muséum , t. IV, page 233. Dans le mémoire précité , page 267 , M. de Blainville fait une subdivision particulière du genre Coluher pour les espèces qui n'ont que trois scateWesJ^i'on taies ^ une en avant et deux en arrière, et il les distingue suivant qu'elles sont ai^ec ou sans lorum. Les auteurs ont proposé plu- 72 COULEUVRE PREYOSTIENNE. sieurs genres pour les quelques espèces qui rentrent dans cette catégorie , à laquelle on pourrait réserver le nom sous-générique d'Bomalopsis. L'étude de plusieurs de ces espèces nous permet d'en donner la distribution que voici : A — Plaques occipitales petites ou décomposées. a). — oculaires en periopsie. Coliiber cerherus. l ) — oculaires régulières (1-2, c'est-à-dire une anté- oculaire, deux post-ocul. ) C. molurus, B — Occipitales régulières 3 (1-2 ou une ant. et deux post.) c — oculaires 1-2. 1 ) lorum 2. C. Prcvostianus. 2 ) lorum I . * Écailles lisses. C. aer. H. plumhca. ** Écailles carénées, (genre Helicops , Wa^\ ). C. monilis. C. carinicaudus. 3) lorum o. C. porphjricus (genre Pseudechis). d — oculaires i-3. C.inornatus {^^mQ Xenodon). Nous ferons remarquer que si l'on veut dans cette dis- position suivre les principes de la méthode naturelle, c'est-à-dire rapprocher davantage les espèces qui se ressemblent le plus , on devra placer les Homalopsis après les Periops, qui sont , de toutes les couleuvres , celles qui leur ressemblent le mieux par la disposition de leurs écailles oculaires, rangées à peu près en cercle autour des yeux. Les C. cerherus et moluruSj qui commencent la série des COLUBER PLUMBEUS. 73 Homalopsis , sont en effet deux serpents qui sous ce point de vue paraissent offrir le plus de rapports avec les Periops. Le mot de Periopsie^que nous avons employé plus haut, in- dique la disposition particulière de leurs plaques oculaires. Les Periops ( Coluber hippocrepis ) ont quatre pla- ques frontales (2-2) : les C. cerherus n'en ont ordinaire- ment que trois 5 mais nous avons observé un individu de cette espèce qui en avait quatre, la plaque unique anté- rieure des autres Cerherus étant chez lui partagée en deux. Maintenant que nous avons assigné la place que l'espèce de couleuvre que nous décrivons doit occuper parmi ses congénères , il nous reste à indiquer quelques autres ca- ractères moins importants que ceux qui précèdent , obser- vés sur l'animal recueilli par l'un de nous. Cette couleuvre, qui est déposée présentement au Muséum de Paris , a 20 pouces de longueur totale (o,54) 5 sa queue en particu- lier mesure 2 \ pouces ( 0,07 ) 5 ses plaques ventrales sont au nombre de cent soixante-cinq , la dernière , celle qui forme l'opercule anal, étant subdivisée en deux ; les plaques caudales du même individu sont au nombre de trente-cinq. Cet animal a été pris à Manille. COLUBER {Homalopsis) PLUMBEUS. Un individu de cette espèce, originaire de Java, que nous avons examiné , diffère surtout de \ Homalopsis précédent par ses proportions plus lourdes , sa tète plus épaisse , et par la disposition de ses plaques céphaliques, dont voici la formule empruntée à Boie : 74 COLUBER AER. C. scuto frontali anteriori inio triquelro , 'verlicali quinquagono y loro rotundato ; orbitalibus posteiioribus duobuSj labiall simplici; mentalium quatuor colubrinis . ( Isis, t. XX, p. 56o -, 1 827 . — Voyez pi. 3o , fig. i . ) COLVBER{ Homalopsis) AER. Oppel. De même que la précédente , celte espèce a été décrite dans \lsis (t. XX, page 56o) -, nous en avons fait re- présenter une tête dans notre planche 3o , fig. 2 et 3 : ses plaques céphaliques sont assez sensiblement les mêmes que dans notre Homalopsis ; mais les nasales sont con- tiguës au lieu d'être séparées par la frontale antérieure, et il n'y a qu'un seul lorum ; les plaques oculaires sont de même 1-2, et les écailles du corps lisses 5 la couleur est d'un gris d'acier foncé , passant en dessous à une teinte plus claire : on remarque de chaque coté , au bord des plaques ventrales, l'indice d'une raie plus foncée. Ventrales de l'individu observé, cent cinquante- neuf -, caudales, quarante- neuf -, Longueur totale. . . 21 pouces (0,49)» Queue seule 3 pouces 9 lignes (0,10). Ecailles du corps lisses. Cette espèce est de Java. CALAMAIRE PONCTUÉE. 75 Nota. Nous joignons à notre planche 3o la représen- tation de la tête d'une jolie petite espèce de Calamaire : CALAMARIA PVNCTATA. Boie, Isis , t. XX, page 54o. Le genre qui comprend cette espèce et plusieurs autres également peu connues parait devoir prendre place après les Homalopsis , dont il se rapproche 5 ses scutelles fron- tales sont au nombre de deux seulement. La figure 8 représente la tète du C. virgulata vue de profil , 'j vue en dessus , 9 vue en dessous 5 la fig. 10 est la queue du même individu , montrant la double rangée de plaques qui la garnissent en dessous et les dernières plaques ven- trales qui sont simples. M. de Bhiny'iWe (Nouvelles An- nales du Muséum ) a distingué en un groupe particulier les Ophidiens de la famille des Couleuvres qui n'ont qu'une seule paire de plaques frontales , comme les Cala- maria et les Xenopellis ; Wagler les place assez loin les uns des autres puisqu'il les sépare par les Eiyx , Gon- gy lopins , Aspidodonion y Elaps , lljsia^ Uropeltis , Catostoma y Elapoidis; nos deux groupes doivent sans doute être placés , comme nous venons de le dire , après les Homalopsis qui ont trois plaques frontales , et qui les lient, par conséquent , aux espèces chez lesquelles il existe quatre des mêmes plaques disposées sur deux paires. POISSONS. ÉCHÉNÉIS A i6 LAMES. ECHENEIS SEX-DECIM LAMELLATA , Nob. (PI. 3i.) E. dite coriaceâ, disco cephalico sex-decim lamellato; pinnis dorsali radiis 28, pecLoralibus ili , ventral î- bus 5 , anali i5 , caudali i8. Habitat Indicum mare ? Nous ne signalerons parmi les poissons recueillis pen- dant le voyage de la Favorite , que cette espèce et celle du genre Syngnathe dont nous parlerons ensuite. Quel- ques autres nous ont également paru inédites , mais celles- ci sont sans contredit les plus intéressantes. Le genre linnéen des Echeneis ne renferme encore qu'un nombre fort restreint d'espèces ; la plus connue est Y Echeneis rémora, Linn. , qui a huit lames au disque. 78 ÉCHÉINÉIS A SEIZE LAMES. Les autres sont \E. naucrates L. , qui en a vingt-deux-, \E. lineata Schn., qui n'en a que dix, et \E. osteochir Cuv. , Hèg. anim. II, 348 : nous ne connaissons pas les lames céphaliques de cette dernière 5 les rayons de ses pec- torales, comme le fait remarquer G. Cuvier, sont osseux, comprimés , et terminés par une palette légèrement cré- nelée. Ajoutons que M. Bancroft a décrit et figuré dans le Zoologie al Journal, t. V, p. 4^3 , pi. 18, un autre Ecliénéis qu'il considère comme nouveau, quoiqu'il se rap- proche beaucoup de V Echeneis naucrates, et qu'il appelle Ech. lunata. L'espèce que nous avons nommée Ech. sex-decim lamellata se distingue surtout par son disque céphalique composé de seize lames (c'est par une erreur du graveur que notre planche lui en donne dix-sept ) 5 la couleur de l'individu , conservé dans la liqueur , que nous avons étudié , était d'un brun lavé de roussâtre ; sa mâchoire inférieure s'avançait un peu au delà de la supérieure, et sa longueur totale était de 7 pouces et demi -, sa nageoire dorsale nous a présenté vingt-huit rayons ; les pectorales vingt-un chacune ; les abdominales cinq ; l'anale vingt-cinq et la caudale dix-huit. Nous supposons que ce poisson provient de la mer des Indes. SYNGNATHE BLAINVILLÉEN. 79 SYNGNATHE BLAINVILLÉEN. SYNGNJTHUS BLJINFILLEJNVS , Nob. (PI. 32.) S. appendiculis nullis ; piiina dorsali ano apposita; tlwraco-ahdomine elevato, punctis asperso; squamis radiads. Habitat mare Indicum, Nous proposons de dédier à M. de Blainville la curieuse espèce représentée avec soin dans la planche de cet ouvrage , que nous devons à l'amitié de M. Joannis, qui a fait récemment sur les poissons du Nil d'intéressan- tes recherches consignées dans le Magasin de Zoologie. Le Syngnathe Blainvilléen lie d'une manière plus intime les poissons de ce genre à ceux qu'on en a séparés sous le nom d'Hippocampe , et il fournirait, s'il en était besoin , une nouvelle preuve à l'appui de l'opinion sou- tenue par le célèbre naturaliste dont il rappellera le nom, que le nombre des genres a été trop légèrement multiplié, et qu'il est peu de groupes qui ne soient liés d'une manière plus ou moins intime les uns aux autres ; aussi , la série zoologique que quelques auteurs justement célèbres ont néanmoins refusé d'admettre devient-elle chaque jour plus évidente. C'est surtout par l'élévation de sa partie thoraco-abdo- 80 SYNGNA-THE BLAINVILLÉEN. minale que ce Syngnathe se rapproche des Hippocampes : mais sa tête et sa queue ne prennent pas les mêmes formes que chez ces derniers 5 la nageoire dorsale est opposée à l'anus, les membres pectoraux sont petits et très- rapprochés des opercules 5 la région thoraco-abdominale proprement dite est privée de nageoire et présente six lignes qui la font paraître hexagonale ; la ligne médio- supère résulte de deux autres lignes naissant en arrière des opercules , et se divisant de nouveau non loin de la nageoire dorsale^ l'arête qu'elle forme est mousse 5 une autre ligne nait de chaque côté des pectorales et se pro- longe sur chaque flanc pour aller à la queue former une des arêtes supérieures de celle-ci qui est quadrilatère^ mais, avant de s'y rendre , elle forme une courbure dont la convexité est en haut • les arêtes latéro-infères résultent de chaque côté d'une ligne assez semblable aux précéden- tes, et qui, naissant au-dessous de la dorsale, se continue de chaque côté avec l'angle inférieur du carré de la queue; enfin , l'arête médio-infère commence sur la Hgne mé- diane à la hauteur des pectorales et se termine à l'anus. Les Hgnes que nous venons d'indiquer sont le point de convergence d'écaillés radiées 5 la région thoraco-ab- dominale est brunâtre , plus foncée à la crête dorsale et aux deux angles de la crête inférieure 5 elle est pointillée de petites taches blanches rondes , mais de deux diamè- tres , les unes étant plus petites que les autres 5 ces taches sont entourées d'une auréole plus foncée. INSECTES. COLLYRE DE CHEVROLAT. COLLYRIS CEEVROLATII. Nob. (PI. 33, fig. 1.) Cette espèce est longue de 1 7 millimètres et large aux épaules de 3, et au bout de 4 millimètres. Sa couleur géné- rale est un beau bleu tournant un peu au verdâtre , surtout sur les ély très. Sa tête ( 1 . a) est globuleuse , très-lisse et lui- sante , très-bombée en arrière vue de profil , avec un col très-étranglé et plus étroit que le bord antérieur du corselet. Les yeux sont très-gros et très -saillants, d'un brun foncé. Le front, entre les yeux , est profondément creusé : il offre deux sillons longitudinaux très-marqués et une petite fos- sette peu profonde. Le labre est grand, très-bombé en des- sus, armé en avant de sept dents assez fortes, arrondies, dont Nous devons la description des insectes du Voyage de la Favorite AU zèle de M. Gdérin-Mkneville , qui a bien voulu nous aider dans ce travail. Voyez notre Préface. Zool. 2« Partie. - 6 82 COLLYRE DE CHEVROLAT. les deux latérales sont reculées en arrière et les deux sui- vantes plus saillantes que les trois intermédiaires. Les man- dibules et les palpes sont d'un bleu noir. Les antennes ont leurs quatre premiers articles d'un bleu luisant, les suivants sont noirs et ternes; on voit à l'extrémité des second et troisième articles , en avant et en dessus , une tache rougeâtre très-limitée. Le corselet ( i. a) est deux fois plus long que large , cylindrique , très-rétréci en avant, mais un peu évasé pour recevoir le co! , brusque- ment élargi aux deux tiers de sa longueur, parallèle en- suite , extrêmement globuleux en dessus , très-lisse et luisant, un peu comprimé latéralement en arrière, avec une faible trace de rebord -, son extrémité postérieure est rétrécie, et le bord, qui est sinué, offre une double bor- dure en bourrelet : il a , sur les côtés et en dessus, ainsi que la tête , des poils blanchâtres raides et assez longs , mais peu nombreux. L'écusson est noir, ovalaire, saillant au milieu d'un espace enfoncé laissé par les élytres. Celles-ci ( i , b ) ont trois fois leur largeur moyenne dans leur longueur ; leur base est de moitié plus large que le corselet , arrondie 5 elles restent presque parallèles jusqu'à la moitié de leur longueur, mais elles s'élargissent en- suite un peu, se rétrécissant en arrière en s'arrondissant, et se terminent en formant au milieu et par leur rappro- chement une faible échancrure postérieure. Leurs bords latéraux sont un peu sinueux , surtout en arrière : leur surface est couverte de gros points enfoncés ronds et assez espacés sur le tiers antérieur, plus gros, transverses et réunis entre eux , au milieu , et plus petits , allongés lon- gitudinalement et plus serrés en arrière, où ils vont en diminuant de grosseur. Tout le dessous est bleu lisse , COLLYRE DE CHEVROLAT. 83 Nuisant , garni de quelques poils blanchâtres. Le dernier segment abdominal est rougeâtre et rugueux. Les deux armures copulatrices , dans le mâle que nous décrivons, sont armées chacune de trois fortes épines relevées et en forme de râteau. Les hanches et les trochanters sont noirs. Les cuisses sont allongées , Hsses , d'un rouge fer- rugineux , à l'exception des postérieures, qui n'ont que la base de cette couleur ; l'extrémité de celles-ci , les jambes et les tarses ( i. c) de toutes les pattes sont d'un noir bleu luisant • les jambes et les tarses sont garnis de poils blancs assez serrés sur les tarses , et surtout à leur surface infé- rieure. Cette Collyre diffère de celle à laquelle M. Dejean a laissé le nom de Loiigicollis deFabricius, parce que celle-ci est un peu plus petite, d'un beau bleu pur, et parce que les points enfoncés de l'extrémité de ses élytres ne sont point allongés comme dans la nôti-e. On ne peut la con- fondre avec la C. Hors/îeldii de Mac Leay, parce que celle-ci a les élytres moins élargies en arrière , plus paral- lèles, que leurs points enfoncés sont plus réguliers, et parce que la moitié postérieure des jambes de derrière est blanche , ainsi que les tarses , qui n'ont que le bout du dernier article noir ; caractère qui distingue aussi de notre espèce le Colljris lugnbris de Vander Linden et Audouini de Laporte , qui pourraient bien n'être que la même espèce. Enfin la C. purpurata décrite par M. Klug ( Jahrbûcher der liisect. , etc. , p. 46), quoique paraissant avoir de l'affinité avec la nôtre , s'en éloigne certainement par une taille bien plus petite. Notre Collyris Chevrolatii vient de Java. 84 FÉRONIE D'EYDOUX. FÉROINIE (Créobie) D'EYDOUX. FERONT A {Creobius) EYDOUXII. Guer. (PI. 33, fig. 2.) Cette belle espèce se rapproche beaucoup par ses élytres de celles qui forment le groupe auquel on a donné le nom de Perçus y et que M. Brullé * sépare par le caractère pris de l'absence de carène à la base des élytres ^ mais on pourrait en faire un petit groupe à côté de celui-ci , à cause de la forme plus allongée du corps, et surtout parce qu'il est élargi en arrière, tandis que dans tous les grou- pes des Féroniens la plus grande largeur est au milieu. Quoique nous n attachions aucune importance à cette pe- tite division , nous lui avons cependant donné le nom de Créohius ; peut-être d'autres espèces viendront-elles s'y ioindre et lui donner une certaine consistance. Tout le corps de notre insecte est d'un noir à reflets verdàtres ; mais les reflets sont plus vifs sur la tête et sur le corselet. La tête (2 a.) est un peu plus étroite que le thorax , plus longue que large , assez inégale en dessus, et surtout en avant, où elle semble comme ridée et plis- sée. Le labre est transversal, très -saillant, faiblement * Histoire naturelle des Insectes, t. IV bis , page 370. FÉRONIE D'EYDOUX. 85 échancré au milieu , avec quatre ou cinq points enfoncés au bord antérieur. Les mandibules sont noires , peu sail- lantes , peu arquées, sans dents en dedans, lisses, avec la base seulement marquée de quelques rides longitudinales. Les palpes sont d'un noir brunâtre , terminés par un ar- ticle allongé et un peu ovalaire. Les antennes sont un peu plus longues que la tète et le corselet, noires, à articles obconiques assez fortement renflés à leur sommet. Le pre- mier article est assez allongé , plus épais 5 le second , quoique plus court, a la moitié au moins de la longueur du premier et du second, lequel estlui-mème un peu plus long que les autres. La lèvre inférieure est très-profondément échancrée au milieu , avec une forte dent médiane arron- die au bout et creusée au milieu. Le corselet est plus long que large , en cœur fortement rétréci en arrière, assez convexe en dessus, rebordé sur les côtés, avec quelques petits points enfoncés en avant et en arrière , dans le re- bord : il a au milieu une impression longitudinale qui commence très-près du bord antérieur et va se terminer au bord postérieur ; sa surface est lisse et luisante ; son bord antérieur présente un assez large bourrelet aplati , garni de quelques stries longitudinales -, il n'offre pas de fossettes bien marquées en arrière , où il est coupé presque droit ; toute sa surface est d'un noir à reflets vert-cui- vreux , avec les bords et la partie postérieure d'un beau vert luisant. L'écussou est tout à fait cacbé. Les élytre:s , d'un beau rouge métallique à reflets vert-cuivreux , paraissent soudées ; elles ont presque deux fois leur plus grande largeur dans leur longueur. Leur forme est ovalaire , allongée , et leur plus grande largeur est vers le tiers postérieur. Elles sont à peu près de la largeur du 86 FÉRONIE D'EYDOUX. corselet à leur base , sans repli transversal • elles s'élar- gissent insensiblement sans former d'angles huméraux saillants, ce qui indique qu'elles ne recouvrent pas d'ailes : leurs bords latéraux forment une courbe régulière jusqu'à leur extrémité , qui n'est ni tronquée ni échancrée 5 ce bord offre une petite bordure au-dessous de laquelle les élytres se dilatent un peu pour embrasser les côtés de l'abdomen : au-dessus de la bordure latérale , on observe une côte peu saillante , très-lisse , qui part de l'endroit où devrait être l'angle humerai, et va se terminer près de l'extrémité , en faisant là un petit crochet. Cette côte latérale donne aux élytres un aspect particulier , car elles semblent former trois pans distincts , l'un supérieur peu bombé , et deux latéraux presque perpendiculaires au supérieur. Il y a , sur ces côtés penchés , entre la côte latérale et le rebord, une série de huit gros points enfon- cés et verts , plus rapprochés entre eux en arrière. La surface supérieure des élytres est couverte de stries irré- gulières peu profondes, à intervalles subgranuleux, dont quelques-unes se réunissent , vers le milieu et près de la suture , pour former deux lignes de trois gros points lisses et noirâtres. Le dessous est lisse , d'un noir luisant à reflets verts 5 l'abdomen ne parait formé que de quatre segments , dont les deux intermédiaires plus courts et le dernier grand , en demi-cercle. Les pattes sont de la cou- leur du dessous , fortes , luisantes , avec les jambes et les tarses garnis en dessous de poils roux assez courts. Les tarses antérieurs du seul mâle que nous possédions (2. b. c. ) ont leurs quatre premiers articles dilatés et de forme subtriangulaire. Cette espèce curieuse, que nous dédions au voyageur FÉROINIE D'EYDOUX. 87 zélé qui a exécuté le voyage de la Favorite et celui de la Bonite^ a beaucoup d'affinités avec le Carahiis sutiiralis deFabricius, si mal figuré dans Olivier, n. 35 , pi. VI, fig. 7 1 . Mais , suivant M. Chevrolat , qui a vu le Cara- hus siitiiralis de la collection de Banks citée par Fabri- cius, notre insecte en est fort diflférent. La Feronia Ey- douxii a été prise au Pérou , près de Lima^ elle est unique dans notre collection. 88 CNÉMACAîNTHE. Genre CNÉMACANTHE. CNEMACANTHUS, G.-R. Gray. Ce genre a été établi par M. G. R. Gray dans l'édition anglaise du Règne Animai, sur une seule espèce provenant de l'Afrique et très-bien figurée , avec des détails caracté- ristiques, par M. Westwood, aux plancbes i5 et 34 de cet ouvrage. M. BruUé a adopté ce genre dans l'Histoire Naturelle des Insectes (édition de Pillot, t. W bis, p. 3^5, et pi. 1 5 , f. 4 ) 5 et il y a rapporté des espèces propres au Chili, qu'il a bien fait d'y réunir, mais qui n'offrent pas complètement les mêmes caractères. En effet, dans le ta- bleau qu'il donne ( page 343 ) des genres de la famille des Féroniens , il distingue les Cnémacanthes des genres sui- vants par ce caractère : jambes antérieures avancées en dehors et plus longues qu'en dedans. (Voy. notre pi. 34, fîg. I et 2 b.) Mais ce caractère essentiel ne se trouve pré- cisément pas dans l'espèce figurée par Gray , comme on peut le voir à la planche 34 , fig. 5 du Règne Animal an- glais , où M. Westwood a représenté une jambe anté- rieure de l'espèce unique servant à établir le genre , jambe qui n'est pas plus avancée en dehors que celle de tous les autres Féroniens connus , comme on le verra aux fig. 2, pi. 35, figures que nous avons copiées de la planche anglaise. CNÉMACANTHE DE DESMAREST. 89 Nous avons sous les yeux le Cnemacanihns ohscurus de M. Brullé et une grande et belle espèce nouvelle que nous allons décrire : ces deux insectes offientbien le pro- longement extérieur des jambes antérieures, lequel sert de caractère à M. Brullé; mais une troisième espèce, plus petite et provenant du Pérou , s'éloigne des précédentes par ses jambes antérieures, qui n'ont pas ce prolongement ou lobe externe , et vient par conséquent se ranger exacte- ment à côté du type de M. Gray. Nous ne pensons pas que cette légère différence soit suffisante pour motiver l'établis- sement d'un nouveau genre ; nous nous en servirons pour diviser les Cnémacanthes en deux sections, ainsi qu'il suit : I. Jambes antérieures prolongées ou lobées à l'extré- mité et extérieurement. (Cne malobus.) CNÉMACANTHE DE DESMAREST. CNEMJCANTHUS DESMARESTII. Nob. (PI. 34.) Le mâle est long de 26 et large de près de 10 millimè- tres , et la femelle est longue de 3o et large de plus de 12 millimètres. Les deux sexes sont d'un noir luisant ; mais, chez le mâle , il y a quelques reflets verts sur les bords du corselet et des élytres. La tête ( i. a) est lisse , aussi large que longue , moins large que le corselet , avec quelques petites impressions au milieu du front et une ligne trans- 90 CNÉMACANTHE DE DESMAREST. verse enfoncée entre les antennes ( a. c-d ), qui sont moins longues que la tête et le corselet : les mandibules sont fortes , avancées , peu courbées , avec une très-faible dent à la base de la droite ^ elles ont en dessus des sillons lon- gitudinaux assez forts. Le labre est saillant , assez échan- cré au milieu. Les antennes sont d'un noir brunâtre, un peu plus longues que la tête en y comprenant les mandibules ouverts. Le corselet (i. a.) est un peu plus large que long, arrondi et rebordé sur les côtés, plus étroit en ar- rière , beaucoup plus large que la tête , coupé droit en avant , un peu échancré au milieu en arrière, très-lisse et luisant avec une faible trace de sillon longitudinal au mi- lieu. Celui de la femelle ( i. b. ) est un peu plus large et plus arrondi : sur les côtés, cbez les deux sexes, il y a quelques petits points enfoncés dans la bordure latérale , vers le baul. L'écusson est grand, beaucoup plus large que long, et placé sur le col ou étranglement qui sépare le cor- selet des élytres. Celles-ci sont un peu plus larges que le corselet , un peu plus longues que larges , à épaules assez saillantes , de forme ovalaire , mais ayant les côtés un peu parallèles vers le milieu. Elles sont assez bombées , lisses, luisantes , garnies d'un rebord assez fort , avec une ligne de points enfoncés et assez serrés près de ce rebord, une autre ligne à points plus distants , un peu plus haut sur îe côté, et quelques plis et rides à 1 extrémité : on voit en dessus deux faibles traces de côtes très-effacées et qui ne s'aperçoivent qu'en faisant glisser le jour obliquement. Tout le dessous est d'un noir brun presque rougeâtre chez la femelle • les deux avant-derniers segments de l'ab- domen ont une rangée de points enfoncés et placés trans- versalement vers leur milieu • le dernier a des rides ar- CNEMACANTHE DE DESMAREST. 91 borisées vers la base et quelques plis à l'extrémité. Les pattes sont d'un brun noirâtre chez le mâle , rougeâtre chez la femelle ; elles sont fortes , à cuisses renflées , avec les jambes garnies de poils fauves peu serrés, lies jambes an- térieures ( I b. et 2 h. ) ont leur prolongement extérieur au moins aussi long que le premier article des tarses -, ceux-ci ont les trois premiers articles plus dilatés que le quatrième dans le mâle. L'échancrure interne de ces jam- bes est très-profonde et armée de deux forts éperons, l'un en haut, l'autre près du bout de la jambe. Nous avons consacré cette grande et rare espèce à la mémoire de Desmarest , dont les naturalistes déplorent la perte récente. Il l'avait reçue de Cordova. A cette première division se rapportent les Cneniacan- thus obscurus et cyaiieus de M. Brullé. 92 CNÉMACAINTHE PARALLÈLE. II. Jambes antérieures n'étant point avancées ou lobées à leur extrémité externe. ( Cnemacantlius propre de Gray. ) CNÉM ACANTHE PARALLELE. CJSEMACANTHVS PARJLLELUS. Nob. (PI. 35, %. I.) Il est long de i-i et large de 5 millimètres , noir, un peu terne, assez cylindrique et allongé. Sa léte (i. a) est un peu plus longue que large , plus étroite que le cor- selet , lisse , terne , avec un sillon transverse entre les antennes ( i. b) et des plis assez forts entre ce sillon et le bord antérieur. Les mandibules sont peu arquées , sans dents-, le labre est un peu échancré , transversal; les antennes sont noires, grenues; les palpes sont noirs, avec la base brune. Le corselet est un peu plus large que long, rétréci en arrière , faiblement arrondi et rebordé sur les côtés , avec quelques points dans la bordure, donnant in- sertion à de longs poils raides et blanchâtres. Il a en ar- rière et de chaque côté une très-faible fossette, et au milieu une ligne longitudinale peu enfoncée. Ses bords antérieur et postérieur sont coupés droit. L'écusson est large , court, arrondi en arrière, lisse. Les élytres sont soudées , ovalaires , parallèles au milieu , arrondies en CNÉMACANTHE PARALLELE. 93 arrière, à angles huméraux assez saillants, mais arrondis, avec une bordure latérale 5 elles ont trois ou quatre petits points enfoncés en arrière près de la bordure , et leur surface présente de faibles côtes presque efTacées et que l'on n'aperçoit bien que lorsqu'on fait glisser la lumière obliquement sur elles. Le dessous est noir, un peu luisant, lisse-, les pattes sont assez fortes, noires, à cuisses ren- flées et comprimées, avec les jambes et les tarses garnis en dessous de quelques poils fauves. Les jambes antérieu- res ( i . c ) sont droites , fortement échancrées en dedans avec deux forts éperons aux deux côtés de l'échancrure. Leur extrémité est tronquée un peu obliquement, mais sans saillie notable en dehors. Le seul individu que nous connaissions est une femelle un peu mutilée^ il a été pris au Pérou, près de Lima, et il fait partie de notre collection. La seconde espèce de cette division est le Cuemacanthus ^ibhosus. Gray, The Anim. King. Ins., 1. 1 , p. 270, pi. i5, fig. I, et pi. 34 , fig. 5. Use trouve en Afrique. Nousavons reproduit (pi. 35 , f . 2 ) les figures de son an- tenne (2), de son labre (2. a) et de sa patte antérieure ( 2. b ) ^ pour mieux faire sentir ses affinités. 94 FÉRONIE DE CHADDOIR. FÉRONIE ( Trirammatus) DE CHAUDOIR. FERONIA ( Trirammatus) CHJUDOIRIL Nob. (PI. 35, fig. 3.) Le genre Trirammatus a été fondé par Eschscholtz dans sa collection , mais caractérisé pour la première fois par M. le baron Max. de Chaudoir, dans son tableau d'une nouvelle subdivision du genre Feronia. (Bulletin de Moscou, iSSy.) Déjà, en i835, dans les Annales de la Société Ento- mologique de France (t. 4, P- 44^), M. de Chaudoir avait décrit une espèce de 7^/'ùaw/??af//."f, son T.JulgiduSy et il avait annoncé que ce genre comprenait les Pœciliis Peruviaiais , Dej., et P. unistiialiis d'Eschschollz, A la suite de son tableau des Féronies , il donne la répartition des espèces dans chacun de ses genres ; mais nous ne trouvons dans les Trirammatus que les P. unistriatus eifulgidus. Quant au P. Peruvianus , l'auteur le place à la fin de son travail , avec un certain nombre d'autres es- pèces auxquelles il n'a pu assigner exactement de place dans sa méthode , ce qui nous fait penser que cette mé- thode n'a pas encore acquis le degré de perfection con- venable. FÉRONIE DE CHAUDOIR. 95 Notre Feronia C/«rt//<7o/nV appartient à ce genre et en constitue la troisième espèce ; elle est très voisine du Pœ- ciliis iwismatus , mais elle est notablement plus grande, ce qui la distingue aussi du Triranimatus Julgidus , qui est plus petit que le P. uuûtriaius. Notre espèce a plus de dix millimètres de long et quatre millimètres de large (4 li- gnes 1/2 et I ligne 3/4). Tout son corps est noir luisant, mais le corselet offre quelques reflets bleus , et les élytres sont entièrement d'un beau bleu indigo. La tête est petite, aussi large que longue , avec une forte impression trans- verse en avant entre l'insertion des antennes. Celles-ci et les palpes sont fauves. Le corselet est presque aussi large que les élytres , beaucoup plus large que long , lisse et luisant , offrant de très-faibles traces de rides transver- sales , ayant au milieu une faible strie longitudinale , et deux fossettes en arrière près des angles postérieurs. L'é- cusson est noir, triangulaire , lisse ; les élytres sont allon- gées, parallèles, arrondies en arrière, de moitié plus longues que larges, très-lisses et luisantes, rebordées; elles ont chacune huit stries peu enfoncées, finement ponctuées , dont les trois ou quatre externes et celle qui borde la suture sont un peu plus enfoncées ; la huitième strie, celle qui longe le bord externe, offre huit ou neuf gros points enfoncés plus rapprochés et même confondus ensemble en arrière. Le dessous est très-lisse et luisant. Les pattes sont noires avec les jambes et les tarses d'un brun un peu fauve ; les cuisses sont fortes et renflées. Cette jolie espèce a été prise à Lima , au Pérou 5 nous l'avons dédiée à M. le baron Maximilien de Chaudoir, à qui la science doit de bons travaux , surtout sur la famille des carabiques. 96 FÉRONIE ERRANTE. FÉRONIE (Platysme) ERRANTE. FERONIJ {Platjsma) ERRATICA, Nob. (PI. 33, fig. 3. ) C'est près de la Feronia cordicotlis de M. Dejean qu'il faut placer celte espèce ^ elle est longue de 1 1 et large de 4 millimètres , d'un noir luisant , un peu aplatie. Sa tète est plus étroite que le corselet , aussi longue que large, avec les yeux saillants et bruns. Elle a, au milieu et en avant , une petite fossette peu marquée , un sillon assez allongé et longitudinal de chaque côté depuis les yeux jusqu'au bord antérieur, et un sillon transverse en avant. Les antennes sont noires , au moins aussi longues que la tête et le corselet réunis ; les palpes sont bruns. Le corselet est cordiforme, plus étroit et un peu échancré en arrière de chaque côté , rebordé , très-lisse , avec un sillon longitudinal et deux fossettes profondes , allongées, placées en arrière ; son bord antérieur est tronqué, droit ; le postérieur est légèrement sinueux. L'écusson est lisse , triangulaire. Les élytres sont plus larges que le corselet à leur base , en ovale allongé , arrondies en arrière , lisses et luisantes : elles ont chacune neuf stries bien marquées, lisses au fond , s'anastomosant vers le bout • la troisième strie offre , au milieu et en arrière , deux gros points en- FERONIE ERRANTE. 97 foncés ', il y a une rangée de douze ou quatorze très-gros points enfoncés près du bord externe , entre les huitième et neuvième stries -, ces points se réunissent entre eux vers le milieu et en arrière 5 en observant les élylres avec une forte loupe, on aperçoit quelques petits points enfoncés et épars sur le sommet des côtes , mais seulement vers le mi- lieu et du côté de la base des élytres. Le dessous et les pattes sont noirs , lisses et luisants , il y a quelques poils bruns sous les jambes et les tarses (3. a. ). Cette espèce a été prise au Chili. Zool. 2« Partie. 98 STIGMODERE ALIÉ. STIGMODÈRE ALIÉ. STIGMODERÀ CONJUNCTA. Chevrolat. (PI. 36,fig. I.) Ce joli bupreste , que nous possédons seul à Paris , vient d'être décrit par M. Chevrolat , à qui nous l'avons communiqué , dans un mémoire intitulé : Centurie de Bupresddes. (Revue Ent., vol. V, pag. 41-) Il est long de 1 6 et large de 5 millimètres 1/2 , al- longé, parallèle, velu , d'une couleur métallique cuivrée avec les élytres vertes , le sternum du prothorax et les bords latéraux , les bords des élytres et une bande longi- tudinale sur chacune , d'un jaune un peu orangé. La tête est plus large que longue , ponctuée , tronquée et garnie en avant de poils jaunâtres très-serrés et assez longs. Les antennes ( i. a. ) sont en scie , plus courtes que le cor- selet. Le corselet est plus large que long , plus étroit en avant , arrondi sur les côtés et un peu sinué en arrière , avec les angles postérieurs assez aigus. Il est couvert de gros points enfoncés et de poils gris-jaunâtres assez longs et assez serrés , avec un large et profond sillon longitu- dinal au milieu et une fossette profonde de chaque côté , près des angles postérieurs. Son bord antérieur est un peu avancé au milieu, le postérieur est un peu sinueux, avancé STIGMODÈRE ALIÉ. 99 «n arrière et un peu rebordé. Ses côtés, en dessus et en dessous , sont d'un beau jaune ; l'écusson est de forme triangulaire , à côtés vin peu arrondis ; il est cuivreux et très-lisse. Les élylres sont au moins deux fois plus lon- gues que larges, arrondies au bout , sans dentelures , d'un beau vert brillant à reflels bleus, leur bord est sinué un peu avant le milieu : elles sont bordées de jaune depuis l'angle humerai jusqu'au bout et elles ont près de la su- ture une bande longitudinale de la même couleur , élar- gie vers la base , et venant se réunir en arrière avec la bordure marginale. Cette bande médiane est située sur une forte côte élevée , presque droite , à sommet lisse • il y a une autre côte près du bord externe, mais dans la partie verte ; celle-ci est également lisse à son sommet , mais elle est fortement courbée en dedans près du milieu ; partant de l'angle humerai , elle va se terminer assez près de l'extrémité. Entre ces côtes il y a des points enfoncés très-gros et rangés en séries 5 ceux qui avoisinent la su- ture et la forte côte jaune sont plus petits , les autres sont séparés par des côtes moins élevées. Le dessous et les pattes sont couverts de petits points enfoncés et serrés , et garnis de poils blanchâtres assez longs et couchés. Le sternum du prothorax est dun l^eau jaune, cette couleur s'élargit en avant et se, termine près de la tête en forme de cœur. Ce bupreste vient du Cbili et nous a été donné par i\L Gay. 100 TAUPIN A ÉLYTRES JAUNES. TAUPIN (Semiotus) A ÉLYTRES JAUNES. ELATER {Semiotus) LUTEIPENNIS. Nob. (PI. 36, fig. 2.) Cette belle espèce est longue de 26 et large de 8 mil- limètres. Tout son corps est noir, lisse et luisant, à Texcep- lion des bords du corselet, dessus et dessous, et des élytres, qui sont d'un beau jaune d'ocre. Sa tête est plus large que longue, ponctuée, avec une large impression occupant tout le front. Les antennes (2. b.)sout plus longues que la tête et le corselet, un peu en scie , d'un noir terne. Les pal- pes sont noirs, courts, avec le dernier article sécuriforme. Le corselet est plus large que la tète , un peu plus long que large , à cotés parallèles , ayant les angles antérieurs arrondis, les postérieurs prolongés en une pointe aiguë 5 son bord antérieur est un peu avancé et un peu échancré au milieu , sa surface est lisse , luisante et parsemée de petits points enfoncés assez distants entre eux ; l'écusson est noir et arrondi. Les élytres sont lisses , allongées , de la largeur du corselet à leur base , un peu élargies vers le milieu , terminées en pointe et ayant au bout une pe- tite échancrure qui les fait paraître bidentées 5 elles sont lisses et luisantes, et offrent chacune neuf stries ponctuées et assez profondes. Les pattes (2. a. ) sont assez grêles, TAUPIN ABDOMINAL. lOï noires , sans poils. Le dernier segment de i'abdonaen est terne et garni d'un fin duvet noir. Ce beau Taupin, unique dans notre collection , nous a été cédé par M. Fontaine comme venant du Chili ; nous pensons plutôt qu'il est du Pérou. TAUPIN (Alaiis) ABDOMINAL. ELATER {Alaus) ABDOMINJLIS. Nob. (PI. 36, fig. 30 Il est long de y6 et large de 7 millimètres , allongé , parallèle , noir terne et tomenteux, avec le milieu du mé- tathorax et l'abdomen rouges. La tête est plus étroite que le corselet , plus large que longue , couverte de gros points enfoncés , avec une impression large et peu pro- fonde sur le front. Les antennes sont plus longues que la tête et le corselet, un peu en scie, à articles aplatis ; les second et troisième articles sont plus courts (3. c), et le septième, dans l'antenne droite , la seule qui soit entière dans l'individu unique que nous possédons , est un peu plus large et offre au milieu du bord interne une forte échancrure (3. d.). Le corselet est de forme carrée, à peine plus large que long, un peu rebordé et presque droit sur les cotés , avec les angles postérieurs aigus , prolongés en arrière et fortement ca- rénés en dessus : toute sa surface est rugueuse et couverte 102 TAUPIN ABDOMINAL. de torts points enfoncés et très-rapprochés, à l'exception de deux espaces élevés et placés un de chaque côté , un peu en avant du milieu , lesquels sont lisses et luisants. Ces deux espaces lisses sont situés sur deux élévations lon- gitudinales qui produisent trois larges sillons peu pro- fonds. L'écusson est arrondi , finement ponctué , avec une petite côte longitudinale lisse en arrière. Lesélytres sont allongées, plus de deux fois plus longues que larges , pa- rallèles , fortement rebordées sur les côtés , arrondies au bout, ponctuées, couvertes d'un duvet noir très-court et très-serré^ elles ont, près du bord externe, une côte élevée et arrondie partant de l'angle humerai, se dirigeant d'abord en dedans et parcourant ensuite la longueur de l'élytre , parallèlement à son bord externe. Chaque élytre a en outre neuf stries ponctuées. Le dessous du corselet est noir, ponctué , sans sillons pour les antennes. Le dessous du mésothorax et du mélathorax , également noir et ponctué , est presque entièrement occupé par une grande tache rouge. L'abdomen est lisse, luisant, fine- ment ponctué et entièrement d'un rouge vif (3. a.). L'anus est terminé par une pointe assez aiguë. Les pattes (3. b.) sont toutes noires. Ce bel insecte est indiqué par M. Fontaine, qui nous l'a cédé avec une grande collection, comme venant du Chili , mais nous pensons qu'il l'a pris plutôt au Pérou. Nous l'avons rapporté au genre Alaus de Eschscholtz, parce que le plus grand nombre de ses caractères l'en rap- prochent , mais il n a pas tout à fait le même faciès. TAUPIN VENTRAL. 103 TÂUPIN ( Dicrépidie ) VENTRAL. ELATER {Dicrepidms) VETSTRALIS. Nob. (PI. 37, fig. I.) Il est long de 10 et large d'un peu plus de 4 millimètres, d'un brun noirâtre dessus et dessous, à l'exception du ven- tre, qui est rougeâtre. Sa tète est de la largeur du corse- let , fortement ponctuée , avec une faible fossette en avant du front. Les antennes (i. a.) sont d'un brun tirant sur le fauve, un peu en scie , plus longues que la tête et le corselet , avec les second et troisième articles , mais sur- tout le second , beaucoup plus petits. Le corselet est à peu près aussi long que large , arrondi sur les côtés , un peu bombé , ayant les angles postérieurs aigus et prolongés en arrière \ il est fortement ponctué et couvert de poils jaunâtres assez serrés, ainsi que la tète et lesélytres, ce qui donne à sa couleur noirâtre un ton verdâtre , produit par le mélange du jaune des poils. L'écusson est un peu oblong, un peu rétréci à sa base, terminé en forme de cœur, mais à pointe arrondie; il est couvert de petits points en- foncés. Les élytres sont deux fois plus longues que larges, parallèles , de la largeur du corselet , effilées et arrondies au bout -, elles sont couvertes de points assez serrés et très-marqués , et offrent chacune neuf stries de points en- 104 TAUPIN A JOLIES ZONES. foncés plus forts et très-rapprochés entre eux. Le dessous de tout le thorax est de la couleur du dessus , à l'exception du bord postérieur du métathorax , qui est fauve, ainsi que les hanches et les tarses 5 les rebords des élytreset l'abdo- men sont également fauves ; les cuisses et les jambes sont noirâtres. Tout le dessous et même les pattes sont ponctués et garnis d'un duvet jaunâtre. Les second et troisième ar- ticles des tarses antérieurs et intermédiaires (i. h.) ont une palette assez allongée. Il n'y en a qu'une située au troisième article aux tarses postérieurs (i. c), ce qui pourrait autoriser à former avec cet insecte une coupe générique liant les Monocrepidàis aux Dicrrpidius , coupe que nous proposerions de désigner sous le nom à\Heteroc/'epidius. Cet insecte curieux vient du Pérou. TAUPIN C^ole) A JOLIES ZONES. ELATER (yEolus) CALLIZONVS. Nob. (PI. 37, fig. 2.) Ce joli Taupin est long de 6 à 8 et large de i 1/2 à 2 millimètres 5 il est de forme allongée, assez aplati. Sa tète est noire , finement rugueuse , couverte de poils jaunâtres assez longs , avec les yeux bruns. Les antennes et les pal- pes sont jaunes ; les antennes (2. a.) sont beaucoup plus TAUPIN A JOLIES ZONES. 105 longues que la tête et le corselet , filiformes, un peu ve- lues , avec les second et troisième articles courts , égaux , moins longs , réunis, que le premier ou le troisième. Le corselet est plus long que large , un peu plus étroit en avant, arrondi sur les côtés, avec les angles postérieurs très-aigus et très-prolongés en arrière. Toute sa surface est couverte de points enfoncés , de forme un peu oblon- gue 5 il a des poils jaunâtres assez clairsemés et offre au milieu une large tache longitudinale noire , dilatée au mi- lieu et qui touche aux deux extrémités. L'écusson est noir, allongé , à côtés presque parallèles , arrondi en arrière. Les élytres sont au moins deux fois plus longues que lar- ges , arrondies en arrière , d'un beau jaune vif, luisantes, avec neuf stries assez profondes et finement ponctuées au fond : ces élytres sont marquées de trois bandes trans- verses noires, ondées ^ la première, au tiers antérieur, re- monte jusqu'à la base et entoure l'écusson , la seconde est située au tiers postérieur, et la dernière termine les élytres 5 elles sont en outre couvertes de poils jaunâtres , assez peu serrés. Le dessous est brun, plus ou moins noirâtre , avec tous les bords jaunes. Les pattes sont entièrement jaunes et peu velues. Pris à Callao , au Pérou. 106 TAUPIN DU PÉROU. TAUPIN (Cardiophore) DU PÉROU. ELATER [Cardiophorus) PER UVIANUS. Nob, (PI. 37, fig. 3.) Ce Taupin est long de 8 1 2 et large de près de 3 mil- limètres , assez allongé , d'un jaune un peu fauve dessus et dessous. Sa tète est de la largeur du corselet en avant , arrondie au bord antérieur, aussi longue que large, très- finement ponctuée, un peu velue, avec les yeux grands et de couleur gi ise. Les antennes sont plus longues que la tète et le corselet , un peu en scie , avec le second article seul plus court que les autres. Le corselet est presque aussi long que large, rétréci en avant, arrondi sur les côtés, un peu bombé au milieu, avec les angles postérieurs assez prolongés en arrière , mais un peu arrondis au bout. Toute sa surface est lisse et luisante 5 mais il est couvert d'un fin duvet jaune assez serré. L'écusson est assez cor- diforme , avec une fossette au milieu. Les élytres sont à peu près deux fois plus longues que larges, rétrécies en pointe en arrière, lisses, tomenteuses, avec neuf fortes stries fortement ponctuées au fond. Le dessous est lisse, d'un fauve un peu brunâtre, tomenteux , avec les deux derniers segments abdominaux plus rougeâtres. Les pattes sont d'un jaune pâle avec les tarses de la couleur du des- sous du thorax. Des environs de Lima au Pérou, TAUPIN DE CLERY. 107 TAUPIN ( Cardiophore ) DE CLÉRY. Nob. ELJTER {Cardiophorus) CLERYI. Nob. (PI. 37, fig. 4.) Cette petite espèce ne peut être comparée qu'à \E. cquiseti de Herbst, mais elle s'en distingue d'une manière suffisante. Elle est longue de 5 et large de 2 millimè- tres , d'un brun marron plus ou moins noirâtre. Sa tête (4. a.) est petite, arrondie en avant, finement rugosule, avec des poils gris peu serrés. Les antennes et les palpes sont d'un jaune testacé un peu fauve ^ les antennes (4- b.) sont à peine de la longueur de la tète et du corselet, velues, composées d'articles obconiques , faiblement dentées en scie au côté interne. Le corselet est un peu globuleux , aussi large que les élytres , rétréci en avant et en arrière , et ayant les angles postérieurs assez saillants , mais non aigus : vue à une forte loupe, sa surface supérieure paraît très-finement chagrinée -, il est couvert de petits poils gris, très-serrés et couchés. L'écusson (4- c. ) est en forme de cœur, velu. Les élytres sont allongées, terminées en pointe 5 elles ont chacune neuf stries formées par des points enfoncés et oblongs , et elles sont couvertes de poils gris très-serrés et couchés , formant des stries grises au sommet des côtes. Le dessous est d'un brun plus foncé, peu velu sous la poitrine et sous le corselet , mais ayant 108 AUPIN A QUATRE TACHES. les segments de l'abdomen couverts de duvet gris très- court et très-serré. Ses pattes sont de longueur ordinaire , avec les cuisses un peu comprimées , elles sont entière- ment d'un jaune fauve , très-peu velues, avec les tarses (4- d. ) simples terminés par deux crochets ( 4. e. ) grêles à peine dentés à la base. Cet insecte ne parait pas rare au Pérou , nous en avons des individus pris à Lima , à Guayaquil et dans la petite île de San-Lorenzo ; nous les devons au zèle de M. Cléry, à qui nous dédions l'espèce. TAUPIN (Cardiophore) A QUATRE TACHES. ELATER iCardiophorus) TETRASPILOTUS. Nob. (PI. 38, fig. 1.) 11 ressemble beaucoup pour la forme et pour la taille à r^". Clerji; comme lui, il est long de 5 et large de près de 2 millimètres , peu allongé , un peu ovalaire , noir luisant-, sa tête est petite, rétrécie en avant , lisse et noire, avec des poils courts et gris-, les yeux sont d'un brun fauve ainsi que les antennes , qui ont à peine la longueur de la tête et du corselet, et dont les articles sont assez courts , un peu dentés en scie en dedans et velus. Les palpes sont de couleur fauve -, le corselet est VTAUPIN A QUATRE TACHES. 109 noir, lisse et luisant , à peu près aussi long que large , velu , assez bombé au milieu , arrondi sur les côtés , rétréci en avant et en arrière, avec les angles postérieurs peu saillants et peu pointus, un peu fauves. L'écusson est en forme de cœur, aussi long que large , brun noi- râtre terne. Les élytres sont de la largeur du corselet à leur base, elles s'élargissent un peu ensuite et vont en s'arrondissant en arrière , elles sont noires , très-fine- ment ponctuées , avec neuf stries profondes dont les quatre premières prennent naissance assez loin du bord antérieur. Elles sont couvertes d'un duvet cendré assez serré et offrent chacune une grande tache obiongue rouge, partant de l'angle humerai et se terminant au milieu, en se dirigeant un peu vers la suture, et une autre tache de la même couleur, située au tiers postérieur, ar- rondie en dedans , mais n'atteignant pas la suture. Le dessous est noir luisant, tomenteux; les pattes sont entiè- rement fauves. Nous avons sous les yeux une variété de cette espèce chez laquelle le corselet est d'un brun fauve et dont les taches jaunes des élytres occupent un plus grand espace, de manière à ne laisser qu'une croix noire formée par la suture et une bande transverse au delà du milieu. Cet insecte a été trouvé aux environs de Callao , au Pérou. 110 TAUPIN DE SAULCY. TAUPIN (Oophore) DE SAULCY. ELATER {Oophorus) SAULCYL INob. (PI. 38, fig. 2.) Il esl long de lo et large de près de 3 millimètres , allongé, rétréci en arrière, peu convexe et noir. La tête est arrondie en avant , de la largeur du corselet , forte- ment ponctuée, velue , avec les yeux bruns ; les antennes (2. a.) sont plus longues que la tête et le corselet, filiformes, fauves avec le second article plus court que le troisième qui est presque égal aux suivants^ les palpes sont de la même couleur ; le corselet est noir , plus long que large, élargi en arrière , un peu arrondi sur les côtés , fortement ponc- tué , couvert de poils courts et jaunâtres peu serrés , avec les angles postérieurs très-aigus et très-prolongés en arrière, d'un rouge fauve dessus et dessous, couleur qui s'étend assez haut de chaque côté du corselet. L'écusson est ponctué, de forme un peu ovalaire subcarrée. Les élytres sont un peu moins larges que le corselet, plus de -»^^'%<^f»V%»^^'** » X'V* »^/» '»%'*'%'%'» *%^ "» \'»'V% '»»■»'»*'%**'»**'•*****'»'*** Genre PSAMMOTRUPE. PSAMMOTRVPES. Nob. Nous avons indiqué ce genre dans notre Iconogra- phie du Règne Animal (texte , Insectes , page 74)- Il ^st très-voisin des Pachysomes , mais il s'en distingue surtout par la massue de ses antennes et par ses tarses, qui n'ont point de crochets au dernier article 5 voici les caractères que nous lui assignons : Corps court et large , avec les élytres à peine plus lon- gues que le corselet, ovales, transverses • antennes de neuf articles , le premier allongé , formant la moitié de leur longueur • le second très-petit , les deux suivants cha- cun plus de deux fois plus longs que le second, presque égaux ; les cinquième et sixième , courts , transverses , égalant à eux deux le précédent 5 les trois derniers formant une massue allongée, et à feuillets égaux en épaisseur, au moins aussi longs que les cinq articles précédents ; mé- diosternum allongé longitudinalement , avec les hanches des pattes intermédiaires portées fort en arrière , de ma- nière à ce qye ces pattes s'insèrent très -près des posté- rieures, qui sont elles-mêmes très-reculées 5 pattes anté- rieures sans tarses , les intermédiaires et postérieures ayant des tarses assez allongés, fortement ciliés des deux U6 PSAMMOTRUPE A FRONT DENTÉ. côtés , et dont ie dernier article n'a pas de crochets ter- minaux. Des cils Irès-allongés et dirigés en avant, de chaque côté du corselet. PSAMMOTRUPE A FRONT DENTÉ. PSAMMOTRUPES DENTÎFRONS. Nob. Il est long de i8 à 23 et large au corselet de i4 à 17 millimètres ; noir assez luisant ; tête finement ponctuée , deux fois plus large que longue , terminée en avant par deux cornes placées au milieu du chaperon , dirigées en avant , un peu divergentes et relevées vers leur extrémité, d'une longueur égale aux deux tiers de celle de la tête 5 côté du chaperon , en avant , offrant trois petites dents ^ corselet transversal , plus de deux fois plus large que long, arrondi et cilié sur les côtés , tronqué droit en avant , avec une petite échancrure au milieu pour l'insertion de la tête, anguleusement échancré en arrière, finement ponctué, avec une impression longitudinale au milieu , partant de l'angle intermédiaire postérieur et n'atteignant pas le bord antérieur ; élytres en ovale transverse , plus larges que longues , à angles huméraux arrondis , situés en arrière de la base , à bord externe un peu rebordé , embrassant l'abdomen sur les côtés , avec de fines stries ponctuées , un peu effacées en arrière 5 pattes grandes ; PSAMMOTRUPE A FRONT DENTÉ. 127 les jambes antérieures armées du côté externe de (juatre dents arrondies , ciliées au bord interne 5 les quatre sui- vantes minces , point élargies vers Textrémité , ciliées , quadrangulaires , avec la saillie anguleuse externe fine- ment dentée en scie -, tarses aplatis de cinq articles allant en diminuant de longueur, fortement garnis de poils fau- ves de chaque côté , sans crochets au bout. Nous possédons un individu qui nous semble être une femelle , chez lequel les deux cornes antérieures du cha- peron sont plus courtes , qui a le corselet un peu moins large et les pattes moins longues , avec de fines stries de points sur les élytres , séparées par de très-faibles éléva- tions qui ont l'apparence de côtes effacées. C'est peut- être une variété ou même une autre espèce. Cet insecte se trouve dans les déserts sablonneux de l'extrémité de l'Amérique méridionale, dans le Tucuman, d'où il a été rapporté par M. Lacordaire, et en Patagonie , où M. d'Orbigny l'a observé. On nous a assuré que nos deux insectes ne sont autre chose queV Eucraiiium arach- noïdes du catalogue de M. le comte Dejean. Voulant vérifier ce fait , nous nous sommes présenté plusieurs fois chez ce général sans le rencontrer, et ayant appris enfin qu'il était en voyage pour plusieurs mois , nous n'avons pu retarder l'impression du présent ouvrage pour l'at- tendre, et nous avons passé outre, ne pouvant acqué- rir la preuve de l'identité de notre genre avec le sien. Du reste , si nous n'habitions pas Paris , il nous serait impos- sible de connaître ces genres , et nous ne pourrions pas plus les adopter, malgré l'envie que nous en aurions. Il est probable que cet insecte se rapporte aussi à la deuxième division des Pachysoma, établie dans le Buffon J28 GÉOTRUPE A DENTS LATÉRALES. de Dumesnil , Insectes , II , p. 68 ; mais la description donnée par M. de Casteinau est si vague que nous n'en sommes pas sûr, d'autant plus qu'il donne le Chili pour habitation à son espèce. Ne pouvant voir l'insecte dont s'est servi M. de Casteinau , nous avons été obligé de consi- dérer le nôtre comme différent. GÉOTRUPE A DENTS LATÉRALES. GEOTRUPES LATERIDENS. Nob. Cette espèce a beaucoup de rapports avec le Geotrupes tjphœus de notre pays , mais elle s'en distingue parce que les cornes de son corselet sont situées au bord anté- rieur, très-bas et tout à fait sur les côtés de la tète. Cet insecte est long de 17 et large de 10 millimètres, noir luisant ; la tête a un petit tubercule au milieu du front , avec les bords du chaperon un peu relevés en carène, se prolongeant de chaque côté et au-dessus des yeux 5 le cor- selet est large , rugueux : il a , au milieu du bord anté- rieur, un petit tubercule assez saillant, et de chaque côté une corne avancée , courbée du côté de la tète, dontl'ex- trémiié atteint au-dessus des yeux , à la hauteur du tu- bercule de la tête ; ces deux cornes ont , au côté externe, une petite carène assez tranchante : elles semblent em- brasser la tête ; l'écusson est arrondi , lisse ; les élytres sont lisses, avec d'assez profonds sillons; les jambes an- ATHYRÉE RECTICORNE. 129 lérieures sont armées au côté externe de six ou sept dents arrondies, plus fortes à l'extrémité. Ce Géotrupe a été trouvé au Chili. ATHYRÉE RECTICORNE. ATHYREUS RECTICORNIS, Nob. (PI. 4o, % I.) Il est long de 19 et large de 10 millimètres , d'un brun rougeâtre , avec les élytres plus foncées; la tète est avancée et allongée, avec le chaperon terminé en avant par une corne dressée, un peu dirigée en avant, moins longue que la tête; il y a un pelit tubercule de chaque côté en avant des yeux 5 le corselet est lisse et luisant , un peu ponctué , coupé brusquement et verticalement en avant , avec une petite fossette au milieu et vers le haut de la coupure , en avant de laquelle on voit une forte corne droite, dirigée en haut , et dont l'extrémité dépasse à peine le sommet du corselet ; les élytres sont lisses et luisantes, avec des stries assez enfoncées et ponctuées ; le dessous, les antennes et les pattes sont jaunâtres , velues (mâle) ; il y a cinq dents aux pattes antérieures. De la rivière des Cygnes à la Nouvelle-Hollande. Zool. 2= Partie. 9 130 BOLBOCÈRE DE REICHE. BOLBOCÈRE DE REICHE. BOLBOCERAS REICHII. Nob. Cette grande espèce est longue de 22 et large de i4 mil- limètres , d'un jaune fauve très-luisant ; sa tête est fine- ment rugueuse ; le chaperon est court , un peu échancré en avant avec une grande corne sur le front, à la base extérieure de laquelle il y a une petite carène transverse -, cette corne est dirigée en haut , presque droite , un peu renflée au milieu et un peu courbée en arrière , dépas- sant assez notablement la hauteur du corselet 5 le corselet est lisse , un peu plus large que les élytres , rebordé , rugueux de chaque côté , avec une impression placée près des angles postérieurs-, il y a, en avant et au milieu,, une forte excavation longitudinale, et de chaque côté, au milieu de sa hauteur, et aux limites de cette excavation, une forte dent un peu courbée en haut au bout ^ les élyires sont très-lisses, avec des stries fines et ponctuées ^ la su- ture et les contours sont bordés d'un très-fin liseré noi- râtre j le dessous du corps , les antennes et les pattes sont d'un jaune plus pâle ; les pattes ont les genoux et l'extré- mité des dents noirâtres 5 les antérieures sont armées de cinq dents petites à la base, et devenant très -fortes à l'extrémité (mâle). De la rivière des Cygnes, à la Nou- velle-Hollande. Nous dédions cette bejle espèce à M. Rei- BOLBOCERE FRONTAL. 13$ che , qui la possède seul à Paris , el nous profitons de cette occasion pour le remercier de l'obligeance avec la- quelle il nous a communiqué sa riche collection pour nos divers travaux. BOLBOCERE FRONTAL. BOLBOCERAS FRONTALIS. Nob. Il est long de 11 et large de i3 millimètres, d'un brun rougeâtre foncé. La tête est rugueuse , avec le chaperon transversal, très-faiblement sinué en avant; le front a une carène transversale un peu élevée , quadridentée ; les dents latérales un peu plus fortes que les intermédiaires , qui sont plus arrondies , et une impression arrondie der- rière cette carène \ le corselet est arrondi , rugueux sur les côtés et en avant , lisse au sommet , ayant au milieu une petite dépression transversale, en avant de laquelle on voit une petite élévation transverse et un peu échancrée au milieu ; les élytres sont assez fortement striées, à stries ponctuées avec les intervalles lisses; le dessous, les pattes et les antennes sont d'une couleur rougeâtre plus pâle, à poils jaunes assez serrés (femelle). — De la rivière des Cygnes, unique dans la collection de M. Reiche. Cette espèce est assez voisine du Bolboccras Australasiœ de Kirby (Descr. of Ins. New-Holl. , Trans. Lin. Soc, tom. 12 , p. 462 , pi. 2 3 , fig. 5) 5 mais elle est bien plus grande , et la crête de sa tête l'en sépare suffisamment. 132 ORYCTOMORPHE. Genre ORYCTOMORPHE. ORYCTOMORPHUS. Nob. • Nous avons établi ce genre dans le Voyage autour du monde du capitaine Duperrey, pour un insecte voisin des Oryctés ( Zool., t. 5 , partit. 2 , I" div., p. 79, pi. 3, fig. 3). En voici deux autres espèces. ORYCTOMORPHE VARIÉ. ORYCTOMORPHUS VARIEGATUS. Nob. Il est long de 18 et large de 10 millimètres, d'un noir luisant ; les antennes ont la massue très-grande, noirâtre 5 la tête a son chaperon rétréci en avant , bilobé et un peu relevé, avec une très-petite corne ou tubercule sur le ver- tex 5 le corselet est transversal , finement ponctué , un peu excavé au milieu, avec une grande tache rouge de chaque côté ; les élytres sont lisses , très-faiblement ponctuées , avec une grande tache près de l'écusson , une ligne obli- que vers le milieu, envoyant un rameau en arrière, d'un jaune d'ocre ^ les pattes et le dessous sont noirs 5 le ORYCTOMORPHE A CORSELET TACHÉ. 133 bord postérieur de ravant-dernier segment abdominal est d'un beau jaune. — Du Pérou. ORYCTOMORPHE A CORSELET TACHÉ. OnrCTOMORPHUS MACULICOLLIS. Nob. Il est long de i5 et large de 8 millimètres. La léte est noire , rugueuse; la massue des antennes est grande, plus longue que la tige ; le cliaperon est rétréci en avant , un peu relevé, arrondi avec un petit tubercule sur le vertex ; le corselet est couvert de gros points enfoncés , d'un jaune d'ocre, avec les bords, quatre grandes taches en avant et un peu au delà du milieu , et deux grandes taches confondues avec le bord postérieur, noii'es; l'é- cusson est triangulaire arrondi , noir avec le milieu jaune -, les élytres sont jaunes , ayant des côtes un peu élevées et de très -gros points enfoncés entre ces côtes -, elles ont chacune une tache noirâtre et longitudinale , placée au milieu et n'atteignant pas les extrémités 5 le dessous et les pattes sont noirs \ les cuisses sont aplaties 5 elles ont toutes une grande tache allongée jaune au côté antérieur. — Il habite le Pérou, près de Lima. i3S CALLICNEMIS REMARQUABLE CALLICNEMIS REMARQUABLE. CALLICNEMIS EXIMIUS. Nob. (PI. 40, fig. 2.) Cet insecte curieux pourrait bien appartenir au sous- genre Temnorhjnchus de M. Hope. Mais il nous semble devoir prendre place dans le genre Callicnemis fondé par M. Delaporte, dans notre magasin de Zoologie, ï83ii^ cl. IX, pi. 73. Il est long de 20 et large de 10 millimètres ; d un jaune roussâtre-, sa tète est de forme carrée, brusquement tronquée en avant , avec cette troncature prolongée ver- ticalement en une petite corne de la longueur de la tète , et ayant de chaque côté une dent assez aiguë ; au bas de cette partie antérieure aplatie , on voit le chaperon qui est étroit et un peu bilobé ^ la partie antérieure du front offre en outre deux petites fossettes latérales ; le corselet est un peu plus large que long , presque carré , rugueux, avec une grande excavation transversale en avant , sur- montée au milieu d'une protubérance dirigée en avant et brusquement tronquée au bout ; derrière cette saillie on voit une carène élevée , qui part des bords de la cavité antérieure et va former au milieu un ang,le dirigé en arrière; les élytres sont lisses, luisantes, avec un fort sillon de chaque côté de la suture , de gros points enfoncés RUTELE TRICOLORE, 335 et presque rangés en lignes, et quelques faibles traces de côtes eflacées ; les jambes antérieures ont trois fortes dents au côté externe , les intermédiaires sont fortement dila- tées à l'extrémité, brusquement tronquées, avec deux forts éperons aplatis et des rangées d'épines sur le côté extérieur et au bord de la partie tronquée; les tarses an- térieurs sont grêles, les autres aplatis, avec le premier article très-dilaté au côté externe; le dessous est pâle et velu. Il y a une forte épine droite, placée à la base du sternum du prothorax , comme dans le Callicnemis La- treillii (mâle). La femelle diffère parce que la troncature antérieure de la télé n'est pas prolongée supérieurement en corne ; elle est seulement un peu avancée et légèrement échan- crée ; le corselet est simplement arrondi et rugueux ; du reste , tous les autres caractères sont les mêmes que chez le mâle. Ce curieux insecte vient de la côte de Coromandel. RUTÈLE TRICOLORE. RUTELA TRICOLOR, Nob. Nous donnons ce nom à cette belle espèce , parce qu'elle est noire , avec des taches jaunes sur la tête , sur les côtés du corselet , à l'écusson , aux pattes et au-des- sous du corps , tandis qu'il y a du rouge ferrugineux sur